Voici comment les progressistes réécrivent l’histoire européenne

Typiquement hongrois: Comment Viktor Orbán détruit l'Union européenne

28 juillet 2022, Thomas Schmid - https://www.welt.de/

L'Union européenne peut générer d'étranges floraisons. Pas seulement à Bruxelles, mais aussi dans ses marges. Par exemple, lorsqu'un État membre pense avoir le droit d'intervenir dans un autre État membre. Cela n'est certes pas autorisé dans l'UE, mais cela arrive. Par la Hongrie par exemple.

Depuis près d'un quart de siècle, le parti du Premier ministre hongrois organise en juillet une académie d'été. L'ambiance n'y est pas académique (sic! ndt.), mais bruyante polémique. C'est là que Viktor Orbán a formulé pour la première fois en 2014, ou plus exactement décrété, son idée de "démocratie illibérale".
Comme chaque année, c'est lui qui a prononcé le discours de clôture. Il s'est démarqué plus clairement que jamais de l'Union européenne. Celle-ci n'est pas souveraine, dit-il, elle est dirigée jusque dans les moindres détails par George Soros, son ennemi préféré - à qui il doit d'ailleurs lui-même une bourse d'études à l'étranger lorsqu'il était jeune.
L'objectif déclaré de l'UE est de détruire la civilisation occidentale chrétienne. La Hongrie, a-t-il dit, s'en tiendra à son refus fondamental de l'immigration, de la "folie des genres" et de la queerness.

Orbán : "Nous ne sommes pas une race mixte". Seules la Pologne et la Hongrie tiennent encore les valeurs européennes traditionnelles, ailleurs ce n'est que déclin: "La force, la performance, le prestige et la capacité d'action de la civilisation occidentale sont en train de disparaître". Enfin, Orbán a annoncé la fin de l'unité européenne face à la guerre d'agression de la Russie contre l'Ukraine : "Ce n'est pas notre guerre".

Orbán s'oppose par principe aux livraisons d'armes à l'Ukraine.

Jusqu'ici, c'est du bien connu, même si c'est encore un peu plus brutal qu'auparavant.
Son argumentation ne se distingue guère de celle de Vladimir Poutine (sic! ndt.). Mais ce qui est vraiment intéressant dans cette rencontre, c'est le lieu où elle se déroule chaque année.
Il s'appelle Tusnádfürdő - et ne se trouve pas en Hongrie, mais au cœur de la Roumanie. Dans la langue nationale locale, il s'appelle Băile Tușnad.

(Imaginons que la Suisse ou la France soit démembrée, colonisée, islamisée, les villes rebaptisées, comme en arabe Yverdon-les-Bains en Yverdon hamaamat, Thonon-les-bains en Thonon hamaamat ou حمامات ثونون ou encore en turc Thonon banyoları.
Imaginons que la langue officielle ne soit plus que le turc, ou l'arabe, que l'identité suisse, française soit réprimée, effacée, remplacée par l'amour forcé pour ces occupants, l'obligation de servir dans leur armée, de participer depuis l'enfance à la célébration de leurs fêtes, et de subir les répressions et les humiliations sans fin en tant que minorité sous une domination hostile.)

Chaque année, Orbán n'y réunit pas seulement les personnalités de son parti, le Fidesz. Ce sont surtout les Roumains appartenant à la minorité hongroise du pays qui affluent dans cette station thermale idyllique et très appréciée. Orbán leur assure année après année que son gouvernement est également là pour eux. Et c'est bien plus que du folklore, même si ça l'est aussi.

Les membres de la minorité hongroise de Roumanie appartiennent pour la plupart au peuple des Sicules et vivent principalement en Transylvanie. Jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale, ils faisaient partie du royaume de Hongrie.

Ce n'est que par le traité de Trianon, qu'Orbán considère (sic! ndt.) comme le plus grand traumatisme de la Hongrie, que les Sicules ont été rattachés à la Roumanie en 1920.

(Ndt: Trianon est un traumatisme national incommensurable et représente cent ans de souffrances et de brimades pour des Hongrois transformés subitement en étrangers, arrachés à leur langue, à leur culture, à leurs membres de famille.)

Le dirigeant hongrois ne peut certes pas revenir sur cette décision. Mais lui et son gouvernement font tout leur possible pour les lier à la Hongrie. Et les intégrer de manière idéale dans le grand empire hongrois qui, dans la vision historico-politique d'Orbán, s'inscrit dans une tradition millénaire.
Et qui a toujours été un rempart contre l'invasion de peuples non chrétiens.
Le fait que les Sicules aient immigré en Transylvanie au XIIe siècle*, donc qu'ils aient été des migrants, ne colle pas très bien avec cette idée (sic! ndt.). Et le fait qu'ils étaient probablement un peuple turc ou même d'origine mongole, non plus (c'est dément! ndt.).

(*ndt: En réalité, la Roumanie est née des cendres de l’Autriche-Hongrie et de l’Empire ottoman démantelés après la Première Guerre mondiale. Avant cette date, la Roumanie n'existait pas, c'est une création des auteurs mégalomanes de Trianon. )

Vers la fin de la dictature de Nicolae Ceaușescu, environ 1,7 million de Sicules vivaient en Roumanie, soit un peu plus de sept pour cent de la population. Une autonomie en tant que minorité leur avait été refusée. Cela a changé (sic! ndt.) dans le nouvel État. Il y avait désormais des jardins d'enfants, des écoles et des clubs sportifs hongrois, mais tout restait informel. (Après 102 ans! ndt.)

Au fil des ans, à partir d'un certain pourcentage de Hongrois dans la population totale, le hongrois fut autorisé comme langue officielle dans les communes et les villes concernées. Néanmoins, de nombreux Sicules ont émigré, principalement vers la Hongrie et les États-Unis. Comme ce sont surtout les citadins qui ont quitté le pays, le rapport ville-campagne s'est inversé. Alors que la majorité des Sicules vivaient jusqu'alors dans les villes et appartenaient en grande partie aux classes éduquées, la population rurale représente aujourd'hui la majorité des Sicules. La propagande pan-hongroise d'Orbán les vise tout particulièrement.

 

Et celle-ci a des conséquences bien concrètes. Depuis plus d'une décennie, les Sicules roumains peuvent acquérir la nationalité hongroise, passeport compris. Ils peuvent ainsi voter en Hongrie et représentent un potentiel électoral certain pour le Fidesz d'Orbán. Cette disposition a notamment pour conséquence étrange que les Sicules de Roumanie peuvent, par leur acte de vote, participer à la répartition des recettes fiscales auxquelles ils ne contribuent pas eux-mêmes. Afin de s'attacher durablement ce groupe d'électeurs, le gouvernement d'Orbán encourage depuis des années le développement d'un secteur économique hongrois en Roumanie à l'aide de subventions considérables. Cela a déclenché un processus d'ethnicisation de l'économie locale.

Auparavant, les membres de la minorité hongroise qui souhaitaient progresser sur le plan économique devaient quitter les frontières étroites de la communauté hongroise. Désormais, ils peuvent rester et contribuent ainsi à un nouveau cloisonnement des Hongrois de langue face à la société roumaine majoritaire.

Les interventions de la Hongrie en Roumanie ne s'arrêtent bien sûr pas à l'économie. Le gouvernement d'Orbán soutient depuis longtemps les partis hongrois en Roumanie, tant sur le plan financier que personnel. Ceux-ci ont parfois du succès, ce qui conduit à une ethnicisation de la politique.
Les électeurs ne votent pas pour un programme, mais pour faire valoir leurs intérêts en tant que minorité. Orbán favorise ainsi sciemment l'isolement des Hongrois de langue par rapport à la société roumaine majoritaire.
Son véritable objectif va plus loin : il veut en fait établir un protectorat hongrois sur sol roumain. Les membres de la minorité hongroise de Roumanie peuvent déjà (sic! ndt.) siéger au Parlement hongrois et occuper des fonctions politiques à Budapest en tant que Hongrois, comme l'indique leur passeport.

C'est bizarre. C'est aussi un exemple qui montre que le besoin d'autodétermination des minorités ethniques ou nationales peut aboutir à l'auto-isolement et basculer dans le nationalisme ethnique lorsqu'il a été empêché pendant longtemps de s'épanouir.

L'histoire à raconter ici commence avec le soi-disant "programme de relocalisation" de Ceaușescu.
Celui-ci devait notamment permettre, à partir des années 70 du siècle dernier, d'introduire la modernité socialiste dans les campagnes (sic! ndt.). Le plan prévoyait que les petits villages seraient abandonnés et que leur population serait regroupée dans de grandes agglomérations agro-industrielles.
(Ndlr: En réalité, il s'agissait d'une expropriation forcée des biens immobiliers appartenant aux Hongrois par l'État communiste, suivie de déportations, de destructions de maisons, pour y bâtir des routes ou d'autres fantaisies à la  Ceaușescu. C'était un projet pour un ultime démantèlement des villages hongrois qui avaient encore pu préserver leurs identité, traditions, culture malgré la brutalité propre aussi bien à la mentalité qu'au régime de Ceaușescu. Ce n'est pas pour rien que la Roumanie était le régime le plus sanglant du bloc de l'Est et a été le seul endroit, le dernier endroit, où le communisme a fini dans le sang.)

Dans la seconde moitié des années 80, une première protestation s'est élevée contre ce projet, même certains responsables du parti communiste ont écrit une lettre ouverte contre le projet.

Mais la figure emblématique de la résistance fut László Tökés, né en 1952, un pasteur évangélique réformé appartenant à la minorité hongroise de Roumanie. En 1988, alors qu'il devait être transféré dans une autre paroisse en raison de son insubordination, il a refusé de partir et les membres de sa paroisse de Timişoară/Temesvár l'ont protégé en organisant des veillées devant sa maison. En 1989, il a joué un rôle déterminant dans le soulèvement contre le régime de Ceaușescu.

Tökés était alors un militant des droits civiques orienté vers la démocratie de base. Après la chute du régime de Ceaușescu, il a été élu évêque à la place de son prédécesseur fidèle au régime. Dans les années qui ont suivi, il s'est engagé sans relâche pour la rechristianisation dans le pays, a fondé de nombreuses nouvelles paroisses, une université chrétienne et de nombreux projets d'aide. Et il s'est engagé pour les intérêts de la minorité hongroise.

En 2007, il a été élu au Parlement européen en tant que candidat indépendant et a rejoint le groupe des Verts, comme l'avaient fait en Allemagne de nombreux militants des droits civiques de la RDA. Mais il n'y est pas resté longtemps, lui l'homme de conviction chrétienne et de sensibilité hongroise. Lors des élections européennes suivantes, il s'est présenté avec succès comme tête de liste de l'"Union démocratique des Hongrois en Roumanie", qui faisait partie du groupe du Parti populaire européen (PPE). Le gouvernement du Fidesz a apprécié le Roumain, qui s'est tant engagé pour la cause hongroise. Avec l'aide directe d'Orbán, il est devenu vice-président du Parlement européen en 2010. En 2014, le Roumain s'est à nouveau présenté avec succès aux élections européennes directement sur la liste du parti d'Orbán, donc en Hongrie. Il a de nouveau fait partie du groupe PPE. Désormais plus hongrois que roumain, il a annoncé avant les élections européennes de 2019 qu'il renonçait à une nouvelle candidature. Raison invoquée : Le PPE a "trahi l'Europe chrétienne". Le militant roumain et hongrois des droits civiques était devenu un chrétien fondamentaliste hongrois. Le Fidesz a finalement quitté le groupe PPE en 2021. Tökes trois ans plus tôt.

Pour Viktor Orbán, les frontières sont sacrées. En 2015, il a fait ériger une clôture de 175 kilomètres de long entre la Hongrie et la Serbie pour empêcher les réfugiés de passer. Mais lorsqu'il s'agit de Hongrois ethniques, Orbán rend les frontières beaucoup plus poreuses. Les Roumains de langue hongroise peuvent voter et être élus en Hongrie, ils peuvent devenir des citoyens hongrois. Les clubs de hockey sur glace de la région sicule peuvent même jouer dans la ligue hongroise. Et inversement, la Hongrie intervient sans détour en Roumanie, sur le plan économique, culturel et politique. Au grand dam du gouvernement roumain.
La présence de Viktor Orbán cette année à l'"Académie d'été" de Băile Tușnad, lors de laquelle de nombreux hongrois de langue maternelle l'ont acclamé, a donné lieu à de bruyantes protestations. Celles-ci n'étaient toutefois ni pro-européennes ni libérales. Pour protester contre la prétention extraterritoriale d'Orbán, des nationalistes roumains étaient venus à Băile Tușnad, hostiles à la minorité de langue hongroise, ne lui accordant aucune autonomie et voulant - au cœur de l'UE - une Roumanie ethniquement pure. Deux ethnies, une seule misère.

Le monde à l'envers dans lequel cela est possible : un Premier ministre hongrois qui rêve au fond de la reconstitution d'un saint empire hongrois qui n'a jamais existé. Et une UE qui ne sait pratiquement pas se défendre contre cet homme. Cela ne peut plus durer longtemps. Un nationaliste ethnique qui se fait en outre l'acolyte de Poutine n'a pas sa place dans l'Union européenne.

Source: https://schmid.welt.de/2022/07/28/typisch-ungarn-wie-viktor-orban-die-europaeische-union-zerstoert/

Traduction, commentaires: Albert Coroz

2 commentaires

  1. Posté par GINGUENÉ PAUL -HENRI le

    Quand on constate l’état de dégradation de la France dans tous les domaines (éducation, santé, économie, production industrielle, sécurité, justice, souveraineté, influence internationale etc…) depuis sa soumission aux technocrates bruxellois, eux mêmes sous l’emprise des lobbies états-uniens, on ne peut que constater que Victor Orban n’a pas vraiment tout à fait tord!

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