Le coup de poker de Boris Johnson

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Objet de toutes les rumeurs depuis plusieurs semaines, la demande du Premier ministre Boris Johnson de suspendre les activités du Parlement britannique a été approuvée par la reine Elizabeth II, ce 28 août. En tentant de limiter le débat sur le Brexit, cette sortie du Royaume-Uni de l’Europe, prévue officiellement à la fin du mois d’octobre, le leader des conservateurs a pris le risque de provoquer une crise politique majeure dans son pays. Manœuvre habile ou véritable coup de poker de la part de Boris Johnson, Londres semble se diriger vers un « No deal » avec Bruxelles qui ne cache pas sa colère.

L’opposition britannique n’a pas tardé à réagir et dénoncer immédiatement « un scandale constitutionnel et une menace pour la démocratie ». Pourtant, tout porte à croire que le tonitruant ancien maire de Londres a le soutien des Anglais qui se disaient prêts à adouber l’idée de suspension du Parlement à plus de 54 % dans un récent sondage, publié par ComRes ce mois-ci. Les députés « Remainers » n’ont désormais plus que quelques jours pour essayer de stopper une sortie brutale sans accords du Royaume-Uni hors de l’Europe. Un véritable « putsch » pour certains élus de l’opposition, le Parti travailliste en tête. « Suspendre le Parlement est inacceptable », a déclaré Jeremy Corbyn qui a demandé une motion de censure contre le Premier ministre d’une monarchie prise en étau dans ce débat qui divise les sujets de « The Queen ». Un argument vite balayé par les « Brexiters », comme le député eurosceptique Daniel Hannan qui a déclaré : « Cette session parlementaire a duré trois ans. […] Quelle mentalité tordue faut-il avoir pour qualifier un retour tardif à la normalité constitutionnelle de “coup d’Etat” ? »

Tout est possible

Tous les scénarios politiques sont désormais possibles dont la probabilité d’un remaniement du gouvernement qui inclurait l’entrée du parti de Nigel Farage, qui est à l’origine du succès de la campagne en faveur du Brexit en 2016, aux côtés du Parti unioniste de l’Ulster. Ou des élections anticipées dont il est encore difficile de déterminer les chances de réussite du Parti conservateur très partagé sur la question du Brexit et qui pourraient profiter à son opposition. Reste la reine Elizabeth II, devenue soudainement l’arbitre impartial du débat et objet de pressions en tout genre. A 93 ans, la populaire souveraine affronte une crise politique qui pourrait mener à terme à l’éclatement du royaume. Entre une Ecosse pressée d’organiser un second référendum sur l’indépendance et une Irlande du Nord sans gouvernement depuis la fin de sa coalition, qui songe à s’unir au Sud (Eire) voisin, son discours le 14 octobre prochain est attendu par des Anglais qui craignent l’instauration d’un chaos parlementaire. Rien qui ne saurait pourtant inquiéter Boris Johnson qui a reçu le soutien affiché du président américain Donald Trump : « J’ai l’intention de présenter un agenda législatif ambitieux pour permettre le renouvellement de notre pays après le Brexit », a déclaré le Premier ministre de Sa Gracieuse Majesté. •

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