On savait notre monde fou, mais à ce point ! Figurez-vous qu’après « L’art du pizzaïolo napolitain », « Les savoir-faire du meunier liés à l’exploitation des moulins à vent et à eau », « L’art de fabriquer et de jouer du kamantcheh/kamanche, instrument de musique à cordes frottées » et « Les pratiques liées à la croyance viet en les déesses-mères des Trois mondes » (sic) – il y en a plus de quatre cents comme ça –, le couscous est sur les rangs pour intégrer la prestigieuse liste du patrimoine immatériel de l’humanité de l’UNESCO. Garbit va se frotter les mains et les couscoussières de Barbès vont chauffer ! Le couscous à l’UNESCO ? Eh oui, comme Vézelay, le Mont-Saint-Michel ou la tapisserie d’Aubusson. Et avec le soutien de qui ? Entre autres, de la France !
Ce n’est pas encore validé, mais on y vient. La candidature vient du Maghreb, mais la France, peu avare de bons sentiments, se croit obligée d’opiner du bonnet et de soutenir la cause. A tel point que l’élue socialiste Samia Ghali, au nom du Groupe interparlementaire d’amitié France-Algérie qu’elle préside, appuie la demande de l’Algérie de faire entrer le couscous au patrimoine mondial de l’Unesco et vient d’en faire part au ministre Nyssen. Raison invoquée : c’est l’un des plats préférés des Français. Dans ce cas, pourquoi pas le McDo et la pizza ? Il n’y a pas de raison : on compte bien 1 500 McDo en France, et nos concitoyens sont les deuxièmes mangeurs de pizza au monde, après les Américains et devant les Italiens ! Alors, l’an prochain, McDo à l’UNESCO ?
La candidature est portée par le Centre national de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques (CNRPAH) qui a missionné des experts en couscous de tout le Maghreb. Car, officiellement, le Maroc et la Tunisie sont associés à la démarche, mais on imagine bien que chacun voudra tirer son épingle du jeu – les enjeux géopolitiques peuvent être aussi d’origine culinaire ! On a bien eu une guerre pour un coup d’éventail, alors pourquoi pas pour une merguez. Depuis la nuit des temps, ou en tous cas depuis leur indépendance, chacun des trois pays revendique la paternité de la recette. Au poisson en Tunisie ? Avec navet et courgette à Alger ? Aux raisins secs et oignons au Maroc ?
Le plus risible n’est pas tant que les pays nord-africains défendent leur gastronomie – on les comprend. Le plus ubuesque est que l’UNESCO accepte d’intégrer la chose à sa liste et que la France s’en mêle. Il faut dire que ladite liste rassemble n’importe quoi. Elle était censée recenser le patrimoine exceptionnel, elle devient le fourre-tout des arts et traditions populaires et de l’anecdotique. Forcément, tout le monde veut y aller puisque ça rapporte gros. Depuis le début de l’année, on parle donc des plages du débarquement, des volcans d’Auvergne, de la baguette (promesse électorale de Macron), du centre-ville de Nîmes, de l’appellation Côtes de Bordeaux, de la ville de Vichy, du cresson de Méréville, etc.
Alors, à ce rythme-là, pourquoi refuserait-on le couscous ? Au moins c’est nourrissant.
Photo : La cuillère fait-elle partie de la recette patrimoniale qui sera authentifiée ?
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