Bolsonaro mobilise les Brésiliens en masse malgré la crise

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C’était pour Jair Bolsonaro une journée test à un peu plus d’un an des élections de 2022. Et un pari d’autant plus hautement risqué qu’avec une popularité qui ne cesse de s’éroder dans les sondages, une année jalonnée de crises et une économie sous perfusion, l’ampleur de la mobilisation restait hypothétique, ce que l’on reconnaissait jusqu’à l’entourage du président ultra-conservateur.

Fragilisé par les crises à répétition – après la pandémie de la Covid-19, la « crise de l’hydraulique » et la question aigue de l’approvisionnement en énergie et en eau des foyers brésiliens et des entreprises dans un contexte de sécheresse sans précédent – , Bolsonaro fait aussi face aux déboires judiciaires de son clan, y compris familial. « Il tenait à une démonstration de force et c’est une réussite, un soutien exceptionnel du peuple », jubile un diplomate.

Par centaines de milliers, ses supporters sont venus manifester dans toutes les grandes villes et surtout dans la capitale Brasilia et à Sao Paulo (plus de 125 000 personnes), la capitale économique du pays (22% du PIB) en faveur de celui qu’ils désignent comme « Mito », le « mythe ». Ses adversaires craignaient, comme une grande partie de la presse, rien d’autre qu’un « putsch en marche », un « 6 janvier à la brésilienne », en référence aux événements du Capitole à Washington.

Les manifestations ont seulement connu quelques débordements très vite contenus. Alors que ses chances d’une réélection s’amenuisent, selon tous les sondages – Bolsonaro serait perdant au second tour face à Lula, l’ex-président, éligible sans pour autant avoir été innocenté des charges de fraudes liées au scandale dit Lava-Jato – le président ultra-conservateur est lui entré dans un bras de fer avec la Cour suprême sans précédent.

Il est notamment en guerre ouverte avec Luis Roberto Barosso, juge qui s’est heurté à lui sur la question du système électoral (vote électronique) et a dénoncé « des allégations infondées ». Et la bête noire de Bolsonaro est par ailleurs le juge de la Cour suprême Alexandre de Moraes, désormais engagé sur la question de la propagation de « fake news », un dossier qui concerne Carlos, l’un des fils de Bolsonaro.

Ses supporters sont pour beaucoup aussi dans une guerre avec la Cour suprême et ses décisions qui, selon leur slogans, « empiètent sur (leurs) libertés ». « C’est le peuple qui est suprême », a été clamé dans plusieurs manifestations dont la plus surveillée à Brasilia.

Un socle électoral incroyablement solide

Jair Bolsonaro n’a donc pas déçu ses supporters qui ont manifesté ce 7 septembre en vert et jaune, les couleurs du pays. Son socle électoral (30% des votants) regroupe les évangéliques, les pro-armes et le lobby de l’agro-business (+ 23% d’exportations malgré la pandémie en 2020), un trio largement satisfait de son mandat et qui refuse le retour « au communisme », explique un sympathisant pour évoquer la gauche brésilienne et tout particulièrement « le Parti des Travailleurs (PT), totalement corrompu et qui a donné notre argent au Venezuela et à ses amis pendant les années de prospérité au lieu de réformer le pays, investir pour l’éducation, la santé… ».

Ils sont « contre le PT qui a volé les Brésiliens ; le parti de la fraude ». Beaucoup ont témoigné qu’ils souhaitaient « manifester à nouveau leur colère » car « Bolsonaro est notre sauveur » et « on l’attaque injustement ».

Les rassemblements, qui ont eu lieu mardi 7 septembre, visent à galvaniser le soutien au président de l’ultra-droite qui se place déjà avec son clan familial en campagne. Dans cette perspective, la prise de parole est devenue de plus en plus agressive, en s’attaquant de front aux juges de la Cour suprême, dénonçant une République des juges qui outrepasse l’autorité de leurs fonctions, et dénonçant sans cesse le système du vote électronique, « sujet à la fraude ».

« En clair, Jair Bolsonaro n’est pas prêt d’accepter la défaite ; il l’a d’ailleurs reconnu en disant les options qu’il entrevoit pour lui-même, réélu ou mort, jamais en prison… Le climat est tendu et si cela n’a pas dégénéré le 7 septembre, des affrontements entre pro et anti-Bolsonaro sont à craindre lorsque la campagne commencera véritablement l’an prochain », estime un professeur de politique de la Fondation Getulio Vargas (FGV). « Je préviens les salauds, je n’irai pas en prison », a déclaré Jair Bolsonaro à la foule des manifestants à Sao Paulo.

Le risque d’un débordement était-il réel ? Ancien collaborateur du président Trump, Jason Miller, directeur de la plateforme de médias alternatifs  Gettr, a été arrêté et interrogé à l’aéroport de Brasilia.« La rhétorique antidémocratique satisfait le socle des fidèles de Bolsonaro mais elle effraie nombre d’entrepreneurs brésiliens, plutôt conservateurs dans leurs idéaux et libéraux pour l’économie mais pas fous », estime un chef d’entreprise de Sao Paulo. « Or, Bolsonaro doit élargir son champ d’électeurs. Le président qui sera élu comme toujours au Brésil sera celui qui emportera l’adhésion des milieux populaires ainsi que le monde des affaires », analyse Thiago de Aragao, expert chez Arko Advice et consultant associé au think tank CSIS.

En attendant, l’entourage de Bolsonaro jubile, jugeant qu’il « a récolté ce qu’il voulait, un plébiscite dans la rue ». « Le soutien à Bolsonaro implique aussi politiquement le Centrao ; cela sera à observer dans les jours à venir », observe un professeur de sciences politiques de la FGV. Ils ont un « ennemi » commun, la Cour suprême, qu’ils estiment « illégitime » ou et dénoncent « ses jugements arbitraires » ; d’autant qu’au Congrès, un tiers des députés est concerné par des poursuites judiciaires, principalement pour corruption. Mais jusqu’ici personne n’avait pris de front la Cour suprême comme l’a fait Bolsonaro. Un positionnement « dont les conséquences politiques sont à venir », observe-t-on chez Arko Advice.

 

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