REVISION DU TARIF MEDICAL AMBULATOIRE: UNE VRAIE MENACE POUR VOTRE SANTE EN 2018

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En tant que médecin, il me paraît extrêmement important que la population soit correctement informée de certains éléments dangereux et totalement contre-productifs de la révision du tarif médical ambulatoire dont la mise en oeuvre doit intervenir au 1er janvier 2018.

Chers concitoyens, chers patients,

Oui les médecins et les assureurs sont responsables de n’avoir pas su s’entendre dans les délais fixés pour mettre au point une refonte du tarif médical ambulatoire adaptée à la pratique médicale actuelle et tenant compte de l’évolution des coûts depuis 1994, une tâche extrêmement complexe ou les intérêts des uns et des autres divergent totalement.

Diminution des coûts sans impact sur les primes

Oui le Conseil fédéral en a profité pour intervenir en proposant des ajustements très largement recommandés par les assureurs. Ces ajustements n’ont alors pour seul objectif que la diminution des coûts, une diminution chiffrée à 470 millions de francs, ayant une influence pratiquement nulle sur les primes d’assurance-maladie (moins de 0.5%). On a d’ailleurs vu récemment dans quel sens celles-ci ont évolué.

Je veux laisser de côté les aspects techniques de cette révision qui compliquent encore le Tarmed à la place de le simplifier et les aspects qui touchent directement, et dans des proportions très variables selon la spécialité, les revenus des médecins. Cela n’est pas le plus grave.

Limitation insupportable du temps de consultation

Ce qui me pousse à prendre la plume, c’est que plusieurs points de cette révision limitent de façon insupportable le temps que nous avons à disposition pour écouter, conseiller et traiter nos patients.  Ils constituent une atteinte grave à notre pratique médicale, à notre liberté de consacrer le temps nécessaire aux patients et donc nuisent  fortement à la qualité de notre prise en charge, alors que toute modification de la structure tarifaire est censée assurer une qualité de haut niveau (LAMAL art 43, al 6).

Mais jugez vous-même!

Au 1er janvier 2018...

Consultation de base: 20 minutes

Le temps disponible pour vous écouter et pour définir une attitude thérapeutique dans le cadre d’une consultation de base sera limité à 20 minutes, 30 minutes si vous avez moins de 6 ans ou plus de 75 ans. Les bureaucrates de l’OFSP considèrent probablement que les seuls problèmes des gens de 6 à 75 ans sont des bronchites et des crises d’hémorroïdes! Impossible désormais de faire un contrôle de santé complet en une seule fois. Inutile de penser que vous allez profiter de la consultation pour parler des trois ou quatre soucis qui vous préoccupent. Un seul à la fois, ou peut-être deux si vous êtes rapides à les exprimer et si ce n’est pas trop grave.

Il est probable qu’à l’OFSP on ignore qu’il peut être difficile pour certains de quitter son poste de travail plusieurs fois pour consulter un médecin ou de se déplacer si l’on habite loin, si l’on est handicapé ou très malade!  Et pensez-y aussi: on vous annonce un cancer, 20 minutes! La discussion sur le chamboulement que cela représente pour vous et vos proches attendra, celle sur la stratégie thérapeutique, le choix des spécialistes à consulter aussi.

Autre exemple : vous venez de faire un infarctus. Pour contrôler votre évolution au sortir de l’hôpital, pour modifier éventuellement votre traitement, pour prévoir la rééducation, pour parler des modifications de votre hygiène de vie, combien de fois 20 minutes faudra-t-il, alors qu’il est possible actuellement de prévoir, si on le souhaite, une consultation plus longue pour passer en revue ces divers aspects. Vous avez des symptômes peu clairs ou difficiles à interpréter. Si le temps manque pour les appréhender, le risque évident c’est la multiplication des examens complémentaires sanguins, radiologiques et des envois chez les spécialistes, avec les conséquences que chacun peux imaginer sur les coûts. On peut multiplier les exemples à l’envie.

Consultation téléphonique: 20 minutes

Le temps pour vous écouter au téléphone sera lui aussi limité à 20 minutes, que vous appeliez votre généraliste, votre spécialiste ou votre psychiatre, à 30 minutes si vous avez moins de 6 ans ou plus de 75 ans. Qui va parler plus de 20 minutes au téléphone avec son pédiatre pour le petit qui semble avoir un faux-croup ?! Par contre 20 minutes seront-elles suffisantes, si vous devez appeler en grande détresse votre psychiatre et que vous avez malheureusement 50 ans ? Ce n’est assurément pas à M. Berset d’en juger. C’est à votre médecin et à lui seul de décider du temps qu’il faut prendre pour vous.

Surveillance au cabinet médical: 1 heure

Le temps consacré à la surveillance au cabinet médical sera limité à un maximum de 1 heure, 2 si vous avez moins de 6 ans ou plus de 75 ans. Que va-t-il se passer si vous, qui avez 18 ans, faites une réaction allergique aigüe et que vous foncez chez votre médecin. Si celui-ci maîtrise la situation sans vous hospitaliser, il ne pourra pas vous garder plus d’une heure, ce qui contrevient aux règles en la matière qui prescrivent une surveillance de trois heures au moins pour les cas sérieux. Donc, soit vous allez engorger les urgences de l’hôpital le plus proche d’emblée, soit votre médecin devra vous y envoyer, soit il renoncera à facturer ce qui lui revient, soit vous payerez la différence.

Mesures inutiles et chères

Toute autre solution préconisée par l’OFSP n’est que mensonge. Pis encore, bien des patients reçoivent maintenant des médicaments en perfusion ambulatoire sur plusieurs heures, que ce soit pour des chimiothérapies, pour des maladies rhumatismales ou pour des maladies immunologiques. Impossible désormais dans ces situations de tarifer la position de surveillance, seule utilisable dans ce cas, pour une durée de plus d’une heure, ce qui est totalement incompatible avec l’usage de ces traitements. Faudra-t-il à nouveau décider d’envoyer nos patients dans les centres ambulatoires des hôpitaux où tout coûte beaucoup plus cher. C’est totalement à l’opposé de l’objectif de maîtrise des coûts et c’est surtout inutile.

À la merci des assureurs

Mais j’oubliais: dans leur grande sagesse ces messieurs de l’OFSP ont prévu que votre médecin puisse vous consulter pendant 30 minutes, vous téléphoner pendant 30 minutes ou vous surveiller pendant deux heures si vous avez entre 6 et 75 ans et que la gravité de votre état le justifie mais il faudra obtenir l’accord de l’assurance pour gagner ces précieuses minutes.

Personne ne sait aujourd’hui s’il faudra faire cette demande à chaque fois que votre état critique le demande ou une fois par mois, par trimestre, par pathologie. Ce qui est sûr par contre, c’est qu’il faudra attendre des semaines la réponse de l’assureur. La surcharge administrative sera énorme pour les cabinets et les services ambulatoires des hôpitaux, peut-être encore pire pour les assureurs, qui cette fois se tirent une balle dans le pied. Et si la réponse de votre assureur est finalement négative, la différence sera à vos frais et là il deviendra encore plus pénible de payer ses primes!

Éléments dangereux, contre-productifs, voire même illégaux

J’espère avoir démontré ainsi en quoi ces aspects de la révision tarifaire sont dangereux, contre-productifs, voire même illégaux, qu’ils contribueront à augmenter les coûts plutôt qu’à les diminuer, sans parler de l’énorme impact sur la qualité. Mon souhait est que ceux qui me lisent fasse part de leur préoccupation au Conseil Fédéral, que ceux qui ont des responsabilités politiques ou dans les associations de patients  prennent leurs responsabilités pour faire aussi pression sur le Conseil Fédéral pour faire annuler ces restrictions lamentables.

Dr Louis-François Debétaz
Spéc. FMH Médecine interne gén. et Allergologie-Immunologie clinique

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4 commentaires

  1. Posté par monde-tombé-sur-la-tête le

    Que voulez vous? il y a tout le tiers monde et son frère qui viennent se faire soigner gratuitement chez nous et que nous devons prendre en charge pour montrer que nous ne sommes pas racistes et que nous sommes « accueillants » – il est normal qu’en plus d’en subir les coûts, vous êtes sommés aussi à leur laisser votre place.

  2. Posté par bdr le

    L’assurance est en Suisse, un lobby plus avare que picsou alors on attend encore deux trois ans et ensuite…Une chasse à l’homme, eu, à l’assureur tout les coups permis sur tout le territoire, histoire d’évacuer des années de frustration. Sans déconner, dans ce pays les gangsters se font manger dans la main par les bouffons qui sont à la tête du pays.

  3. Posté par Marcassin le

    Les assureurs, ne se tirent pas une balle dans le pied.
    Si les coûts augmentent, les primes aussi et les bénéfices proportionnellement.

  4. Posté par Socrate@LasVegas le

    Je ne peux qu’approuver la prise de position du Dr. Debétaz…et constater que ce sont les mêmes technocrates eurislamophiles incompétents qui prétendent guider la Suisse pour qu’elle renonce à sa démocratie en acceptant un accord cadre avec l’ue!!

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