Vox Societe Par Thierry Wolton, 19/02/2019
- Il existe un antisémitisme de gauche, né au XIXe siècle et qui puise dans l'anticapitalisme, explique l'essayiste, spécialiste du communisme*.
Aujourd'hui, l'antisémitisme de gauche ne désigne plus le Juif comme tel, mais le qualifie de sioniste, ajoute l'auteur. Que certaines personnalités se réclamant de la gauche et de l'extrême gauche minimisent la portée des insultes antisémites proférées contre Alain Finkielkraut, lors de la manifestation de samedi à Paris, ne saurait étonner. Dans l'inconscient progressiste, le Juif a longtemps représenté le ploutocrate que la lutte des classes devait se charger d'éliminer.
L'antisémitisme d'extrême gauche est beaucoup moins évoqué que l’antisémitisme d'extrême droite (ce qui ne diminue naturellement en rien la gravité de ce dernier). Or, initialement, la gauche fut à l'avant-garde de la propagation du mal, car elle a embouché la première les canons d'un nouvel antisémitisme né avec la révolution industrielle du XIXe.
La haine moderne du Juif s'est développée partout en Europe avec le triomphe du capitalisme. Cet antisémitisme s'alimente à la fois aux sources du ressentiment (la réussite sociale prêtée aux Juifs) et des exclusives nationalistes, par réaction au cosmopolitisme supposé des israélites, comme on disait alors.
Le Juif finit par incarner le «pur» bourgeois, celui à qui profite le développement du capitalisme mais qui serait coupé de ses racines nationales, une sorte de capitaliste apatride.
Contempteur de ce mode de production, Karl Marx stigmatise le Juif.
«Quel est le fond profane du judaïsme? demande-t-il dans La Question juive (1843). Le besoin pratique, l'utilité personnelle. Quel est le culte profane du Juif? Le trafic. Quel est son dieu profane? L'argent. [...] Quelle est en soi la base de la religion juive? Le besoin pratique, l'égoïsme. [...] L'argent est le dieu jaloux d'Israël devant qui nul autre dieu ne doit subsister.» Dans Le Capital(1867), il estime que «toutes les marchandises sont de l'argent pour les Juifs intérieurement circoncis». Dans sa correspondance avec son ami Engels, Marx use de mots tels que «petit-juif»,«youpin», «négro-juif». La propagande nazie ne s'est pas privée d'utiliser des citations de l'auteur du Capital pour justifier l'antisémitisme du pouvoir hitlérien.
D'autres penseurs révolutionnaires du XIXe n'ont pas été en reste. Pour l'anarchiste Proudhon, le Juif est un «entremetteur», un «parasite» qui «opère, en affaires comme en philosophie, par la fabrication, le maquignonnage».
Bakounine, un des pères de l'anarchisme, voit dans les Juifs «une secte exploitante, un peuple sangsue, un unique parasite dévorant». Au XXe siècle, le communisme au pouvoir étatise l'antisémitisme. La mention«Juif» était inscrite sur les passeports soviétiques.
À la libération d'Auschwitz par l'Armée rouge, en février 1945, Moscou n'a pas parlé de camp de la mort,obligeant les Alliés à forcer la main à Staline pour savoir ce que les troupes soviétiques avaient découvert sur place.
La mémoire communiste de la Seconde Guerre mondiale, pour sa part, a privilégié la dimension patriotique, le combattant héroïque et le résistant plutôt que le déporté victime.

Et vous, qu'en pensez vous ?