Éthiopie : massacres de masse de chrétiens au Tigré

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Dans Présent du 1er décembre dernier, nous avons relaté – pour la déplorer – la guerre ethnique qui oppose les Amharas, des chrétiens, aux Tigréens, tout aussi chrétiens. Nous écrivions que, en s’entre-tuant ainsi, ils se mettent à la merci d’un islam qui, depuis des siècles – mais sans y parvenir jamais –, brûle d’asservir et d’islamiser bessif (« par le sabre ») cette irréductible Abyssinie, cette Ethiopie qui est le plus ancien pays chrétien du monde (avec l’Arménie).

Les menaces se précisent. Plus d’un millier de chrétiens ont été massacrés, dans des conditions que nous allons dire, à Aksoum, ville multiséculaire, l’un des principaux centres religieux de l’Eglise éthiopienne orthodoxe, et dans sa région. Ces massacres n’ont pas suscité de réactions de la part des Occidentaux (et guère plus de l’Occident chrétien – ou au moins de ce qu’il en reste…).

A une exception près. La fidèle, courageuse et très chrétienne Pologne. Je dois à la vigilance et aux talents de traducteur d’Olivier Bault, bien connu des lecteurs de Présent, de pouvoir reproduire le communiqué du ministère polonais des Affaires étrangères :

« La Pologne accueille avec une grande inquiétude les informations sur le massacre de la population civile qui aurait eu lieu devant l’église Sainte-Marie-de-Sion à Aksoum, dans la province éthiopienne du Tigré. Nous condamnons fermement les auteurs de ce crime barbare. Nous attendons des autorités éthiopiennes qu’elles prennent sans attendre toutes les mesures possibles pour en éclaircir les circonstances et punir les auteurs. Nous appelons les parties au conflit à s’abstenir de toute violence et à respecter les droits de l’homme, à assurer la sécurité de la population civile et à protéger aussi comme il se doit les lieux de culte et la liberté d’expression. »

Ce qui rend encore plus émotionnellement symbolique ces tueries de masse, c’est qu’elles ont été notamment perpétrées devant l’église Sainte-Marie-de-Sion qui, selon la tradition éthiopienne orthodoxe, abrite en son sein l’Arche d’alliance (après avoir séjourné dans l’île Eléphantine en Egypte, puis dans une île du lac Tana en Ethiopie, elle aurait été apportée à Aksoum au IVe siècle, au tout début de la christianisation du pays). Cette église a été pour les empereurs éthiopiens, jusqu’à Haïlé Sélassié, l’équivalent de la basilique de Saint-Denis et de la cathédrale de Reims pour nos rois.

Selon les témoignages, les troupiers érythréens, donc musulmans, ont tué à Aksoum des civils (dont des dignitaires de l’Eglise et des prêtres) qui tentaient de protéger l’Arche. Ils ont été sortis de l’édifice religieux et abattus sur le parvis de Sainte-Marie-de-Sion. On dénombre par ailleurs 32 morts à Irob, 56 à Zalembessa, 11 à Sebeya, 32 (dont de nombreux prêtres) dans l’église de Gietelo, etc.

Depuis le début du conflit – suicidaire, on ne le répétera jamais assez – qui oppose Addis-Abeba au Tigré, les Erythréens se sont immiscés dans les affrontements en flinguant du Tigréen à tout-va (ça fait toujours ça comme chrétiens en moins). Ce que le gouvernement éthiopien (qui ne comprend pas, arc-bouté sur sa haine ethnique qu’il est, que le Tigré sera le tombeau de l’Ethiopie si la guerre ne s’arrête pas très vite) et son Premier ministre, Abiy Ahmed (Oromo par son père, Amhara par sa mère), s’obstinent à nier.

Ce n’est pas le premier massacre de masse de chrétiens par des islamistes armés qui profitent de la confusion créée par cette guerre interchrétienne. Ce ne sera, hélas, pas le dernier si Amharas et Tigréens ne se reprennent pas. A la fin de l’an dernier, encore, plus de 500 chrétiens (hommes, femmes, enfants, vieillards, prêtres) ont été tués lors d’attaques ciblées dans la région d’Oromia (qui s’étend de l’est au sud-ouest du pays).

Le bain de sang d’Aksoum aurait dû, compte tenu de la dimension historico-religieuse de cette ville, éveiller un semblant de prise de conscience en Europe. Ce n’est pas le cas : ce ne sont après tout que des chrétiens que l’on massacre… Aksoum fut la capitale du royaume axoumite (on écrit Aksoum quand on parle de la ville et Axoum pour parler du royaume) converti au christianisme par Frumence vers 330 et 360, sous le règne du roi Ezana.

Plus tard, ce royaume – et on peut même parler d’empire – fut l’allié de Byzance contre les Perses sassanides (et zoroastriens). A son apogée, l’empire d’Axoum, qui fut le premier Etat à avoir utilisé l’image de la croix sur ses monnaies, comprenait la majeure partie de l’actuelle Erythrée, la Somalie, Djibouti, le Soudan, l’Egypte, le Yémen, l’Arabie Saoudite. Toutes entités musulmanes qui, depuis les IXe et Xe siècles, n’ont cessé de menacer cette chrétienté des premiers temps. Et qui se reprennent à rêver d’en finir aujourd’hui grâce à l’irresponsabilité des chrétiens divisés… •

 

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