Il faut réduire les émissions de CO2, mais pas au prix de n’importe quelle stratégie !

Jean-Daniel Clavel
Prof. HEG, Consultant international

JEAN-DANIEL CLAVEL

Dr ès sc. techniques EPFZ, Ingénieur EPFZ, licencié ès sc. économiques (UNI-ZH)

27.05.2021 

Il faut réduire les émissions de CO2, mais pas au prix de n’importe quelle stratégie !

Le projet de loi soumis à votation populaire le 13 juin 2021 est mal fondé et inapproprié.

Pour réduire efficacement les émissions de CO2, il faut prendre en compte les activités qui contribuent le plus aux émissions de CO2 et les pays qui sont les principales sources d’émission de CO2. Cet aspect du problème est fondamental : l’accord de Paris de 2015 a négligé cette condition-cadre essentielle. Gouvernements et multinationales veulent faire passer les peuples à la caisse, avec un effet limité sur la lutte contre le réchauffement climatique.

Avant d’encourager les suisses à adopter des comportements compatibles avec la lutte contre le réchauffement climatique et les émissions de CO2, les Autorités fédérales devraient offrir aux votants une analyse globale de la situation et leur expliquer quels sont les principaux pays pollueurs, quelles activités industrielles sont à l’origine de ces pollutions et quels types de polluants ils produisent, puis comment le secteur public entend contribuer directement à l’amélioration de la situation. Cette analyse globale fait défaut : une faille grave, car la Suisse n’a pratiquement aucun impact sur le climat – mais souffre au contraire du réchauffement provoqué par les gros pollueurs. Une telle vue d’ensemble aurait changé la donne du problème et renforcé l’approche des Autorités fédérales.

La faille la plus frappante de la proposition fédérale est la taxation des billets d’avion, car elle résulte d’une analyse superficielle et cache certains facteurs déterminants du changement climatique et de l’émission de CO2. En effet, ce ne sont pas les billets d’avion qu’il faut taxer, mais bien le tourisme des produits : à cause des processus de production et à cause des conditions de transport, en particulier des produits importés des pays d’Asie, par exemple de Chine, qui transitent par le Nord de la Sibérie ou par Singapour et le canal de Suez. Les trains de cargos qui passent par le Détroit de Bering, les mers de Laptev, Kara et Barents pour contourner ensuite la Norvège et descendre vers l’Europe ont un effet destructeur terrible sur la banquise à cause de la puissance de fragmentation de la glace des nouveaux types de brise-glace (vibrateurs installés dans la soute des navires). La décision du groupe français CMA-CGM est très claire à ce propos : ne jamais emprunter le passage maritime du Nord-Est rendu plus praticable suite au réchauffement climatique. En outre, les compagnies de transport maritime devraient être poussées à utiliser le gaz naturel liquéfié, moins polluant, plutôt que le fuel traditionnel ou le fuel lourd d’un degré API de 4 à 8, souvent utilisé par les cargos. Ce fuel est très bon marché, pollue énormément et, surtout, contient des métaux très polluants (cuivre, mercure, soufre,…) et particulièrement dangereux pour la faune et la flore marines.

Le niveau des émissions de CO2 dû aux exportations chinoises ressort clairement du tableau ci-dessous (émissions de CO2 (en mios de tonnes) et exportations (en mias de US $) (Source : https://commons.wikimedia.org.)

 

Pays 2002 2017 ∆ 2002-2017
Chine CO2 3’350 9’260 + 176 %
EXPORTATIONS 326 2’263 + 594 %
Etats-Unis CO2 5’844 4’760 - 0.19 %
EXPORTATIONS 693 1’546 + 123 %
Russie CO2 1’432 1’540 + 0.01 %
EXPORTATIONS 107 359 + 235 %
Inde CO2 1’221 2’160 + 76.9 %
EXPORTATIONS 50 296 + 492 %

 

 

Les émissions de CO2 générées par le transport maritime (2.3%) sont supérieures à celles produites par le transport aérien (2.0%) : c’est donc d’abord au niveau du transport maritime qu’il faut intervenir. Et si les prévisions quant à l’augmentation du transport maritime devaient se confirmer – multiplication par 4 d’ici à 2050 – la part d’émissions de CO2 pourrait passer de 2.3% à 17% !  La Commission de l’environnement, de l’aménagement du territoire et de l’énergie CEATE a-t-elle vraiment réfléchi avant  de publier sa proposition ?

Et de toute façon en voulant taxer les billets d’avion et entraver la mobilité des suisses, le Conseil fédéral se tire une balle dans le pied : on porte atteinte au mental des habitants et on favorise la consommation de produits étrangers et exotiques… justement importés d’Asie !

 

Il faut donc taxer les produits provenant de la Chine, voire de pays sous-traitant la production de pétrole, en ciblant en priorité les produits qui portent atteinte à la production forestière suisse. En effet, un partie croissante du pétrole extrait des derricks est vouée à la production de produits plastiques et de bakélite, produits utilisés dans la construction (bâtiments et meubles) – 7-10% du brut extrait est utilisé pour la production de benzine et de diesel. En conséquence, la consommation de bois a chuté de manière vertigineuse, entraînant une réduction tout aussi drastique des coupes de bois, situation qui menace progressivement l’état sanitaire de la forêt.  Il est urgent de rétablir la consommation de bois pour revitaliser la forêt suisse – un moyen indispensable pour réduire les émissions de CO2.

Quant aux autres mesures proposées dont certaines d’entre elles sont tout à fait justifiées - dans les domaines des infrastructures et bâtiments, entreprises innovantes, efficacité des véhicules, par exemple – la CEATE devra préciser ses objectifs et ses attentes financières.

Il faut enfin se rendre compte que la globalisation aura été une cuisante défaite politique, socio-économique et culturelle pour le monde et qu’elle doit enfin faire place à la multipolarité. C’est du reste ce qui se prépare avec la multiplication des ACR dans le cadre de l’OMC ces dernières années.

Si la Suisse veut œuvrer pour contrer le réchauffement climatique et réduire efficacement la production de CO2, elle doit contribuer à la création d’un pool de pays au plan international pour remoduler la politique commerciale de l’OMC et, entre autres, veiller au développement économique et industriel de nos voisins africains: la réduction des émissions de CO2 et des migrations du continent africain vont de pair. Mais la loi sur le CO2, telle qu’elle est conçue aujourd’hui, ne permet pas de lutter contre le réchauffement climatique.

J.-D. Clavel, mai 2021

5 commentaires

  1. Posté par Daniel Dujardin le

    @F.T. il s’agit bien sûr du CO2. Co (cobalt) 2 n’a pas de sens. Il faut ouvrir l’œil et ainsi ne pas paraître inculte.

  2. Posté par antoine le

    Qui faut-il croire ?
     »Adèle Thorens Goumaz
    27 novembre 2020 à 21 h 36 min
    De nouvelles données sorties récemment montrent que l’aviation a un impact encore bien plus important que ce que l’on considérait jusqu’ici: Une nouvelle étude mandatée par la commission européenne conclut que les émissions de CO2 du transport aérien ne représentent que 1/3 de l’impact climatique de ce secteur. (voir ci-dessous)
    Les autres émissions de l’aviation tels que les oxydes d’azote (NOx) ou la vapeur d’eau ont ainsi un effet de réchauffement 2 fois plus élevé que le CO2. Il faudrait donc multiplier par 3 les émissions de CO2 de l’aviation pour calculer son impact climatique. (jusqu’à présent nous avons multiplié par 2) Cette conclusion confirme les résultats similaires d’autres études récentes :
    Au niveau international: https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1352231020305689
    Au niveau Suisse : https://proclim.scnat.ch/fr/for_the_media/uuid/i/81d6af2e-432d-5dff-b961-b50e788704e8-Emissions_des_transports_a%C3%A9riens_et_leur_impact_sur_le_climat
    La nouvelle étude en question est disponible ici: https://ec.europa.eu/clima/news/updated-analysis-non-co2-effects-aviation_en »
    https://blogs.letemps.ch/adele-thorens/2020/09/28/tout-ce-que-vous-devez-savoir-sur-la-loi-sur-le-co2/ »
    Il y a certainement des interprétations ou des exagérations … est-ce selon la tendance politique ?

  3. Posté par antoine le

     »Cette analyse globale fait défaut : une faille grave, car la Suisse n’a pratiquement AUCUN impact sur le climat … »
    La Suisse n’émet que le 0,1% ou 1 pour mille des émissions de CO2 ! Même si on diminue de moitié ces émissions, on ne changera RIEN au réchauffement climatique NATUREL !
    La dernière glaciation qui date d’environ 12’000 ans et les variations des glaciers (avancées et reculs) suivent des cycles NATURELS ! Lire Le Roy Ladurie – Histoire du climat depuis l’an mil tomes I et II
    https://www.amazon.com/Histoire-Climat-Depuis-Lan-French/dp/2081228688
    Lire les études du climat du glaciologue M. Schlüchter.
    https://loisirs.lagrue.ch/uploads/archives/2007/07.03.10/magazine.htm
     »Mais la loi sur le CO2, telle qu’elle est conçue aujourd’hui, ne permet pas de lutter contre le réchauffement climatique. »
    Elle ne servira qu’à remplir les caisses de l’État. Il n’y aura aucun effet sur la température ! D’ailleurs, les politiques n’offrent aucune garantie concernant la limitation de l’augmentation de la température … et ils se gardent bien de dire qu’ils n’y connaissent RIEN !

  4. Posté par farjon thierry le

    Tous ceux qui prônent la diminution du Co2 sont des incultes totaux! ou alors il ont oublié qu’ils avaient un cerveau! La nature a besoin de co2 pour se développer bandes d’incultes crasses!
    Sans oublier que la voiture électrique est 100 fois plus polluante qu’une Nissan X Trail 2,2 DCI!
    (terres rares, impossibilité de recycler les batteries, énergie grise… Arrêtez de vous foutre de notre gueule! Et j’ai une envie irrésistible de filer la gifle du siècle a la pétasse de Greta et sa mère! « je vois le Co2 a l’oeuil nu » Moi je vois ta connerie a l’oeuil nu… Et elle est aussi grosse que la Burj Kalifa… J’ai voté NOOOOOOOOON

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