Majid Oukacha, caillou dans la mosaïque multiculturelle

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Majid Oukacha est un ex-musulman, un apostat. Dans certains pays islamiques, l’apostasie est passible de la peine de mort. Les textes du Coran vouent ceux qui quittent l’islam à un « châtiment éternel en enfer » . Au-delà des représailles divines, la meute communautaire se charge de la mort sociale des “traîtres”. Même en France, pays de la liberté de conscience, il est dangereux d’y renoncer. Alors, cela suppose d’être aux aguets en permanence.

​Trop de doutes cumulés, de contradictions, d’incohérences, de règles absurdes auxquelles il fallait se soumettre sans autorisation de les questionner, de préceptes immoraux dont aucune métaphore ne parvenait à adoucir la portée ont eu raison de sa foi, voilà plus de vingt ans.

​Majid Oukacha a 8 ans lorsqu’il est envoyé s’instruire à la mosquée. En djellaba, chéchia sur la tête, le petit garçon s’assoit, déchaussé, sur le tapis, les yeux ronds rivés sur l’imam faisant claquer un bâton destiné à corriger ceux qui n’ont pas bien appris leurs leçons. « J’avais l’impression de me retrouver dans les documentaires que je regardais petit à la télé sur ces écoles rudimentaires du tiers-monde accueillant des enfants pauvres vêtus de boubous ou de pagnes et suivant des cours dans des pièces aux murs craquelés », se souvient-il. Au fil de son apprentissage, les questions se bousculent et se heurtent à sa double culture de Français d’origine algérienne. « Pourquoi, lors dupèlerinage à La Mecque, faut-il tourner sept fois autour de la pierre noire de la Kaaba dans le sens inverse des aiguilles d’une montre ? Pourquoi pas six ou huit fois ? », s’étonne-t-il, confronté à cet incompréhensible « fétichisme numérologique ». « Parce que le prophète Mohammed a dit de le faire », se fait-il rabrouer par l’imam. À chaque question, un « raisonnement circulaire » agacé lui est opposé, de quoi en faire jaillir tant d’autres dans la tête de cet enfant à qui l’école laïque de la République a déjà instillé l’esprit critique, le libre arbitre, la capacité de penser par soi-même et le doute cartésien. Face aux rires gênés de certains de ses camarades, il envie presque leur insouciante docilité.

​Puis viennent les attentats du 11 Septembre. Partout, les images des avions fondant sur les tours du World Trade Center tournent en boucle. Majid Oukacha se plonge dans le Coran, décortique chaque verset, chaque hadith, interroge les textes sacrés, tremblant d’y découvrir qu’ils cautionnent tant d’horreurs : terrorisme, haine des mécréants, violences à l’égard des épouses désobéissantes, mariage des petites filles impubères… Assez pour qu’un matin, devant son miroir, il annonce à son reflet : « Je n’y crois plus. »

​En 2015, dans une France post-attentats qui chuchote à l’évocation de l’islam, brandissant sur les plateaux télés le slogan pavlovien du “pas d’amalgame”, Majid Oukacha décide d’alerter ce pays auquel il est « charnellement » attaché des dangers de l’islamisme. Inlassablement, au gré de ses livres et sur sa chaîne YouTube, qui cumule plus de 167 000 abonnés, il critique méticuleusement l’islam, à visage découvert. « Tant qu’il sera dangereux decritiquer l’islam, il sera nécessaire de le faire », conclut-il, investi d’une mission, sinon d’un devoir philosophique et intellectuel envers cette France qu’il aime tant.

* Ce que je détestais dans l’Islam, quand j’étais musulman, de Majid Oukacha, disponible sur Amazon, 112 pages, 16 €.

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