Tomber de Charybde-Piolle en Scylla-Rousseau

 

Pendant qu’Eric Piolle tente de se dominer, pour la racialiste Sandrine Rousseau, noirs et musulmans sont “résistants de fait”.


Les occasions de rire se faisant rares, j’attendais avec impatience les premières rencontres des futurs candidats à la primaire EELV. Je pensais surtout me réjouir des embardées d’Éric Piolle, sa verve aride, ses balbutiements dès qu’il s’agit de défendre sans le défendre le burkini, son assurance sèche quant à la potentielle construction d’un arc humaniste qui lui sert de sésame pour répondre à toutes les questions qui lui sont posées. L’homme qui pense que les thèses racialistes relèvent « de la liberté d’expression » ou que le mois décolonial qui s’est tenu dans sa ville est « légitime » me semblait être une sorte de champion du monde de l’inintelligence politique, pour ne pas dire pire. Survint alors Sandrine Rousseau.

Sur la tribune, Rousseau enchante Poitiers

Là où Éric Piolle se contente de reprendre le mantra anti-nucléaire historico-romantique des Verts, Sandrine Rousseau a déclaré préférer « des femmes qui jettent des sorts plutôt que des hommes qui construisent des EPR. » S’inscrivant dans la mouvance intersectionnelle, elle s’est lancée, en transe, dans une réjouissante tirade opportuniste lors des journées EELV de Poitiers : « Nous prenons et nous jetons le corps des femmes, […] nous prenons et nous jetons le corps des racisés. » Plus tard, elle précisera que les femmes, les Noirs, les musulmans sont des « résistants de fait » ; qu’ « on ne peut pas émanciper en interdisant un vêtement », à propos du voile islamique ; que « l’écologie politique, c’est pas des hommes blancs à vélo dans les villes », pour tacler ses concurrents masculins à la primaire verte. Sur son compte Twitter, elle révise Marx à l’aune des thèses racialistes et écoféministes : « Le système capitaliste s’est nourri de trois prédations majeures, à savoir celles du corps des personnes noires, des femmes et de la nature. » Bref, après avoir récupéré sans les trier tous les déchets des mouvements « woke », islamo-gauchiste et néo-féministe, Sandrine Rousseau, la mine réjouie de la ravie de la crèche écolo, les jette sans discernement sur la scène médiatique.

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Éric Piolle, aussi ubuesque puisse-t-il parfois paraître, semble avoir préservé un peu de ce filtre que les freudiens appellent surmoi et qui permet une sorte d’autocontrôle évitant la rupture totale des attaches de protection psychique. Sandrine Rousseau, non. Pour le dire trivialement, elle a déboulonné. Sa présence aux universités d’été de la France Insoumise lui a permis de comparer sa radicalité verdâtre à la radicalité rougeâtre d’un autre acteur politique parti en vrille, Jean-Luc Mélenchon. Elle en est sortie rassérénée. Mélenchon imaginait il y a peu un complot à venir sous forme d’attentat avant les prochaines élections. De son côté, Rousseau ne se contente pas de signer une tribune – avec ces phares de la pensée humaniste que sont Virginie Despentes, Cécile Duflot et Giulia Foïs – pour appeler à l’accueil inconditionnel des femmes afghanes et « de leurs proches », elle préconise également d’accepter sur notre sol les potentiels terroristes afin de « mieux les surveiller. » 

Le Maire de Grenoble Eric Piolle © JEAN PIERRE CLATOT / AFP

Les ateliers des Journées d’été EELV

Lors de ces Journées d’été des écologistes, Sandrine Rousseau a sans doute beaucoup apprécié de voir certains thèmes qui lui tiennent à cœur abordés dans différents ateliers :

Un “Boot camp écoféministe” proposait de travailler sur “l’empouvoirement” des femmes. Le mot empouvoirement n’existe pas dans la langue française. Dérivé de l’anglais, il montre l’incapacité de certains à dire naturellement les choses les plus simples et la réalité d’une tournure d’esprit adaptée au techno-monde. Ceux qui devraient préserver la langue française au même titre qu’ils prétendent préserver nos paysages, réussissent paradoxalement à détruire l’une et les autres ; la novlangue globishisée, l’écriture dite inclusive et les éoliennes sont là pour en témoigner. 

Un atelier co-animé par l’inénarrable Alice Coffin, soutien déclaré de Sandrine Rousseau, tentait de démonter les stratégies des vilains adversaires de l’écologie politique qui useraient de termes stigmatisants comme « décolonialisme », « racialisme » ou « indigénisme » – en omettant de rappeler que tous ces mots et concepts ont été adoptés par la sphère gauchiste (écologiste ou insoumise), afin de flatter les représentants d’associations migrationnistes et faussement antiracistes qui ont su en profiter pour faire leur pelote idéologique.

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Les raisons d’espérer

Passons rapidement sur “l’école de la compétition” qu’il faut remplacer par “l’école de la coopération” ; sur « l’occupation israélienne qui ne cesse d’aggraver les discriminations » et qui oblige à « parler d’apartheid » sous prétexte que cette même « occupation israélienne […] accroît considérablement la vulnérabilité des Palestiniens aux effets du changement climatique » ; sur la nécessité d’ajouter au droit d’asile la case « réfugié.e.s climatiques » ; sur celle d’apprendre à « parler épicène et lutter contre la domination patriarcale par le langage » ; enfin, sur l’importance de « déconstruire la colonisation patriarcale des imaginaires », lors d’un débat que nous imaginons avoir été riche de références à Butler, Vergès, Delphy, Soumahoro, De Haas et autres éminentes personnalités intellectuelles.

Deux raisons pour espérer l’élection de Sandrine Rousseau lors des primaires EELV : 

1) Vu le nombre de sottises qu’elle a été capable de proférer en seulement quelques jours, je n’ose imaginer – mais m’en réjouis d’avance – le nombre et la teneur de celles qu’elle pourrait balancer durant les sept mois qui nous séparent de l’élection présidentielle. 2) La surenchère étant le ressort de la compétition Verts versus Insoumis, les débats colorés entre Rousseau-Pastèque et Mélenchon-Fruit de la passion pourraient nous permettre de passer de belles soirées. Ceci dit, je suis certain qu’Éric Piolle ne démériterait pas. Un homme politique qui est capable de Twitter « Je veux vous parler d’espoir » puis, immédiatement après, « On peut accueillir tous les Afghans qui demandent l’asile », doit continuer de retenir toute notre attention. 

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