Les talibans sont assis sur 1 000 milliards de dollars de minéraux dont le monde a désespérément besoin

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Pendant ce temps, L'UE porte son aide humanitaire aux Afghans à 200 millions d'euros

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La chute rapide de l'Afghanistan aux mains des talibans a déclenché une crise humanitaire , des milliers de personnes tentant de fuir le pays.

Elle a également suscité un regain d'intérêt pour les richesses minérales inexploitées de l'Afghanistan, des ressources qui pourraient transformer les perspectives économiques du pays si on les utilisait un jour.

L'Afghanistan est un des pays les plus pauvres du monde. Mais en 2010, des responsables militaires et des géologues américains ont révélé que le pays, qui se trouve au carrefour de l'Asie centrale et du Sud, possédait dans son sous-sol des gisements minéraux  d'une valeur de près de 1 000 milliards de dollars.

Les réserves de minéraux tels que le fer, le cuivre et l'or sont dispersés à travers les provinces. Il existe également des minéraux de terres rares et, peut-être plus important encore, ce qui pourrait être un des plus grands gisements de lithium au monde - un composant essentiel mais rare des batteries rechargeables et d'autres technologies vitales pour faire face à la crise climatique.

Minerai de cuivre à Aynak dans la province de Logar en Afghanistan, 4 mars 2013.

"L'Afghanistan est certainement une des régions les plus riches en métaux précieux traditionnels, mais aussi en métaux [nécessaires] à l'économie émergente du 21e siècle", a déclaré Rod Schoonover, un scientifique et expert en sécurité qui a fondé l'Ecological Futures Group.

Les problèmes de sécurité, le manque d'infrastructures et de graves sécheresses ont empêché l'extraction des minéraux les plus précieux dans le passé. Il est peu probable que cela change bientôt sous le contrôle des talibans. Pourtant, il y a un intérêt de la part de pays comme la Chine, le Pakistan et l'Inde, qui pourraient essayer de s'engager malgré le chaos.
"C'est un gros point d'interrogation", a déclaré Schoonover.

Potentiel énorme

Avant même que le président Joe Biden n'annonce le retrait des troupes américaines, qui allait ouvrir la voie aux talibans, les perspectives économiques du pays étaient sombres.

En 2020, environ 90 % des Afghans vivaient en dessous du seuil de pauvreté fixé par le gouvernement à 2 dollars par jour, selon un rapport du Service de recherche du Congrès américain publié en juin. Dans son dernier profil de pays, en mars, la Banque mondiale écrivait que l'économie reste "façonnée par la fragilité et la dépendance à l'aide".

"Le développement et la diversification du secteur privé sont entravés par l'insécurité, l'instabilité politique, la faiblesse des institutions, des infrastructures inadéquates, une corruption généralisée et un environnement commercial difficile", poursuivait le rapport.

De nombreux pays aux gouvernements faibles souffrent de ce qu'on appelle la "malédiction des ressources", c'est-à-dire que les efforts pour exploiter les ressources naturelles n'apportent pas de bénéfices aux populations locales et à l'économie nationale.

Mais même ainsi, les révélations sur la richesse minérale de l'Afghanistan, qui confirmaient des études antérieures menées par l'Union soviétique, ont offert une énorme promesse.

La demande de métaux comme le lithium et le cobalt, ainsi que de terres rares comme le néodyme, monte en flèche à mesure que les pays tentent de passer aux voitures électriques et à d'autres technologies propres pour réduire les émissions de carbone.

L'Agence internationale de l'énergie a déclaré en mai que les approvisionnements mondiaux en lithium, cuivre, nickel, cobalt et terres rares devaient augmenter fortement, sinon le monde échouerait dans sa tentative de faire face à la crise climatique. Trois pays - la Chine, la République démocratique du Congo et l'Australie - représentent actuellement 75 % de la production mondiale de lithium, de cobalt et de terres rares.

La voiture électrique moyenne nécessite six fois plus de minéraux qu'une voiture conventionnelle, selon l'AIE. Le lithium, le nickel et le cobalt sont essentiels aux batteries. Les réseaux électriques nécessitent également d'énormes quantités de cuivre et d'aluminium, tandis que des terres rares sont utilisées dans les aimants nécessaires au fonctionnement des éoliennes.

Le gouvernement américain aurait estimé que les gisements de lithium en Afghanistan pourraient rivaliser avec ceux de la Bolivie , qui abrite les plus grandes réserves connues au monde.

"Si l'Afghanistan a quelques années de calme, permettant le développement de ses ressources minérales, il pourrait devenir l'un des pays les plus riches de la région d'ici une décennie", déclarait Said Mirzad du US Geological Survey au magazine Science en 2010. Il a dirigé la Commission géologique de l'Afghanistan jusqu'en 1979.

Encore plus d'obstacles

Ce moment de calme n'est jamais arrivé, et la plupart des richesses minières de l'Afghanistan sont restées sous terre, dit Mosin Khan, chercheur principal non-résident au Conseil de l'Atlantique et ancien directeur pour le Moyen-Orient et l'Asie centrale au Fonds monétaire international.

Bien qu'il y ait eu une certaine extraction d'or, de cuivre et de fer, l'exploitation des minerais de lithium et de terres rares nécessite des investissements et un savoir-faire technique beaucoup plus importants, ainsi que du temps. L'AIE estime qu'il faut en moyenne 16 ans à compter de la découverte d'un gisement pour qu'une mine entre en production.

À l'heure actuelle, les minéraux ne génèrent que 1 milliard de dollars par an en Afghanistan, selon Khan. Il estime que 30% à 40% ont été détournés par la corruption, ainsi que par les chefs de guerre et les talibans, qui ont présidé à de petits projets miniers.

Pourtant, il y a une chance que les talibans utilisent leur nouveau pouvoir pour développer le secteur minier, dit Schoonover.

"Un scénario imaginable serait peut-être qu'il y ait une certaine consolidation, et qu'il n'y ait plus besoin de laisser une partie de cette exploitation minière non-réglementée."

Cependant, poursuit Schoonover, "c'est improbable", étant donné que les talibans devront d'abord consacrer leur attention à un large éventail de problèmes de sécuritaires et humanitaires.

"Les talibans ont pris le pouvoir, mais la transition d'un groupe d'insurgés à un gouvernement national sera loin d'être simple", déclare Joseph Parkes, analyste en sécurité pour l'Asie au sein de la société de renseignement sur les risques Verisk Maplecroft. "Une gouvernance du secteur minier naissant ne sera probablement pas fonctionnelle avant de nombreuses années."

Khan note que les investissements étrangers étaient déjà difficiles à obtenir avant que les talibans ne renversent le gouvernement civil afghan soutenu par l'Occident. Attirer des capitaux privés sera encore plus difficile maintenant, d' autant plus que beaucoup d'entreprises et d'investisseurs mondiaux sont tenus de respecter des normes environnementales, sociales et de gouvernance de plus en plus strictes.

"Qui va investir en Afghanistan maintenant alors qu'ils n'étaient pas prêts à investir avant?" dit Khan. "Les investisseurs privés ne vont pas prendre le risque."

Les restrictions américaines pourraient également représenter un obstacle. Les talibans n'ont pas été officiellement désignés comme organisation terroriste étrangère par les États-Unis. Mais ils ont été placés sur une liste du département du Trésor américain des "terroristes mondiaux spécialement désignés" et sur une liste des "ressortissants spécialement désignés".

Une opportunité pour la Chine ?

Les projets soutenus par des États et motivés en partie par la géopolitique pourraient être une autre histoire. La Chine, leader mondial de l'extraction de terres rares, a déclaré lundi qu'elle avait "maintenu le contact et la communication avec les talibans afghans".

"La Chine, voisin immédiat, se lance dans un programme de développement des énergies vertes très important", relève Schoonover. "Le lithium et les terres rares sont jusqu'ici irremplaçables en raison de leur densité et d'autres propriétés physiques. La Chine en tient compte dans ses plans à long terme."

Si la Chine intervenait, Schoonover souligne qu'il y aurait des inquiétudes quant à la durabilité (écologique) des projets miniers, connaissant les antécédents de la Chine.

"Si l'exploitation minière n'est pas menée avec soin, elle peut être catastrophique sur le plan écologique et porter préjudices à des parties de la population qui n'ont pas beaucoup de moyens de se faire entendre", explique-t-il.

Pékin pourrait néanmoins rester sceptique quant à un partenariat avec les talibans, étant donné l'instabilité actuelle, et se concentrer sur d'autres régions. Khan rappelle que la Chine a déjà été échaudée, ayant tenté d'investir dans un projet de mine de cuivre qui a tourné court.

"Je pense qu'ils donneront la priorité à d'autres zones géographiques émergentes/frontières, bien avant l'Afghanistan dirigé par les talibans", estime Howard Klein, partenaire de RK Equity, qui conseille les investisseurs dans le lithium.

- Matt Egan et Charles Riley ont contribué à cet article

Source: https://edition.cnn.com/2021/08/18/business/afghanistan-lithium-rare-earths-mining/

Traduction Cenator

Image en avant: Un Afghan tient une pépite d'or, prospectée sur le site d'un projet de mine de Qara Zaghan, le 5 février 2011
Photo : Benjamin Lowy / Getty Images Hongrie

Un commentaire

  1. Posté par Jacques R le

    Il est parfaitement connu que Biden et son fils , le narco fumeur de crack , roulent pour le PCC et Biden , en faisant retirer les troupes américaines d´Afghanistan , a simplement fait un énorme cadeau aux chinois qui ont déjà fait copain-copain avec les talibans .Ce qui fait que la plus grande partie des richesses minières d´Afghanistan finiront en Chine , à moins d´un miracle , ce qui fait que tout cela rendra la Chine encore plus puissante économiquement . Le retrait des troupes américaines a aussi entraîné la fuite de beaucoup d´afghans mélangés a des terroristes islamistes fanatiques dont PERSONNE ne connait l´identité , ni le nombre !

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