Sommet Trump-Poutine : le retour en grâce du réalisme politique ?

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Par Drieu Godefridi.

Cette rencontre suscitant une grande agitation médiatique et politique, il n’est peut-être pas inutile de tenter de la contextualiser.

Commençons par lire ce communiqué de la présidence des États-Unis :

Ce que nous avons dit […] n’est […] pas aussi important que ce que nous ferons dans les années à venir pour construire un pont au-dessus de 16 000 miles et 22 ans d’hostilités, qui nous ont divisés dans le passé. Et ce que nous avons dit aujourd’hui, c’est que nous allons construire ce pont.

Ces paroles ne sont pas de Trump mais de Richard Nixon, après qu’il eut rencontré le dictateur et tyran Mao-Zedong, en 1972, à la faveur de ce qui est aujourd’hui salué comme le plus grand coup de génie du président américain, qui restructura le jeu des puissances de l’époque.

Mao était-il moins tyran ou sanguinaire que Poutine ? Mao présida, entre autres abominations, le « Grand bond en avant », fantasme féroce qui causa la mort de dizaines de millions d’enfants, de femmes et d’hommes chinois, scarifiés sur l’autel de l’égalitarisme communiste. Petit joueur, Poutine, en comparaison, tout petit joueur.

Nixon et la Chine

Nixon fit-il moins de concession que Trump ? Nixon abandonna purement et simplement Taïwan à son sort, et reconnut l’unité de la Chine. Dit autrement, Nixon et Kissinger donnèrent aux Chinois exactement ce qu’ils voulaient, car ils y voyaient le prix du détachement de la Chine de l’orbe soviétique.

Allons au fond des choses : que veut-on ? Que proposent les contempteurs de Monsieur Trump ? Que la Russie soit traitée comme l’ennemie de l’Occident pour l’éternité des siècles, que les feux et contre-feux de ce conflit séculaire s’allument aux quatre coins du globe jusqu’à ce que, malencontreusement, l’incendie se déclenche ? Est-ce la guerre que l’on veut ? Quand Obama engagea les forces américaines en Syrie, il fut à la fois faible et irresponsable.

Faible, car il traça une « ligne rouge » — l’emploi d’armes chimiques — dont il s’avéra que le régime syrien pouvait l’enfreindre sans la moindre conséquence.

Irresponsable, car il laissa se créer, avec les interventions anarchiques turques et iraniennes, russes, européennes et américaines, sans compter le soutien aux « rebelles » directement affiliés aux islamistes, un magma dont tout pouvait surgir, y compris un conflit armé direct et ouvert entre l’OTAN et la Russie. Il s’en fallut de très peu que ce conflit — cette guerre ouverte entre la Russie et l’OTAN — ne se déclare quand le régime turc, membre de l’OTAN, abattit un « jet » russe (ce « très peu » étant la capacité du régime russe à ne pas réagir dans l’instant, de façon impulsive).

Rappelons que la Russie détient autant d’ogives nucléaires que les États-Unis et que ce n’est pas parce qu’elles n’ont plus été utilisées depuis 1945 — Dieu merci ! — que ces armes nucléaires ne le seront jamais. Un conflit nucléaire entre la Russie et les États-Unis plongerait instantanément l’humanité entière dans une nuit dont elle ne sortirait probablement jamais. Du point de vue de la gestion de ce « parc » nucléaire, le fait que Russes et Américains se parlent et négocient n’est pas un problème, mais un impératif absolu et constant.

La diplomatie n’est pas un club anglais

Quelle est cette étrange conception de la diplomatie qui voudrait qu’on ne puisse rencontrer que des amis ? On reproche à Trump le fait même de la rencontre, serrage de pinces et sourires pour la caméra. (Comme on aimerait que la presse soit aussi critique quand les « éminences » européennes vont s’humilier en hijab devant le régime de Téhéran !) La diplomatie est-elle un club anglais ? Une amicale de joueurs de bridge ? C’est un principe élémentaire, en affaires comme dans la conception réaliste de la diplomatie, qu’on gagne souvent davantage à rencontrer ses adversaires que ses amis.

Et puis, il y a la question de l’interférence russe dans l’élection américaine de 2016. Disons-le : cette interférence est avérée ; l’accord, sur ce fait, est désormais bi-partisan, comme on dit aux États-Unis. Toutefois et de l’aveu même du Procureur spécial et du Département américain de la Justice, il n’existe à l’heure actuelle pas le moindre élément matériel qui prouve a) la collusion entre Russes et équipe de campagne de Trump, b) ni que cette interférence ait eu ni même pu avoir la moindre influence sur le résultat (c’est-à-dire la très large victoire de Trump dans le collège électoral).

Cette modeste interférence est à mettre en regard des interventions massives des Américains dans des dizaines de pays et centaines de processus électoraux depuis 1945. Il y a des espions russes aux États-Unis ? La belle affaire ! Il n’y aurait donc aucun espion américain en Russie ? Les espions devraient se cantonner à leur territoire national ?

Le nouveau monde selon Trump

Certes, dans un monde idéal, ces interférences ne devraient pas être. Dans notre monde, elles doivent être mises en lumière et combattues. Ce dont le renseignement américain, qui dispose du budget astronomique de cent milliards de dollars par an, possède en effet les moyens.

Quand j’ai publié La révolution Trump en janvier dernier, je pressentais que cette présidence serait architectonique, structurante de l’avenir américain, donc de l’Occident. Dans le domaine des relations internationales, j’étais au dessous de la vérité. Corée du Nord, Iran, Chine, Russie : il est trop tôt pour discerner ce que sera le monde de demain. Ce qui est sûr est qu’il sera fort différent de celui que nous connaissons, plus réaliste et moins européen, et que si les Européens refusent d’affirmer leur puissance, ils seront marginalisés.

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Un commentaire

  1. Posté par usa le

    Donald , aux prochaines élections je vote pour vous !!

Et vous, qu'en pensez vous ?

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