Trappes, du village français au laboratoire raté du « vivre-ensemble »
Village agricole devenu cité cheminote, puis terre d’accueil d’une immigration ouvrière massive dans les années 1960, cette commune des Yvelines de plus de 30 000 habitants détient aujourd’hui, selon deux journalistes du Monde, un record de départs pour le djihad.
Jusqu’aux années 1950Village
Village agricole longtemps tourné vers Versailles, dont son étang alimentait les jets d’eau, Trappes devient au XXe siècle l’un des principaux centres ferroviaires de France ( PDF), avec sa gare ouverte en 1849, son triage construit à partir de 1911 et la cité des Dents de scie, qui loge les cheminots.
Années 1960-1970Immigration
Les usines automobiles recrutent des ouvriers venus du Maroc, souvent passés par les bidonvilles de Nanterre, qui font ensuite venir leurs familles grâce au regroupement familial, instauré par un décret du 29 avril 1976 que signe le Premier ministre Jacques Chirac, sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing ; la mairie communiste répartit les nouveaux venus dans les cités, comme l’ont raconté Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin devant les députés ( PDF).
Années 1980-1990Bascule
Les Français de souche s’en vont, les usines ferment et le communisme municipal s’efface ; dans un contexte de drogue et de sida, le Tabligh, puis les Frères musulmans et les salafistes supplantent les patronages communistes, et « c’est l’école coranique qui a pris le relais » du soutien scolaire, selon les deux journalistes.
Juillet 2013Émeutes
Le contrôle d’une femme portant le niqab, interdit dans l’espace public depuis 2011, dégénère : plus de 200 personnes affrontent la police devant le commissariat.
Années 2010Djihad
67 habitants partent pour le djihad en Syrie et en Irak selon l’enquête des deux journalistes, une cinquantaine selon les autorités : un record, plus qu’à Molenbeek, et un sujet longtemps resté « tabou » dans la ville, titrait Le Monde en 2020.
Août 2018Attentat
Un homme fiché pour apologie du terrorisme tue sa mère et sa sœur. L’État islamique revendique, mais le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb le présente comme un « déséquilibré », et l’antiterrorisme ne se saisit pas du dossier.
Février 2021Menaces
Didier Lemaire, professeur de philosophie au lycée de la ville, qui décrit une Trappes « tombée aux mains des islamistes », est menacé de mort et placé sous protection policière ; le maire, Ali Rabeh, toujours en poste après sa réélection de mars 2026, annonce vouloir le poursuivre en diffamation.
Février 2022Justice
Jordan Bardella, qui avait qualifié Trappes de « république islamique » après la réélection d’Ali Rabeh, est mis en examen.
Octobre 2026Attentat
Kévin T. tire en rafales sur des passants à Trappes et à La Verrière et tue Pengo Bossio Wangi, 26 ans ; il dit avoir voulu « venger les commerçants » en s’en prenant aux Noirs et aux Arabes.
Encadré des Observateurs. Le récit de la bascule de la ville et de son record de départs pour le djihad ne vient pas de la presse de droite, mais de deux grandes reporters du Monde, quotidien de centre gauche : Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, autrices de La Communauté (Albin Michel, 2018), entendues par une commission spéciale de l’Assemblée nationale le 15 janvier 2021 ; Le Monde lui-même titrait en 2020 sur le « tabou du djihad » à Trappes. Histoire de la ville : site officiel de Trappes, dirigée par une municipalité de gauche. Autres faits : articles liés dans chaque entrée. Les chiffres de départs varient selon les sources : 67 selon les deux journalistes, une cinquantaine selon les autorités citées par l’AFP en 2021.