Pourquoi faut-il réduire de moitié les indemnités des parlementaires fédéraux.

Parlement professionnel: en aucun cas!

29.08.2018, Roger Köppel

J’ai présenté à l'hôtel de ville de Fribourg, par une belle journée d'été, ma proposition de réduire de moitié les indemnités des parlementaires au Palais fédéral. L'organe compétent, les chefs des groupes parlementaires des partis et le bureau du Parlement siégeaient dans le canton d’origine du président du Conseil national, Dominique de Buman, qui avait été syndic dans cette magnifique demeure patricienne. Le fait que la première session après les vacances d'été ne se déroule pas au Palais fédéral, mais dans la ville d'origine du président du Conseil national, semble appartenir aux traditions de notre système politique.

Qu'est-ce qui se cache derrière ma demande? L'envie? J'espère que non. Je suis tout simplement un fervent partisan de notre système de milice. Le principe selon lequel nous, les Suisses, prenons la politique tellement au sérieux que nous la faisons nous-mêmes et ne la confions pas à une caste professionnelle constitue un avantage considérable. Notre politique est plus proche du terrain, plus réaliste, plus humaine, souvent plus raisonnable, car elle est en prise directe avec la réalité de la vie des citoyennes et des citoyens. Deux institutions sont essentielles à cela: la démocratie directe et le système de milice, ce dernier étant la base de la première.

J'ai connu de près le contraire durant mon séjour en Allemagne: le Bundestag est un parlement de professionnels. Le personnel politique gagne bien sa vie, bénéficie souvent de voiture de fonction. Lorsque je me déplaçais en avion, même en Allemagne, les politiciens voyageaient en classe Affaires, tandis que mon employeur, une entreprise milliardaire allemande prospère, estimait que la classe Économique suffisait, même pour les cadres. Les politiciens «hors-sol» font une politique «hors-sol». L'Allemagne est sur-réglementée et politisée. La plupart des parlementaires parlent un allemand bureaucratique bourré de termes étrangers que les gens ordinaires ne comprennent plus depuis longtemps, mais que peut-être les experts ne doivent pas comprendre non plus.

Malheureusement, la Suisse dérive dans la même direction. Le niveau actuel des revenus, des défraiements, des indemnités de séance et des allocations a abouti à ce que l’idée de milice ne soit plus vivante. Un conseiller national gagne facilement entre 130 000 et 140 000 francs par an en revenus bruts. C'est plus que ce que l'on ne gagne en Suisse avec un emploi à plein temps fort bien rémunéré. Et bien sûr, ces parlementaires très bien rémunérés s’organisent pour être occupés à plein temps pour cet emploi à plein temps. La structure des indemnités incite à gonfler l'activité parlementaire, à prolonger les séances et à les charger inutilement.

[...]

Bien sûr, il n'y a pas de critères objectifs pour définir l'absurdité. Pour moi, il est évident que c'est improductif. Penchons-nous uniquement sur les exemples les plus récents. Le conseiller aux États PLR Caroni s'est irrité dans une question (18.1023) de la préséance des conseillers nationaux (9e rang) sur les conseillers aux États (10e rang) lors d'événements officiels. Le conseiller national PS Molina demande (18.3564) au Conseil fédéral de s'excuser pour les soi-disant interventions illégales de l'armée il y a cent ans. La collègue UDC, Yvette Estermann, ne demande rien de moins en matière de santé que «suffisamment de sommeil pour tous!» (18.3449).

Il y a, en outre, des heures de délibérations sur des rapports uniquement «pour information». Il a été introduit par motion que, le jour du scrutin, le nouveau président de la Confédération doit prononcer une allocution de bienvenue officielle devant les conseils, suivie de cérémonies. Le Conseil des États termine sa séance le dernier jour de la session à 8h15, avec une indemnité journalière complète. Le Conseil national siège le lundi de 14h30 à 19h00, avec une indemnité journalière complète. Il est probable que le collègue du PDC, Claude Béglé, n'aurait pas présenté 130 interventions en trois ans s'il devait se montrer plus économe de son temps.

Après presque trois ans d’expérience, ce qui n’est pas très long, mais non négligeable, je fais le constat que l'activité artificielle actuelle, motivée par l’argent, est intentionnelle. Ce Parlement veut se muer en parlement professionnel, en s'isolant de l'extérieur, avec de facto des politiciens professionnels qui vivent de l’État et défendent les intérêts de l’État. L'objectif est de bloquer l'accès aux entrepreneurs, aux commerçants et aux personnes actives et de les décourager par des obstacles élevés avec une activité chronophage et stérile. Nous nous dirigeons vers un parlement de fervents partisans de l'État et d'étatistes qui défendent les intérêts de ceux qui vivent de l'État et votent en conséquence.

Est-ce une bonne chose? Non. À mon sens, seule une réduction de moitié des indemnités parlementaires est de nature à mettre le holà à cette évolution désastreuse. Il faut retirer de l'argent aux politiciens pour les forcer à gagner réellement de l'argent. Il faut diviser par deux les salaires afin qu'ils se concentrent davantage sur l'essentiel et qu'ils y passent moins de temps coûteux. C'est le seul moyen d'abaisser les barrières pour de vrais miliciens. Personne ne doit mourir de faim. Même en appliquant ma réduction, qui n'affecte ni les allocations familiales, ni la prévoyance, ni les assistants personnels, un conseiller national ordinaire aurait toujours un chiffre d'affaires brut supérieur à 100 000 francs par an.

Évidemment, ma proposition a été rejetée par la majorité. Les arguments relèvent malheureusement du secret de la Commission. Mais ils étaient révélateurs.

source et article complet: https://www.weltwoche.ch/ausgaben/2018-35/artikel/fredito-parlement-professionnel-en-aucun-cas-die-weltwoche-ausgabe-35-2018.html

7 commentaires

  1. Posté par Bussy le

    Mieux ils sont payés, moins ils devraient être sensibles au « lobbying », non ?
    Pourquoi pas limiter le nombre de questions pouvant être posées par années ?
    Quant aux questions stupides, si le peuple élit des gens stupides, il a ce qu’il mérite !

  2. Posté par Maurice le

    Monsieur Köppel, vous avez entièrement raison ! Il faut insister pour ramener les politiciens, et même les conseillers, du côté du système de milice, et qu’ils n’aient plus jamais envie de jouer les professionnels parce qu’ils sont trop payés.

  3. Posté par Marc le

    Bon si on comprend bien, l’argent des impôts passe dans les poches des politiciens qui non seulement s’en foute plein les fouilles mais en plus qui nous ajoute des taxes et impôts pour s’en mettre encore plus. Et quand il y en a trop on dépense dans l’aides aux réfugiés. les autres bosse comme des dingues ou crève avec des poursuites qui ne les lâchent pas d’une semelle.
    C’est beau la politique…. Gagner du fric en faisant de la merde.

  4. Posté par Marcassin le

    Même en conseil municipal communsl il y a des pertes de temps en blabla inproductif qui n’incite pas à l’assiduité.

  5. Posté par Christian le

    … Köppel, combien de jours d’absences lors des séances du conseil national ?

  6. Posté par Dominique Schwander le

    Je souscris à la proposition de Roger Köppel. Dans les années 90 j’avais déjà fait les mêmes observations que lui concernant de rares membres de commissions fédérales au DMF.

  7. Posté par fabiola le

    Qu’est-ce qui justifie les « salaires » qu’ils s’octroient entre 130 000 et 140 000 francs par an ? Pleins de gens travaillent dur toute leur vie, arrivent à la retraite « ceux pour qui c’est encore possible » complètement cassés par un dur labeur (avec des salaires pas vraiment mirobolants), et qui ne s’en sortent pas financièrement. Qu’est-ce qui justifie de gagner autant en étant assis à un bureau ou faire le tour des plateaux télés, quelques représentations par-ci par-là, à quel moment ça a basculé dans cette indécence ? Incroyable, évidemment il ne sert à rien de leur poser la question s’ils ne voudraient voler que la moitié, malgré les à côté divers (car la corruption n’est pas réservée à Maudet, c’est mondial) aucun ne voudra lâcher son os. Qui se sert la ceinture pour ces gens-là ?

Et vous, qu'en pensez vous ?

Poster un commentaire

Votre commentaire est susceptible d'être modéré, nous vous prions d'être patients.

* Ces champs sont obligatoires

Avertissement! Seuls les commentaires signés par leurs auteurs sont admis, sauf exceptions demandées auprès des Observateurs.ch pour des raisons personnelles ou professionnelles. Les commentaires sont en principe modérés. Toutefois, étant donné le nombre très considérable et en progression fulgurante des commentaires (150'216 commentaires retenus sur 9'675'514, chiffres au 25 septembre 2017) un travail de modération complet et exhaustif est totalement impensable. Notre site invite, par conséquent, les commentateurs à ne pas transgresser les règles élémentaires en vigueur et à se conformer à la loi afin d’éviter tout recours en justice. Le site n’est pas responsable de propos condamnables par la loi et fournira, en cas de demande et dans la mesure du possible, les éléments nécessaires à l’identification des auteurs faisant l’objet d’une procédure judiciaire. Les commentaires n’engagent que leurs auteurs. Le site se réserve, par ailleurs, le droit de supprimer tout commentaire qu’il repérerait comme anonyme et invite plus généralement les commentateurs à s’en tenir à des propos acceptables et non condamnables.

Entrez les deux mots ci-dessous (séparés par un espace). Si vous n'arrivez pas à lire les mots vous pouvez afficher une nouvelle image.