La discrimination n’est jamais positive

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Un article de l’Iref-Europe

 

La discrimination positive consiste notamment à favoriser l’accès de minorités à des formations, des emplois, des statuts, des loisirs auxquels elles n’auraient pas accès à défaut. Cette politique qui visait essentiellement les personnes défavorisées s’étend désormais à toutes sortes de minorités de couleur, d’ethnie, de sexualité ou de religion différentes, comme une sorte de stigmatisation raciale, sexuelle ou religieuse à l’envers.

Il en est ainsi dans le cinéma où pour obtenir accès aux financements publics il vaut mieux disposer d’un échantillonnage d’acteurs et de rôles de toutes couleurs et de tous genres sexuels, quelle que soit la réalité des personnages historiques qu’ils jouent.

En ce printemps 2023, le chantage qu’a fait le ministre de l’Éducation, M. Pap Ndiaye, à l’école privée pour qu’elle augmente sensiblement la mixité sociale en acceptant des élèves qui ne sont pas au niveau des autres a participé de cette politique de discrimination positive qui consiste à mettre des quotas pour donner des examens à certains dont les notes sont insuffisantes selon le critère commun.

La formation des jurys de thèse exclut parfois les meilleurs spécialistes pour satisfaire à la parité des genres. Sur Parcoursup, boursiers, bacheliers technologiques et bacheliers professionnels bénéficient de quotas à l’entrée de certains établissements, donc de places réservées. Ces quotas sont annoncés sur les plateformes et ils sont pris en compte après un premier classement pour surclasser les uns au détriment des autres. Ainsi, lorsque les places sont limitées, un élève avec une moyenne de 13 devra laisser sa place à un élève avec une moyenne de 11 au nom de la discrimination positive…

Il s’agit d’abaisser le niveau de tous pour accueillir les moins bons, toujours de niveler par le bas, parce que c’est plus facile que de le faire par le haut. Mais la France n’a-t-elle pas un train de retard ?

 

On ne combat pas le racisme par un autre racisme

Aux États-Unis, la Cour suprême vient d’abolir l’affirmative action – notre discrimination positive – qui prévaut dans les universités depuis les années 1960 au profit de minorités ethniques.

Déjà la Cour refusait depuis longtemps les quotas purement mathématiques (affaire Bakke 1978). Elle avait admis les objectifs de diversification des profils étudiants pris en compte sur la base d’une analyse individualisée (arrêts Gratz et Grutter, 2003). Mais en 2016, par l’arrêt Fisher II, elle a considéré que l’affirmative action n’est justifiée que s’il est prouvé que l’objectif de diversité ne pouvait pas être atteint par d’autres mesures.

Un nouvel arrêt a été rendu le 29 juin à la suite d’une plainte du mouvement Students for Fair Admissions contre l’université privée de Harvard et l’université publique de Caroline du Nord dont les politiques de discrimination positive au profit des minorités afro-américaines entravent l’admission d’étudiants asiatiques souvent plus brillants.

La Haute Cour bannit désormais le critère racial pour décider de l’accès à l’université.

De nombreuses universités, a écrit le magistrat John Roberts au nom de la majorité des membres de la Cour, « ont considéré, à tort, que le fondement de l’identité d’une personne n’était pas sa mise à l’épreuve, les compétences acquises ou les leçons apprises, mais la couleur de sa peau. Notre histoire constitutionnelle ne tolère pas ça. […] En d’autres mots, l’étudiant doit être traité en fonction de ses expériences individuelles, mais pas sur des critères raciaux ».

Il est vrai que l’opinion américaine a évolué. La Californie, démocrate, qui a aboli déjà l’affirmative action en 1996, a refusé à une large majorité (57 %) de la rétablir lors d’un référendum organisé en 2020. Selon une enquête du Pew Research Center d’avril 2023, la moitié des Américains désapprouve la discrimination sur la race, contre un tiers qui l’approuve.

Les mentalités évoluent pour reconnaître désormais qu’il n’est pas cohérent de combattre la discrimination par la discrimination.

 

Toute discrimination est dangereuse

La discrimination positive ne favorise qu’une égalité factice, artificielle et dès lors méprisée. Ceux qui bénéficient de quotas, de fausses notes dans une compétition biaisée en leur faveur, ne seront pas pour autant au niveau dans la vraie vie, et pourront en souffrir plus encore que s’ils avaient peiné pour gagner leur place comme tout le monde.

L’égalité des chances ne doit pas conduire à donner davantage de chances aux uns au détriment des autres, ni à amputer la responsabilité de chacun devant la vie. Car ce que les hommes partagent encore le plus également est la responsabilité d’eux-mêmes qu’ils peuvent exercer au moyen de leur liberté. L’égalité des chances considérée comme le « droit à » quelque chose ne doit légitimement bénéficier qu’à ceux qui, eu égard à leur âge, à leur état physique ou mental, ou encore plus exceptionnellement, à un empêchement économique ou social avéré, n’ont pas la capacité d’obtenir par eux-mêmes de quoi répondre à leurs besoins essentiels.

À cet égard, l’État doit s’assurer que les enfants peuvent tous bénéficier d’un enseignement adapté à leurs aptitudes. Mais la liberté scolaire doublée d’un chèque-éducation pour tous les enfants y pourvoirait mieux que le mammouth sclérosé par son statut de l’Éducation nationale.

Quand l’égalité des chances se veut un instrument d’égalisation de tout pour tous, elle détruit la responsabilité individuelle qui est le ferment des sociétés humaines et le constituant de notre humanité. Seule l’égalité des droits comme « droits de » faire ou « de » s’exprimer peut permettre l’équilibre entre égalité et liberté par lequel se façonne le destin humain dans l’engagement de chacun, selon sa capacité et son mérite.

La mission de l’État est de mettre en place un environnement qui permette à tous ceux qui le veulent d’avoir la liberté de grimper l’escalier social qui n’est jamais facile, mais que ceux qui s’y aventurent aujourd’hui doivent monter avec les sacs de plomb sur le dos que sont autant de réglementations, d’interdictions, de limitations et cet égalitarisme de papier qui désapprend l’effort et le travail au risque d’accroître la pauvreté. Il leur offrirait alors une véritable égalité des chances.

Sur le web

 

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