François Schaller: 25 bonnes raisons de dire OUI le 17 mai prochain

Merci à G. Vuilliomenet!

Pour en finir avec le libre accès des Européens au marché suisse de travail (libre circulation des personnes). Pour dissoudre le parallélisme des Accords bilatéraux I (clause guillotine). Pour quitter la voie bilatérale vers l’intégration. Pour obtenir une normalisation et nouvelle stabilité durable dans les relations avec l’Union Européenne. Sur le plan économique, mais pas seulement.

Par rapport à la libre circulation des personnes elle-même

Sans libre circulation des personnes, la Suisse garderait toute liberté d’accueillir toutes les compétences, main d’oeuvre et talents européens dont elle a besoin. Frontaliers ou futurs résidents. Actifs dans l’économie, la santé, la formation, le social, etc.

La Suisse reprendrait simplement le contrôle de sa politique migratoire.

Elle aurait toute liberté de mettre sur pied un système efficace et peu bureaucratique de régulation de l’immigration européenne en Suisse. Les modèles performants de régulation ne manquent pas dans le monde développé.

Sur les vingt pays les plus compétitifs du monde (WEF), dix ne sont pas européens et ont une politique migratoire autonome. Dont les trois premiers. Avec la Suisse, il y en aurait onze.

Les complications et coûts administratifs supplémentaires seraient dérisoires pour les entreprises et institutions par rapport à leur masse salariale.

La Suisse mettrait fin à la préférence européenne sur son marché du travail par rapport aux ressortissants du reste du monde.

Les non-Européens, réfugiés en Suisse par exemple, cesseraient d’être discriminés sur le marché suisse du travail par rapport aux Européens (alors que la Suisse investit intensément dans leur formation et leur intégration).

L’immigration globale étant de tout manière limitée en Suisse (comme en Europe et ailleurs), l’économie suisse aurait plus de facilité à recruter des spécialistes et cadres non européens pour accompagner son important commerce dans le monde (plus de 50% des exportations sont extra-européennes). Il en serait de même des hautes écoles et de la recherche.

La diversité des nationalités dans les entreprises et institutions pourrait augmenter. Avec une meilleure réceptivité par rapport à la culture du travail en Suisse.

La réintroduction de l’ancien permis de saisonnier (légitimement honnis par la gauche) ne serait nullement nécessaire. Il existe d’ailleurs un permis de travail de courte durée (permis L) dans le cadre de la libre circulation. Il pourrait être maintenu (ou pas).

Réciprocité :

– Le solde migratoire annuel moyen (immigration nette) est de 48 000 nouveaux Européens en Suisse depuis 2007 (début de la libre circulation). Soit la population cumulée de Nyon, Gland et Morges.

(Immigration moyenne nette extra-européenne : 21 000, soit la population de Vevey. L’immigration nette moyenne totale équivaut à de nouvelles villes de la Chaux-de-Fonds plus Neuchâtel chaque année).

– L’immigration européenne et le travail frontalier resteraient relativement importants sans libre circulation, et avec régulation migratoire autonome.

– En revanche, les Suisses non binationaux ne sont actuellement que quelques centaines à demander et recevoir un permis de travail chaque année en Europe. Pour des raisons évidentes d’écarts salariaux.

– Tenant compte de cet immense déséquilibre, la Suisse pourrait demander des facilités d’accès au marché du travail européen pour ses ressortissants non binationaux (qui souhaitent quand même travailler en Europe).

Le principe de libre circulation des personnes est un archaïsme qui met le marché du travail sur le même plan que les marchés de capitaux, de marchandises et de services. A l’échelle des Etats et de leur politique économique, le travail et les salaires ne sont pas de simples facteurs de production. Ils représentent au contraire la finalité de l’économie.

Par rapport aux Accord bilatéraux I

La Suisse commencerait par demander aux Européens l’annulation de la clause juridique (guillotine) invalidant les six autres Accords bilatéraux I. Pour qu’ils restent au contraire valides individuellement. Argument : trois accords bénéficient presque exclusivement aux Européens, deux sont très déséquilibrés en faveur de l’UE (reconnaissance mutuelle des normes techniques et agriculture). Seul le dernier est plus ou moins équilibré (recherche).

En cas de refus, la Suisse négocierait avec l’UE une période transitoire de validité (comme Bruxelles l’a fait avec Londres), pendant laquelle les deux parties discuteraient de l’avenir des Accords bilatéraux I sans libre circulation ni clause guillotine.

Si l’Union Européenne exerçait des représailles et menaçait d’ouvrir une guerre commerciale contre la Suisse (en invalidant les Accords bilatéraux I ou autres), l’administration fédérale pourrait programmer des obstacles renchérissant les importations de véhicules à moteur européens (valeur 15 milliards de francs en 2019). Les plus polluants en particulier.

Dans le pire des cas, sans accords bilatéraux I, les surcoûts administratifs et manques à gagner pour les entreprises suisses ne représenteraient pas 0.5% des exportations en valeur vers l’Europe (lire les articles précédents). Des allégements administratifs pourraient être consentis en contrepartie par la Confédération et les cantons dans d’autres domaines.

La Suisse continuerait d’être associée aux programmes européens de recherche (comme d’autres Etats tiers). Seule la possibilité de coordonner elle-même de grands projets lui serait refusée.

Par rapport à la voie bilatérale vers l’intégration

La fin du libre accès des Européens au marché suisse du travail équivaudrait à la fin de la voie bilatérale vers l’intégration. Les fonctionnaires européens l’envisagent d’ailleurs eux-mêmes depuis juin 2016 (Brexit), et le retrait officiel de la demande d’adhésion de la Suisse à l’UE un mois plus tard.

Le dossier suisse à Bruxelles cesserait dès lors de relever de la Politique européenne d’élargissement, et passerait dans la Politique européenne de voisinage (PEV, commissaire Oliver Varhelyi).

Après une période de turbulences (surtout verbales), les relations entre la Suisse, l’Union Européenne et ses Etats-membres seraient clarifiées et apaisées. La Suisse ne pourrait plus être soupçonnée continuellement d’abus et de double jeu (dedans et dehors, « le beurre et l’argent du beurre », etc).

L’économie suisse obtiendrait ce qu’elle recherche : la stabilisation des relations avec l’UE. Il s’agirait de partenariat commercial et de voisinage entre Etats, d’accès partiels et réciproques aux marchés. Et non plus de « participation » progressive au marché unique européen basée sur la libre circulation, incluant en particulier le droit du travail.

En maintenant la libre circulation des personnes, considérée en Europe comme « constitutive de la citoyenneté européenne » (Emmanuel Macron), l’économie suisse n’aura jamais la stabilité, la sécurité ni la visibilité dont elle a besoin. Elle ne l’a plus d’ailleurs depuis quinze ans (début des discussions sur une nouvelle étape institutionnelle).

Sans libre circulation des personnes, la Suisse se retrouverait sur le même plan que le Royaume-Uni, avec les accords de Schengen/Dublin en plus (pas remis en question). Et des accords de voisinage forcément différents (pêche, transports, frontières, etc.)

Les références de la Suisse dans les discussions avec l’UE deviendraient :

1) l’Accord économique et commercial global (AECG) de l’UE avec le Canada, appliqué provisoirement à 90% depuis 2017 (en attendant une ratification complète des 28 Etats membres). Equivalent aux Bilatérales I sur le plan de la reconnaissance mutuelle des normes techniques dans les domaines-clés des machines et technologies médicales (entre autres).

2) le Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement avec les Etats-Unis (TTIP). Très innovant, finalisé, mais suspendu pour cause d’oppositions en Europe à la notion de sécurité des investissements et à l’agriculture (en France surtout). Egalement équivalent aux Bilatérales I sur le plan de la reconnaissance mutuelle des normes techniques dans les machines et technologies médicales (entre autres).

Par rapport au timing

Mettre fin au libre accès des Européens au marché suisse du travail (libre circulation) et à la voie bilatérale vers l’intégration ? Saisir cette occasion le 17 mai prochain permettra de simplifier et clarifier rapidement les relations ambiguës, confuses et chroniquement conflictuelles avec l’Union Européenne.

La Suisse n’étant plus candidate à l’adhésion à l’UE, la voie bilatérale n’a d’ailleurs plus aucun sens.

L’économie suisse est pour sa part toujours aussi incapable d’argumenter précisément et concrètement sur les avantages d’une voie bilatérale qui ne lui apporte rien de consistant, et ne cesse de générer des troubles.

Si ce n’est pas le 17 mai prochain, ce sera plus tard. Et plus tard, l’opération de rééquilibrage et de normalisation des relations Suisse-UE s’avérera plus compliquée et douloureuse.

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François Schaller

François Schaller, FacebookTwitter

Philo, hist, théol, anthropo, science po, éco. Ancien de la Presse Riviera-Chablais et de L’Hebdo à Lausanne, rédacteur en chef de PME Magazine à Genève dans les années 2000 (groupe Axel Springer), de L’Agefi dans les années 2010 (Quotidien de l’Agence économique et financière), François Schaller pratique depuis 1992 un journalisme engagé sur la politique européenne de la Suisse. Les fondamentaux: Généalogie de la libre circulation des personnes https://cutt.ly/1eR17bI Généalogie de la voie bilatérale https://cutt.ly/LeR1KgK

article complet:

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François Schaller a bien changé d'avis en trois ans et nous l'en félicitons! Serait-il bientôt un des nôtres?

Voir notre article: Journalisme. UE et Suisse. François Schaller, hors sol, dans Le Matin Dimanche du 24.12.2017

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A écouter aussi la participation au débat de Forum, le premier grand débat sur le Swissxit avec François Schaller : Forum, mardi, 11 février 2020, "Le grand débat - Sommes-nous prêts pour le Swissxit?"

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François Schaller concernant la suppression de la RTS: François Schaller était contre l’initiative No Billag.

Ses arguments : Pas d’unité de matières, et de toute façon, l’initiative avait peu de chance de passer. Il avait dit que si elle passait, elle ne serait pas appliquée, sauf que la redevance passerait par les impôts, ce qu’il recommandait.

Lorsque Mehmet Gultas avait contesté sa facilité d’affirmer qu’elle ne sera pas appliquée, Schaller a répondu que l’initiative du 14 février n’a pas non plus été appliquée; ne pas appliquer une initiative, c’est tout à fait possible !

Schaller a affirmé encore dans ce débat sur No Billag que la RTS est un élément fondamental dans la diversité des médias, il n’est donc pas question de la supprimer. Il n'y a pas d’objectivité dans l’information, il y a une diversité des approches qui tendent vers la diversité des débats.

Pour l’avenir de la RTS, Schaller était favorable au statut quo, et il pensait que la diversité des médias passe par la diversité du financement.

6 commentaires

  1. Posté par G. Vuilliomenet le

    Et pendant ce temps, un ancien CN UDC, Peter Spuhler prétend que cette initiative est dangereuse

    https://www.20min.ch/ro/news/suisse/story/L-initiative-de-limitation-est–dangereuse–pour-Spuhler-21129450

    Le prétexte?
    « Selon lui, négocier l’abolition de la libre circulation des personnes est une bonne chose, mais le problème est que le texte de l’initiative ne prévoit que 12 mois pour cela. Si aucun résultat n’est obtenu dans ce délai, l’accord devra être résilié. Tout le monde sait que 12 mois ne seront jamais suffisants. Il suffit de voir le Brexit, détaille-t-il. »

    C’est quand même amusant de penser que les 2/3 des salopards des pots de chambre fédéral qui ont planché sur l’initiative du 9 février 2014 ont réussi par un putsch constitutionnel à modifier le texte sur lequel le SOUVERAIN avait voté. Alors prétendre que les mêmes salauds ne pourront rien faire, c’est nous prendre pour des imbéciles. Et ce type se présente comme un UDC. Mamma mìa!

  2. Posté par Serge le

    Totalement d’accord !

  3. Posté par Zuber le

    Il faut absolument remettre de l’ordre dans notre pays avant qu’il ne soit trop tard,et pour cela il faut commencer par voter oui le 17 mai!

  4. Posté par antoine le

    Enfin un commentaire sensé concernant cet accord-cadre qu’on nous impose !
    Je voterai OUI à l’initiative pour une limitation de l’immigration le 17 mai prochain.

  5. Posté par aldo le

    ATTENTION, UN NECESSITE VITALE SUPPLEMENTAIRE POUR LA SUISSE DE DIRE OUI CONTRE LA LIBRE-CIRCULATION : le coronvirus ! https://lesobservateurs.ch/2020/02/15/le-coronavirus-chinois-pourrait-infecter-les-deux-tiers-du-globe/

    Si on regarde la statistique en temps réel, ON REMARQUE QUELQUE CHOSE D’EXTREMEMENT DANGEREUX https://gisanddata.maps.arcgis.com/apps/opsdashboard/index.html#/bda7594740fd40299423467b48e9ecf6

    LE CHEMIN DES FILLIERES DE L’IMMIGRATION PROPAGENT LA PANDEMIE DU CORONAVIRUS.

    Comme toute cette immigration sauvage de masse, LES RESEAUX DE L’INDUSTRIE MIGRATOIRE SERVENT MAINTENANT A LA PROPAGATION EXPONENTIELLE DU CORONA. Et toutes les colonies et les magouilles de l’Europe pour le mettre au même plan que les pays européens, https://lesobservateurs.ch/2020/02/13/magouilles-de-limmigration-de-nombreux-bangladais-ont-pu-setablir-en-suisse-grace-a-des-passeports-portugais/ … sont la source de cette SALOPERIE MONDIALE DUE AU CRYPTO-COMMUNISTE DE L’EUROPE UErss et A SA LIBRE CIRCULATION.

    En 12 jours de croissance, on remarque qu’il y a UN PONT MIGRANT de malades CLANDESTIN ENTRE LA CHINE, HONG-KONG ET LA GRANDE-BRETAGNE. Mais d’autres pays sont aussi révélateurs de ce fait.

    TOUS LES CHINOIS ATTEINTS TENTENT PAR CORRUPTION DE VENIR SE FAIRE SOIGNER A L’ETRANGER DONC EN SUISSE ET EN EUROPE ESSENTIELLEMENT EN PASSANT PAR HONG-KONG.

  6. Posté par Sertorius le

    ‘Les non-Européens, réfugiés en Suisse par exemple, cesseraient d’être discriminés sur le marché suisse du travail par rapport aux Européens (alors que la Suisse investit intensément dans leur formation et leur intégration).’

    Discriminés? Il y déjà trop d’intégration. Ils sont partout! Il est plutôt temps qu’ils prennent ce qu’ils ont appris et qu’ils quittent le pays.

    ‘La diversité des nationalités dans les entreprises et institutions pourrait augmenter. Avec une meilleure réceptivité par rapport à la culture du travail en Suisse.’

    Plus de 50% de la population de Genève est etrangère. On a assez de diversité comme ça. Il faut plus de réceptivité pour les suisses.

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