Elections du Conseil fédéral. Rytz et Sommaruga : politiquement identiques

Claude Haenggli
rédacteur/traducteur, Berne, Suisse

Rytz et Sommaruga : politiquement identiques

 

Roger Koeppel, dans son éditorial de la Weltwoche, constate que de nombreux médias qui ont soutenu la candidature verte au Conseil fédéral n’ont pas vu que la candidate thounoise au Conseil fédéral était politiquement identique à la conseillère fédérale bernoise socialiste Simonetta Sommaruga, juste encore un peu plus à gauche et plus extrême. Elles ont notamment le même sexe, le même âge à peu près, sont du même canton, ont les mêmes opinions et viennent du même milieu urbain. Rytz a débuté sa carrière dans les syndicats. Sommaruga était dans la protection des consommateurs et l’aide au tiers-monde. Il est pour le moins curieux que des partis prônant la diversité aient voulu créer un tel déséquilibre au sein du Conseil fédéral - et en plus au détriment du représentant d’une région linguistique différente, le Tessinois Ignazio Cassis.

 

 

https://www.weltwoche.ch/

L’uniformité verte

Par Roger Koeppel

Regula Rytz est pour la «diversité». Mais seulement s’il n’en va pas de son propre pouvoir.

La Suisse est le pays le mieux gouverné sans vrai gouvernement. Le Conseil fédéral est un organe volontairement composite. Il doit, d’une part, incarner la diversité du pays et de ses différentes cultures, le représenter à sa juste mesure. Il a, d’autre part, pour tâche de traduire en actes la volonté du peuple, mais il est un pouvoir exécutif strictement encadré par la démocratie directe. Plus importante que le pouvoir est la diversité représentée – «Diversity» pour faire moderne. Si le Conseil fédéral est mal équilibré, penche trop d’un côté, alors la plus ancienne démocratie du monde se grippe.

Le 21 février 2019, Regula Rytz a participé à un débat en public à l’Université de Berne sur le thème «Diversity Management dans les organisations – Défis pour les hautes écoles et les entreprises». La présidente des Verts n’a jamais occupé de fonctions de management dans une entreprise ou dans une haute école, ce qui n’a néanmoins pas empêché les organisateurs de la faire débattre avec un professeur de Harvard qui a fait un exposé sur le sujet. Dans la ville rouge-verte de Berne, les Rouges et les Verts ne peuvent pas se plaindre de manquer d’occasions de se produire dans des manifestations prestigieuses.

Le «Diversity Management», autrement dit la gestion de la diversité est l’une des dernières modes de la gestion des organisations. L’objectif est de faire en sorte que les organes dirigeants soient le plus divers possible en matière de sexe, d’appartenance ethnique, d’âge, de handicap, d’orientation sexuelle et de religion. On en attend de meilleures performances et une plus grande proximité avec la diversité de la société respective. Or dans la pratique, le concept de gestion de la diversité est principalement dirigé contre les structures de direction dominées par les hommes et, par conséquent, politiquement très populaire dans les rangs de la gauche et des Verts.

Regula Rytz est une tenante de ce courant. Elle est l’un des plus grands apôtres de la diversité au Palais fédéral. Lors du débat en public à l’Université de Berne, elle a clairement donné à entendre sa conception de la «diversité»: «Il faut des objectifs clairs pour changer mille ans de patriarcat». Si les entreprises et les autorités n’apportent pas délibérément plus de diversité, il faut alors leur imposer des objectifs qui les y engagent, pour ne pas dire qui les y contraignent. Pour Rytz, plus de diversité signifie plus de femmes. Il s’agit de briser la domination masculine.

Mais quand l’appel à la diversité se transforme-t-il en uniformité? Regula Rytz en a fait elle-même l’amère expérience lors de cette élection au Conseil fédéral.

Sa candidature était dirigée, en premier lieu, contre le seul représentant du Tessin, Ignazio Cassis. Au nom de la diversité des sexes, Rytz a voulu sacrifier les diversités régionales linguistiques du gouvernement sur l’autel des ambitions de pouvoir des Verts. Au lieu de deux femmes, elle en voulait trois. Pour y parvenir, il fallait juste passer au fil de l’épée le seul Tessinois du gouvernement. L’utilité marginale d’une femme supplémentaire ne compense évidemment pas la perte de toute une région linguistique. Cette candidature reposait, par conséquent, depuis le début, sur quelque chose de déraisonnable, sur un passage en force antipathique. Par-dessus le marché, elle se trompait de cible, car d’un point de vue purement arithmétique, le PDC aurait dû laisser son siège aux Verts après les élections, or c’est une femme qui siège au Conseil fédéral pour le PDC. Viola Amherd était donc intouchable. La formule verte signifiait ainsi plus de femmes, moins de diversité.

La candidature de Rytz était un coup porté à une région linguistique qui n’a de toute façon pas de lobby puissant au sein du Palais fédéral. Mais c’était aussi la tentative de faire passer une sorte de double casting au sein du gouvernement. De nombreux médias n’ont pas vu que la candidate thounoise au Conseil fédéral est politiquement identique à la conseillère fédérale bernoise PS Simonetta Sommaruga, juste encore un peu plus à gauche et plus extrême: même sexe, même âge à peu près, même canton, mêmes opinions, origine similaire, mêmes influences, goûts musicaux similaires, même milieu urbain. Rytz a débuté sa carrière dans les syndicats. Sommaruga était dans la protection des consommateurs et l’aide au tiers-monde. Leurs empreintes smartspider coïncident presque. Il est étonnant qu’au moment de choisir leurs candidats les Verts, obnubilés par la diversité, n’aient pas prêté attention au fait que la présidente de leur parti ne ferait guère contraste dans cet organe. L’objectif était un doublé féminin issu de différents partis ayant la même orientation politique.

Rytz et Sommaruga représenteraient à elles deux 28% du Conseil fédéral, une surreprésentation considérable. Le segment de la féministe urbaine de gauche, d’âge mûr, venue du secteur culturel et avec un fort engagement tiers-mondiste se justifie en Suisse, mais n’a certainement pas droit à deux sièges au Conseil fédéral.

Prenons l’exemple de samedi dernier. Le groupe de rock soleurois Krokus a joué, à guichets fermés, devant 14 000 fans dans le Hallenstadion de Zurich. Il y a fort à parier qu’il aurait fallu un microscope électronique pour détecter ce soir-là dans le public des électeurs de Sommaruga ou de Rytz. La grande majorité était constituée d’hommes et de femmes dans la cinquantaine, de plus d’hommes que de femmes, de nombreux parents, d’actifs en emploi stable, probablement plutôt bourgeois, d’automobilistes réguliers, à première vue non issus de l’immigration. Bien sûr, il n’y a pas que la Suisse de Krokus, mais il n’existe pas non plus que la Suisse de Rytz et Sommaruga.

La candidature de Rytz a été une erreur stratégique des Verts. Le parti crie haut et fort contre les «discriminations», réelles et imaginaires, des réfugiés, des migrants et des femmes. Mais quand il en va de son propre pouvoir, nous constatons maintenant que ce même parti a moins d’inhibitions pour discriminer les minorités, en l’occurrence le Tessin, un canton minoritaire qui a, de toute façon, toujours été politiquement (et sur le plan migratoire) maltraité par la Berne fédérale. L’ironie veut que l’attaque verte centrée sur Rytz au nom de la diversité a apporté plus d’uniformité pour le Conseil fédéral. Cette candidature verte ne correspondait pas à la Suisse.

R. Koeppel, 11.12.2019

2 commentaires

  1. Posté par Dominique le

    Les Suisses ont pris la triste habitude de bien trop souvent voter pour des politiciens et politiciennes médiocres ayant comme priorité leur carriérisme personnel, n’ayant jamais réellement gagné leur vie dans une vraie entreprise productrice et enrichissante pour notre Etat-nation et son peuple souverain et ayant si peu de culture et de bon sens qu’ils/elles sont incapables de faire la distinction entre nos religions chrétiennes occidentales du XXI ème siècle et une idéologie telle de nos jours l’ersatz de religion musulmane, c’est dire l’islam-idéologie sévissant pourtant depuis XIV siècles. Pour le moments tous ces fraîchement élus écologistes se montrent des gauchos doctrinaires bolchévisants mais ne font rien pour le peuple souverain suisse ni pour la nature dans notre pays. Ces deux nanas en sont des exemples caricaturaux.
    Les Suisses et notre pluri-culturalisme suisse d’abord, les autres, le multiculturalisme, l’europhilie et le jeunisme ensuite.

  2. Posté par Bussy le

    Les Verts pour la diversité ?
    Alors seulement dans les cocktails et quand ils disent au peuple ce qu’il doit faire !
    Jeter un coup d’œil au site des Verts du canton de Berne, la présidence de 5 personnes, le comité de 18 personnes : pas de personne noire, pas de personne maghrébine, pas de personne des Balkans !

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