Monnaie pleine, initiative à la peine

Stéphane Montabert
Suisse naturalisé, Conseiller communal UDC, Renens

Parmi les objets soumis au vote le 10 juin, l'un ne laisse que peu de place au doute: l'initiative Monnaie Pleine sera probablement balayée. Les sondages ne lui prédisent pas un grand succès, et cela n'a rien de surprenant si on considère que les médias, le gouvernement, le parlement, et tous les partis politiques lui sont défavorables. Même les banquiers - centraux ou non - lui sont également opposés.

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En fait, il ne semble y avoir personne en faveur du texte, hormis son comité ("porté par un mouvement international, soutenu activement en termes de personnes et de finances depuis l’Allemagne", nous explique le site des adversaires de l'initiative avec les sous-entendus de rigueur) ainsi, bien sûr, que les 100'000 citoyens helvétiques et plus qui ont permis à celle-ci de se concrétiser.

Pourquoi la Monnaie Pleine semble à ce point faire l'unanimité contre elle? Elle serait "chère, risquée, dangereuse et inutile", nous dit-on. Bizarre pour un texte qui ne demande rien d'autre que le retour de la production de monnaie par la seule Banque Nationale Suisse.

En effet, il n'y a absolument rien de révolutionnaire dans la Monnaie Pleine. Pour s'en convaincre, livrons-nous simplement à un petit voyage dans le temps, à une époque où n'existaient ni les smartphones ni les ordinateurs, et où les seules espèces dont chacun pouvait disposer se limitait aux billets et aux pièces sonnantes et trébuchantes.

Pas besoin de reculer loin dans le temps pour atteindre à ce passé, qui n'est pas exactement à l'aube de la civilisation. Il y a quelques décennies seulement, si un banquier voulait prêter de l'argent à un client pour avoir du rendement, il pouvait lui mettre à disposition une partie de ce que ses autres clients avaient déposé comme épargne dans son établissement, pas plus (faute de quoi notre banquier aurait eu certains problèmes si le lendemain quelqu'un venait retirer son argent pour quelque raison que ce soit). Et si on manquait de billets ou de pièces? Eh bien, c'est à la Banque Nationale Suisse qu'il revenait d'en créer de nouveaux, en accord avec de savants calculs sur l'expansion de l'économie.

Êtes-vous parvenu à vous imaginer ce passé? Oui? Alors, toutes mes félicitations - vous venez de comprendre la situation à laquelle souhaite revenir Monnaie Pleine. Revenir, et non pas venir, car comme nous l'avons vu, nos ancêtres ont vécu durant plus d'un siècle sous le régime de la monnaie pleine:

En 1848, la Constitution fédérale a interdit la production privée des pièces.
Depuis, seule la Confédération peut battre monnaie. Les banques ont alors commencé à imprimer des ”bons pour remboursement des pièces”. Ces billets de banques privés ont rapidement proliféré démesurément. Le peuple a réagi de façon cohérente. Malgré l’opposition des banques, la votation populaire de 1891 a interdit la production privée des billets. Depuis, seule la Banque nationale peut imprimer nos billets.

Mais entretemps, une nouvelle forme de ”bons pour remboursement d’argent liquide” est apparue, à savoir la monnaie scripturale électronique. Ce sont les chiffres qui se trouvent sur nos comptes privés. Ils sont produits virtuellement par les banques, à partir de rien, et constituent aujourd’hui 90% de notre argent (il n’y a plus que 10% d’argent liquide). (...)

monnaie_pleine_oui.jpgEt encore, on part de 1848 parce qu'il faut bien tracer une limite quelque part ; avant cette date, et quitte à remonter jusqu'à l'Empire romain, le droit de battre monnaie a toujours été réservé à une entité étatique, jamais à un organisme privé. La nouveauté n'est pas dans l'initiative mais dans notre époque, où la dématérialisation de la monnaie a rendu possible un système inédit. Lorsque le comité référendaire dit que son initiative ne présente "rien de nouveau", il a parfaitement raison.

Du pour et du Contre

Écartons donc d'emblée les arguments sur "la nouveauté" et "l'originalité" de l'initiative, qui n'aspire à rien d'autre qu'à un retour à un ordre financier que notre civilisation a connu pendant la plus grande partie de son existence. Si anomalie il y a, elle est bien davantage dans le système actuel où les réserves fractionnaires permettent aux banquiers de jouer avec l'argent des comptes courants sur les marchés financiers comme au casino, pendant que les États sont là pour éponger les dettes avec l'argent des contribuables lorsque les choses vont mal.

Toute ressemblance avec la crise des subprimes est bien sûr totalement fortuite.

Nous sommes bien au-delà de la banque de grand-papa, qui calculait péniblement le risque de défaut de crédit devant un individu venu humblement demander un financement pour une activité, faire face à un coup dur ou acheter une maison avant d'attendre une vie entière d'épargne ; aujourd'hui, les taux d'intérêt sont décrétés par les Banques Centrales, les hypothèques sont regroupées en produits financiers basés sur les notes de risque, les produits dérivés font fureur et on joue short ou long jusqu'aux dettes des États.

Mettre un terme à tout cela provoquerait un certain désordre, pour le dire poliment.

Là encore, le monde se sépare en deux camps: ceux qui pensent que tout cela perdure depuis bien longtemps et que les professionnels du secteur, alliés de circonstance avec les politiciens, feront d'une façon ou d'une autre en sorte que la partie continue ad vitam aeternam ; et ceux qui pensent que les aventures financières n'ont que trop duré et qu'il faut essayer d'arrêter le train fou pendant qu'il en est encore temps, à supposer que ce soit possible.

Mais si le postulat de départ était faux?

Une initiative qui ne va pas assez loin

L'initiative Monnaie Pleine réclame que le droit de création de monnaie - scripturale ou électronique - revienne en intégralité entre les mains de la BNS. Or, si l'initiative passe la BNS peut autoriser les banques à faire "comme avant" (c'est-à-dire comme maintenant) en termes de création de monnaie. Donc un coup d'épée dans l'eau. La BNS n'a aucune obligation de serrer la vis.

De plus, l'initiative part du principe que l'État et à travers lui la direction de la BNS incarnent la meilleure vision de l'intérêt général, de la probité et d'une gestion monétaire saine. Excusez-moi, mais quelle certitude avons-nous que la gestion de la monnaie par la BNS soit meilleure que celles des avoirs des banques privées? Jusqu'ici, tout tend à prouver le contraire.

Durant ces dernières années, non seulement la BNS a créé plus de francs suisses qu'aucune autre entité dans l'histoire, mais elle en a profité pour spéculer en bourse sans le moindre objectif de rendement (pratique!), agit en sous-main pour le compte de la BCE (merci pour l'indépendance du pays!) et eut entre autres un Président mouillé dans une affaire de délit d'initié liée à la politique monétaire de la banque...

Autrement dit, je pense qu'il n'existe pas d'organisme financier plus faillible, incompétent, irresponsable, soumis aux influences idéologiques et éloigné de l'intérêt général que la BNS pour gérer le destin du Franc suisse. Alors, voter pour lui donner les pleins pouvoirs? Beurk, non merci!

L'initiative Monnaie Pleine part du principe que la direction de la BNS serait compétente et bien intentionnée ; l'expérience empirique oblige à en douter. Mais l'idée même qu'il faille un pilote dans l'avion de la monnaie est aujourd'hui remise en question. Dans une époque ancienne, la masse monétaire se limitait à la production des mines d'or - parfois par des acteurs privés - et cette façon de faire garantit une stabilité des prix qui dura pendant des siècles. Aujourd'hui, entre deux crises financières, de nouveaux paradigmes émergent, comme la crypto-monnaie, un monde ouvert, libre et décentralisé, sans le moindre Banquier Central.

L'humanité n'a pas fini d'expérimenter de nouvelles formes de monnaie, Monnaie Pleine ou non.

Stéphane Montabert - Sur le Web et sur LesObservateurs.ch, le 4 juin 2018

8 commentaires

  1. Posté par aldo le

    Je vois que les envoyés de banques font le même travail de sape qu’avec NO-BILLAG. IL N’Y A QU’A ME RELIRE, L’INTERET NEGATIF CORRIGERA LES DISTORTIONS DE CONCURRENCE !

    ALORS QUE LES BANQUES ESCROQUENT LEURS CLIENTS DANS LE MONDE ENTIER, TOUTE LA PLANETE POURRA ENFIN FAIRE CONFIANCE A NOS BANQUES ET LA CE SERA FACILE DE COLLECTER DE L’ARGENT 100% PROPRE.

    N’oubliez pas que BERNARD MADOFF A ETE CONDAMNE A 150 ANS DE PRISON PAS POUR RIEN! SA DEFENSE A ETE QU’ IL AVAIT FAIT EXACTEMENT CE QUE LES BANQUES FAISAIENT SANS PROBLEMES: DE LA MONNAIE DE SINGE SANS COUVERTURE ET DE L’ENDETTEMENT POUR DES SIECLES JUSQU’A CE QUE LA CONFIANCE PASSE A LA TRAPPE ET QUE L’ARGENT NE VALE PLUS RIEN.

    Mais lui la faisait avec des dettes. La cavalerie financière, ainsi dénommée pour Madoff procède exactement la même démarche. Verser des intérêts avec l’argent des nouveaux investisseurs c’est comme battre de la monnaie de singe. Et là aussi tout pète dès que la CONFIANCE DISPARAIT!

    C’est LA CONFIANCE LE PRINCIPAL LIEN QUI VALORISE NOTRE MONNAIE. AVEC TOUT CE QU’ON JETTE DANS LES PATTES DE L’EUROPE, DANS LE TIERS MONDE, DANS L’IMMIGRATION DE MASSE, DANS LES ESCROQUERIES POLITIQUES, croyez-vous qu’elle va encore durer longtemps ?

  2. Posté par Bruno MEYSSAN le

    Le danger de cette initiative c’est qu’elle déboucherait sur une forte baisse des prix. Cette baisse toucherait davantage les produits de technologie fabriqués en Suisse qui assurent notre prospérité. Prix en baisse = Report d’achat = ralentissement de l’économie et Récession. L’idéal pour favoriser une économie c’est d’avoir ses prix à la production stables ou en légère hausse, pas une économie en déflation.

  3. Posté par fabiola le

    « Celui qui contrôle la monnaie d’une nation contrôle la nation. Lorsque vous contrôlez la planche à billets, lorsque vous contrôlez les devises, vous avez le pouvoir de dicter sa conduite au gouvernement qui réagit aux pressions financières. Le plan ultime que poursuit l’industrie banquaire est de créer un gouvernement mondial dirigé par des banquiers, ils procèdent par étape; l’Euro, la constitution Européenne en est une. Le programme vise à créer un gouvernement mondial où tout l’argent sera dans une puce RFID. Il n’y aura plus d’argent liquide, ils pourront en prélever où et quand ils voudront, en cas de protestation ils éteignent votre puce et vous n’avez plus rien, c’est un contrôle total sur les gens.  »
    le 6 juin 2018 :
    ID = identité numérique. Schaffhouse devient le premier canton à introduire une identité numérique pour ses habitants. Ces derniers pourront régler les questions administratives avec leur smartphone.
    Le nombre de services disponibles à travers l’eID+ est donc appelé à augmenter. Le projet de loi fédérale sur l’identification électronique, proposé la semaine dernière par le Conseil fédéral, permettra de développer ces prestations. L’utilisation définitive de l’eID+ par des entreprises désireuses de régler leurs démarches administratives constitue l’une des prochaines étapes de mise en oeuvre…
    https://www.lenouvelliste.ch/articles/suisse/schaffhouse-une-identite-numerique-pour-regler-les-questions-administratives-en-ligne-762263

  4. Posté par Lance le

    Les merdias, au service de l’oligarchie transnationale maffieuse (présente au Bilderberg notamment), se gardent bien d’expliquer que les banques privées créent à partir de rien 90% de la masse monétaire. Et il faut bien comprendre qu’elles ne disposent pas de cet argent qu’elles « prêtent » (aux réserves fractionnaires près, proportion ridicule). Il s’agit d’une simple écriture comptable ! Mais pour cela, elles sont remboursées et touchent des intérêts qui, eux, sont bien réels (il faut travailler pour rembourser et payer les intérêts ; il ne suffit pas d’écrire sur le compte de la banque la dette !). C’est un système hautement pervers.
    Le pire, c’est que cette création monétaire est ILLEGALE ! En effet, l’article 99 al 1 de la constitution suisse de 1999 est le suivant : « La monnaie relève de la compétence de la Confédération; le droit de BATTRE MONNAIE et celui d’émettre des billets de banque appartiennent exclusivement à la Confédération. » Cette constitution scélérate de 1999 se garde cependant bien de préciser, comme celle de 1874, art. 39 al 1 : « Le droit d’émettre des billets de banque ET TOUTE AUTRE MONNAIE FIDUCIAIRE appartient
    exclusivement à la Confédération. »
    La constitution de 1999 (flairant l’arnaque, j’ai voté non) a escroqué le peuple suisse (création monétaire par les privés, vente des réserves d’or au cours le plus bas) et signé l’arrêt de mort du pays en tant qu’état indépendant. Autre escroquerie, le droit est accordé au Conseil Fédéral de signer des traités internationaux sans contrôle démocratique direct obligatoire par le peuple (comme l’exigeait la constitution de 1874).

  5. Posté par Blocus le

    « Autrement dit, je pense qu’il n’existe pas d’organisme financier plus faillible, incompétent, irresponsable, soumis aux influences idéologiques et éloigné de l’intérêt général que la BNS pour gérer le destin du Franc suisse. Alors, voter pour lui donner les pleins pouvoirs? Beurk, non merci! »

    Que c’est bien dit ! Vos articles sont supers, toujours bien documentés, bien écrits, toujours en plein dans le mille.

    Dès la réception de l’enveloppe des votations, mon NON a été envoyé. C’est une initiative de gauchistes, et en plus, de gauchistes qui s’ignorent. En discutant avec des jeunes initiants à Lausanne, il était sidérant de constater à quel point ils étaient imbibés, sans le savoir, d’idées gauchistes.

    Le rêve de la gauche vise toujours à tout centraliser, à enlever le pouvoir aux petites entités, pour ensuite réussir à s’assoir aux sommets. Les gauchistes font cela avec la caisse maladie unique, avec des tentatives de soumettre la Suisse à l’UE, avec la folie de fusions à tout va,… la Коммунисти́ческая n’est jamais loin.

  6. Posté par pepiou le

    Non à l’argent gratuit pour les spéculateurs et les salaires de misère pour le petit peuple. Votez oui à l’initiative.

  7. Posté par Peter Bishop le

    C’est exactement ce qui m’a fait rejeter cette initiative : ne pas donner plus de pouvoir à la BNS ! Bien vu !

  8. Posté par aldo le

    Si on repousse systématiquement de nouvelles voies sous prétexte qu’elles ne sont pas parfaites, alors à quoi sert-il de voter, car la politique est très loin de nous proposer des perfections. Qu’est-ce qui se passera ? On peut voir le côté optimiste de la chose. LA SUISSE DEVIENDRA LE COFFRE FORT DU MONDE ENTIER FINANCIÈREMENT TOTALEMENT DESTABILISÉ PAR LES ABUS DES BANQUES. Il y a le concept de la blitzkrieg, nous imposerons la blitzfinance Ce qui va passer par plusieurs étapes:
    1. Réceptionner ces fonds qui vont affluer à grande vitesse et pourraient faire monter le CHF a des sommets impossible à maîtriser sans mesures d’accompagnement.
    2. Créer une régulation pour contenir la montée du CHF sous forme d’intérêts négatifs toujours moins chers que tout perdre pour les investisseurs en périls.
    3. Utiliser les intérêts négatifs pour financer:
    a. Le rétablissement de la peine de mort pour les délits très graves, y compris la corruption politique et expulsion définitive de nos traîtres et conspirateurs multi-passeports ainsi le mafias étrangères.
    b. Créer l’armée la plus puissante du monde qui nous évitera les chantages et des usines qualitatives pour y développer des techniques de pointe.
    b. Une frontières totalement imperméable et des emplois dédiés exclusivement à de vrais suisses, avec un revenu et une rente AVS bénéficiant d’un mininum garanti par les intérêts négatifs le tout pour abroger toutes les subventions sociales et le fatras de cadeaux purement électoralistes visant à biaiser la démocratie et imposer une dictature peuplée d’imbéciles.
    c. Un renvoi systématiques de tout ceux qui ont trempé dans des associations soutenant l’immigration pour lutter contre la surpopulation.
    d. Interdiction des jésuites, des musulmans, des francs-maçons et des sectes
    e. Gestion des fortunes accumulées par des investissements à l’étranger dans des opérations répondant à des critères déontologiques strictes visant à assurer le retour de la démocratie réelle dans les pays profitant de ces investissements.
    ETC.

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