Seine-Saint-Denis : le salaire de la peur – version 2019

L’exécutif se déploie au chevet de la Seine-Saint-Denis

Édouard Philippe a dévoilé 23 mesures pour améliorer les services publics dans le département le plus pauvre de métropole.

Après l’enterrement fracassant du rapport de Jean-Louis Borloo sur les banlieues, en mai 2018, qui avait hérissé les acteurs associatifs, le gouvernement n’en finit pas d’essayer de montrer qu’il ne délaisse pas les quartiers populaires, qu’il n’est pas uniquement préoccupé de renouer le lien avec la France rurale. D’où le déploiement massif de ministres, jeudi, en Seine-Saint-Denis : Christophe Castaner (Intérieur) et son secrétaire d’État Laurent Nuñez, Agnès Buzyn (Santé), la garde des Sceaux Nicole Belloubet, Julien Denormandie (Logement), Jean-Michel Blanquer (Éducation nationale), sont allés sur le terrain. Puis, ils ont rejoint le premier ministre Édouard Philippe, pour la présentation d’un plan visant à relancer les services publics dans le « 93 ».

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Dans ce département limitrophe de la capitale, les visites officielles ne sont pas une originalité : la préfecture en compte, selon un rapport parlementaire, vingt par mois… La nouveauté est ailleurs : la création d’une prime de 10.000 euros pour fidéliser les fonctionnaires qui resteront cinq ans sur place. Une sorte de discrimination territoriale positive. L’annonce en a été faite par le locataire de Matignon. « La première priorité du plan consiste à attirer et à fidéliser en Seine-Saint-Denis, y compris les meilleurs éléments de la fonction publique de l’État », a expliqué Édouard Philippe, qui s’exprimait depuis la préfecture de Bobigny, devant un parterre d’élus, de pompiers, de membres du Samu, de policiers… « Je souhaite qu’elle bénéficie en particulier aux agents qui sont en première ligne », a-t-il ajouté, sans entrer dans le détail. Cette prime est présentée comme une réponse au « turnover » qui frappe le département. Elle pourrait concerner 39.000 fonctionnaires à partir de l’an prochain et devrait coûter quelque 35 millions d’euros par an. « Je ne serai plus au pouvoir pour la voir se mettre en place », a blagué Édouard Philippe lors d’une réunion à huis clos avec des parlementaires, quelques minutes auparavant dans le bureau du préfet. Les députés La France insoumise présents, comme Alexis Corbière et Clémentine Autain, ont dénoncé lors de cet échange la « méthode » et les « effets d’annonce à la veille des municipales ».

Le plan du gouvernement totalise une vingtaine de mesures dont le recrutement de 150 policiers, le renforcement des contrôles des logements insalubres et une enveloppe de 20 millions pour l’immobilier scolaire. « La Seine-Saint-Denis est hors norme. Ses difficultés, il faut les nommer. Pour casser les spirales » négatives, a martelé le premier ministre lors de son discours. Devant les caméras, il a dressé un tableau noir de la situation, pointant un « taux de pauvreté de 28,6 %, le double de la moyenne nationale », le fait que « deux enseignants sur trois sont de nouveaux professeurs » et évoquant « des fonctionnaires du ministère de l’Intérieur qui totalisent 2,7 ans d’ancienneté contre 7,4 ans, non loin, en Essonne ».

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Des réserves chez les policiers et les enseignants du « 93 »

Une prime de 10.000 euros après cinq ans d’exercice pour tous les fonctionnaires ? « Les enseignants ne vont pas cracher dessus, mais pourquoi ne pas avoir réparti cette somme tous les mois, sur cinq ans ? C’est maintenant qu’ils ont besoin de voir leur pouvoir d’achat augmenter », fait valoir Mathieu Logothetis, responsable du Snes 93, syndicat du second degré. « Cette prime concerne-t-elle uniquement les futurs agents ou ceux qui sont en poste depuis cinq ans ? », interroge Rachel Schneider au Snuipp, syndicat du primaire. Directrice d’école maternelle à l’Île-Saint-Denis, elle enseigne ici depuis quinze ans. « Sauf situation médicale et sociale particulière, comme le rapprochement de conjoint, un professeur du primaire peut être muté après vingt-trois ans passés sur le territoire ! », dit-elle. Ici, les concours du professorat ne font pas le plein, faute d’attractivité, et 20 % des enseignants sont contractuels. « Les conditions d’exercice sont difficiles. Parmi les mesures annoncées, aucune ne va dans le sens de leur amélioration. La médecine scolaire est inexistante. Les services publics, comme l’aide sociale à l’enfance, ne fonctionnent plus », assène Rachel Schneider. Une directrice d’école de Pantin s’est suicidée récemment en laissant une lettre explicite.

Outre 20 millions d’euros fléchés par la région pour des investissements immobiliers pour l’école, le premier ministre a annoncé le « prérecrutement » de 500 enseignants avec des études financées, contre un engagement de trois ans dans le département.

Même sentiment chez les syndicalistes policiers du département sur les annonces dans le domaine de la sécurité. Le premier ministre a annoncé la création de deux quartiers de reconquête républicaine à Saint-Ouen et à La Courneuve, dans le cadre de la police de sécurité du quotidien, avec un renfort de 50 policiers. Il a évoqué la création d’ici à 2021 de 100 postes d’officiers de police judiciaire ainsi que la rénovation des commissariats d’Aulnay-sous-Bois et d’Épinay-sur-Seine, d’ici 2023, avec un budget de 30 millions d’euros.

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12 postes de magistrats créés

La justice n’est pas oubliée : création de 35 postes de greffiers, 12 de magistrats et une extension du TGI de Bobigny à l’horizon 2026. Secrétaire général du syndicat Unsa-Police, Philippe Capon, note que ces annonces sont « utiles pour la Seine-Saint-Denis » mais il craint « un phénomène de chaises musicales où l’on déploie des effectifs en les retirant ailleurs ». Et d’ajouter : « Pour les commissariats, il ne faut pas seulement les rénover, mais assurer leur financement sur le long terme. Enfin, sur la prime de 10.000 euros, on n’en sait pas beaucoup plus et la fidélisation forcée fonctionne mal. On envoie les policiers les plus jeunes en Seine-Saint-Denis, ils doivent se loger en dehors de leur circonscription, leur vie professionnelle et personnelle est compliquée. Dans ce contexte, 10.000 euros c’est une somme et c’est très peu. »

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article complet : https://www.lefigaro.fr/actualite-france/le-gouvernement-devoile-23-mesures-pour-la-seine-saint-denis-20191030

4 commentaires

  1. Posté par poulbot le

    Ce n’est pas du vent qu’il faut en Seine saint Denis mais un véritable cyclone pour nettoyer ce département tombé aux mains des dealers , de racailles…….

  2. Posté par Alex le

    Du vent et toujours du vent, et il y en aura ce week-end

  3. Posté par Antoine le

    Le salaire de la peur !
     » … la création d’une prime de 10.000 euros pour fidéliser les fonctionnaires qui resteront cinq ans sur place ».
    Cela en vaut-il la chandelle ?
    A la clé, le risque de se faire égorger, brûler vif dans sa voiture ou descendu par la racaille …
    avec bien entendu l’interdiction d’utiliser son arme de service, mais autorisé pour se suicider …

  4. Posté par Bussy le

    Et voilà, ils y sont à la partition, comme aux temps des colonies, les fonctionnaires touchent une prime pour aller travailler hors de France !

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