Nucléaire : Jour de votation populaire en Suisse. Last Call : NON à l’irresponsabilité et à la démagogie pastèque

Jean-François Dupont
Ingénieur-physicien EPFL

 

Rediffusion. Nucléaire : une utilisation intelligente vaut mieux qu’une interdiction aveugle

Nucléaire: la Suisse cherche la sortie  (Alex / La Liberté 6-10-2016)

 

Aujourd’hui le nucléaire est menacé d’interdiction inconditionnelle par deux objets politiques : 1) l’initiative des Verts « Pour la sortie programmée du nucléaire» en votation le 27 novembre prochain et 2) la Stratégie Energétique 2050 (SE 2050) approuvée par le Parlement le 30 septembre dernier contre laquelle un référendum est lancé. Le citoyen a donc aujourd’hui deux occasions à saisir pour encourager le maintien du nucléaire : voter non à cette initiative et signer ce référendum.

 

Le nucléaire, actuel ou nouveau, peut nous rendre encore longtemps de précieux services. C’est une énergie abondante, bon marché et paradoxalement très écologique, voire même très sûre, quand les précautions sont prises. Nous avons  tout à gagner d’une utilisation intelligente et beaucoup à perdre avec un refus aveugle. Une comparaison froide et lucide des risques économiques et écologiques des deux options est clairement à l’avantage de la première. Même le développement des énergies renouvelables serait renforcé avec une politique qui jouerait la complémentarité plutôt que la confrontation.

 

Bien que présentée comme plus raisonnable, la SE 2050 propose aussi une interdiction à terme et inconditionnelle de construire des nouvelles centrales nucléaires. Elle peut paraître plus nuancée que l’initiative des Verts parce que 1) elle propose une politique de remplacement du nucléaire et 2) parce qu’elle autorise une exploitation prolongée des centrales actuelles tant que la sécurité le permet, sans délai d’arrêt fixé à l’avance. Elle n’en est pas moins excessive parce que ses propositions de remplacement du nucléaire sont irréalistes et que le prolongement du fonctionnement des centrales nucléaires de quelques années ne change pratiquement pas le problème. La transition vers une alimentation en énergie sans fossile et sans nucléaire va demander encore de la part des énergies renouvelables de longs développements dont l’aboutissement est probable mais pas encore prévisible ni assuré.

 

L’intérêt général bien compris, de notre génération mais tout autant des générations futures, est de refuser ces deux objets.

 

C’est surtout une question d’information. Je m’exprime avec plusieurs scientifique du terrain de la production d’énergie d’électricité, non pour vous imposer une opinion, mais pour préciser la réalité des diverses options débattues et pour que chacun puisse faire sur cette base sa propre opinion.

 

Recommandation principale:

soyez pour ou soyez contre, mais soyez informés.

 

Eclairage sur quelques questions clefs et quelques réalités.

 

 

Question clef no 1 : comment sortir du dilemme niveau de vie environnement ?

 

C’est une vraie question : la croissance simultanée de la population et du niveau de vie augmente la charge globale à l’environnement. Au point qu’une menace globale pèse sur l’environnement. Question corollaire : devons-nous restreindre notre niveau de vie pour sauver la planète

L’élément critique dans ce dilemme est bien l’énergie. Les autres paramètres :

o   démographie : on va vers une stabilisation puis une dépopulation

o   nourriture : la Terre peut nourrir la population prévue

o   matières premières : grâce au recyclage elles suffiront

L’énergie est surtout problématique par notre dépendance excessive aux énergies fossiles : pétrole, gaz et charbon. Il y a le CO2 et la menace climatique, mais les incertitudes sont encore importantes. Les points les plus préoccupants sont surtout l’épuisement des réserves, les conséquences sur la santé de la pollution atmosphérique (NOx, benzopyrènes,…) et les dégâts géopolitiques collatéraux dus à la grande concentration des ressources au Moyen-Orient (pétrole) et en Russie (gaz)

 

 

Question clef no 2 : comment maîtriser les risques du nucléaire ?

Les accidents comme Tchernobyl ou Fukushima sont des risques inacceptables. Une contamination de l’environnement par des déchets radioactifs serait tout aussi inacceptable.

 

Ces deux questions clefs  sont à la source du débat de politique énergétique. Elles sont parfaitement légitimes. Mais il faut bien analyser les diverses réponses.

 

 

Se priver du nucléaire: une mauvaise réponse à la question clef no 1, le dilemme niveau de vie-environnement.

 

La politique énergétique suisse a reconnu le dilemme depuis le 1er choc pétrolier de 1973. La Commission fédérale pour une conception globale de l’énergie, avec des experts sous la houlette de Michael Kohn, a défini dès 1978 une politique basée sur une transition longue et progressive vers moins, voire à terme plus du tout de fossile. Moyens principaux, trois piliers :

1) l’utilisation rationnelle de l’énergie (faire plus de force, de chaleur et de lumière avec moins d’énergie)

2) substitution du fossile par les énergies renouvelables

3) substitution par l’énergie nucléaire (fission et plus tard fusion)

L’initiative de sortie du nucléaire ne fait aucune proposition sur comment le remplacer, elle n’est pas une solution.

 

La SE2050 veut aussi réduire la consommation des fossiles, même l’accélérer, mais en supprimant le 3e pilier nucléaire – à cause de Fukushima – et en se limitant aux seules économies d’énergie et aux énergies renouvelables (soleil, vent et géothermie, l’hydraulique ne pouvant pratiquement plus être augmentée).

 

Le message et la documentation du Conseil fédéral auraient dû donner un programme concret de réalisation de cette stratégie, avec une liste de mesures à engager, de délais et de coûts pour en établir la faisabilité avec des chiffres. Problème : le projet du CF ne donne pas de plans opérationnels, il ne donne que les objectifs, pas les moyens. C’est comme un architecte qui proposerait de construire une maison, qui fournirait un cahier des charges, mais pas les plans. Vous achèteriez une maison sans voir les plans ? Plus grave : les expériences de pays comme l’Allemagne et la Suède montrent qu’aujourd’hui, pour un temps encore indéterminé, il n’est pas possible sans nucléaire de réduire la croissance de la consommation des agents fossiles. On connaît le cas de l’Allemagne qui commence à fermer ses réacteurs, mais relance le charbon. Moins connu est le cas de la Suède, qui avait décidé il y a plus de trente ans de sortir du nucléaire, mais sous deux conditions à vérifier au préalable : a) ne pas augmenter ses émissions de CO2 et b) que cela soit réalisable à un coût acceptable. Malgré tous les efforts de scientifique suédois, ces deux conditions n’ont pas pu être vérifiées. En 2009 la Suède a en conséquence annulé son décret de sortie du nucléaire et remplacera ses anciennes centrales par des nouvelles.

 

Pourquoi le nucléaire est-il si difficile à remplacer ? Parce qu’il est très performant : la fission d’un gramme de matière fissile donne autant d’énergie que la combustion d’une tonne et demie de pétrole. L’avantage est d’abord économique, mais aussi écologique : un gramme de produits de fission (déchets nucléaires) isolés de la biosphère remplace environ quatre tonnes et demie de CO2 additionnées de polluants dispersés dans l’atmosphère. Par ailleurs les réserves sont de plusieurs milliers d’années pour la fission (avec la surgénération et le Thorium) contre plusieurs dizaines pour les fossiles (fusion : plusieurs millions). La densité énergétique des énergies renouvelables est très faible pace qu’elles sont très diluées: leur concentration coûte cher en matériaux, en surfaces et en atteinte au paysage. Enfin, leur production est soumise aux aléas du vent et du soleil : elle devrait être en grande partie stockée pour compenser ces aléas et être disponible en continu. On ne sait comment stocker à une telle échelle : cela devrait rester longtemps encore ni réalisable, ni payable.

 

Toutes les études sérieuses de ces dernières années confirment cette situation : la dépendance au fossile ne peut pas être réduite sans le nucléaire.

De fait la SE 2050 est une économie de guerre avec taxes, restrictions et interdictions. Elle sera très coûteuse. Les éoliennes, le solaire et l’isolation thermique des bâtiments ne remplaceront que très partiellement le nucléaire : la SE 2050 conduira à importer du courant nucléaire ou à base de charbon, voire à construire des centrales au gaz en Suisse. La SE 2050 menace notre sécurité d’approvisionnement et notre niveau de vie.

 

En savoir plus

 

La SE 2050 démantèle une politique efficace

https://clubenergie2051.ch/2016/09/28/classement-mondial-de-la-suisse-il-ny-a-pas-que-le-wef/

 

La SE 2050  n’a pas de base scientifique solide :

https://clubenergie2051.ch/2014/12/05/la-politique-energetique-du-conseil-federal-est-elle-contraire-a-une-saine-demarche-scientifique/

 

Le nucléaire dans le contexte du Développement durable et de la paix: l’analyse d’André Maïsseu

https://clubenergie2051.files.wordpress.com/2016/10/dc3a9v-durable-paix-et-nuclc3a9aire-a-mac3afsseu-wonuc-27-09-2016-ppt.docx

 

L’étude du prof. Silvio Borner, IWB – Uni-Bâle

https://clubenergie2051.files.wordpress.com/2014/12/etude_version_condensee.pdf

 

 

Interdire une technologie à risques est une réponse obscurantiste à la question clef no 2 : garantir la sécurité.

 

Il y a deux manières de garantir la sécurité d’une technologie à risques. La première consiste à définir des normes de sécurités strictes et de les faire respecter soigneusement. La deuxième consiste à interdire, sans condition, la technologie en question: en prétendant qu’elle est tellement dangereuse, qu’il est inutile d’essayer de la rendre sûre. La diabolisation remplace l’analyse.

Dans le premier cas l’homme s’efforce de maîtriser les risques, dans le deuxième il renonce et pratique la fuite devant le risque. L’homme et la civilisation ont beaucoup progressé grâce à la maîtrise des risques.

L’interdiction a priori et inconditionnelle d’une technologie est obscurantiste, elle tient du bûcher du Moyen-Âge. Appliquée à d’autres risques, l’attitude des antinucléaires aurait conduit à interdire la chimie après les accidents de Bhopal et Seveso, à interdire les bateaux après le Titanic, à interdire la chirurgie après les accidents opératoires, voire à interdire le feu à la préhistoire. C’est tellement dangereux un incendie, et il y en a partout

.

L’interdiction a priori occulte aussi une réalité importante : une technologie n’est en général ni dangereuse, ni sûre en soi. C’est la manière de l’utiliser qui fait ou évite le danger. C’est donc l’homme derrière la technique qui est décisif : il s’agit de réglementer et d’interdire les risques, pas la technique en soi.

Cela ne signifie pas qu’une technologie ne puisse pas être interdite, mais pas a priori et sans conditions. Une interdiction peut et doit bien sûr s’envisager si une technologie n’arrive pas à définir ou respecter des normes acceptables. Une telle interdiction, sous condition, stimulerait la formation et la recherche en vue de remplir les exigences de sécurité, alors qu’au contraire les interdictions proposées par l’initiative de sortie du nucléaire comme la SE 2050 supprimeraient à l’évidence la formation et la recherche.

Une interdiction suppose donc une analyse préalable : comme pour un prévenu, il ne peut être condamné par un tribunal sans enquête. Ou alors on est dans le procès sommaire.

 

Or cette enquête a été faite, après Fukushima, par l’Inspectorat fédéral de la sécurité nucléaire (IFSN)   la collaboration des exploitants de centralespour comprendre les causes et aussi identifier d’éventuelles faiblesses de nos réacteurs qu’auraient pu révéler ces évènements. Les conclusions : les réacteurs de Fukushima manquaient de plusieurs dispositifs essentiels de sécurité. Ces dispositifs, soit équipaient depuis la construction de nos réacteurs, soit ont été ajoutés suite à l’accident de Three Miles Island (USA 1978). Ils auraient pu considérablement réduire, voire empêcher, la contamination radioactive subie à Fukushima. Les travaux de l’IFSN ont été complétés par des Stress Tests sous l’égide de l’UE. Ces excellents résultats ont demandé 18 mois de travail. Les centrales suisses n’ont pas révélé de faiblesses suite à Fukushima. Or notre ministre de l’énergie, malgré l’avis de la commission énergie du CE qui lui recommandait d’attendre les résultats de l’enquête avant de lancer un débat politique, proposait dans la précipitation déjà deux mois après le tsunami de sortir du nucléaire. C’était pire qu’un procès sommaire, la condamnation était prononcée sans procès.

 

Quand le rapport de l’Inspectorat a été disponible, personne n’en a parlé. L’économie de guerre de la SE 2050 n’aurait plus pu se vendre politiquement et médiatiquement aussi facilement à l’opinion publique si celle-ci découvrait que la sécurité était réalisable, déjà opérationnelle et même payée. Les Suisses n’ont pas à être punis pour les erreurs commises à Fukushima.

 

Une anecdote presque amusante si la situation n’était pas si grave : on a entendu Mme Doris Leuthard déclarer récemment que « nos centrales sont les plus sûres du monde» en lançant la campagne contre l’initiative de novembre des Verts. Tout en plaidant pour une interdiction « raisonnable », à la sauce SE 2050. Elle doit donc avoir une certaine connaissance des conclusions de l’IFSN, mais ne s’en sert que quand ça l’arrange.

Au final, une réalité : aucun réacteur, bien équipé, comme en Suisse et en Europe, n’a jamais provoqué de contamination grave de son environnement.

 

En savoir plus

 

Pourquoi l’interdiction a priori d’une technologie n’est pas la bonne manière de promouvoir la sécurité :

https://lesobservateurs.ch/2013/04/10/on-ne-fait-pas-la-securite-dune-technologie-a-risques-avec-des-interdictions-a-priori/

 

Pourquoi même Tchernobyl, Fukushima et  les déchets ne sont pas de bonnes raisons d’interdire le nucléaire :

https://lesobservateurs.ch/2013/04/22/nucleaire-les-risques-ne-justifient-pas-une-interdiction-a-priori/

 

Les énergies renouvelables auront plus de chance avec que sans le nucléaire.

Quelques précisions pour éviter des malentendus :

  • Accepter le nucléaire ne signifie pas être contre les renouvelables. Les pro nucléaires ne sont pas anti renouvelables, même si l’inverse est souvent vrai.
  • Le potentiel des renouvelables, du solaire et de ses dérivés, est énorme. Il y a un réel espoir qu’un jour toute l’humanité puisse en tirer toute son énergie même en maintenant et en généralisant un haut niveau de vie pour tous.
  • Bémol : le partisans du solaire sont souvent les premiers à dire qu’avec le solaire il faudra réduire fortement notre consommation : paradoxalement ils sont les plus sceptiques sur les chances à long terme des renouvelables. Ou serait-ce que l’austérité (forcée, librement consentie ou heureuse) et la décroissance sont leurs véritables objectifs ? On se rappelle les initiatives Ecopop et « pour une économie verte ».
  • La difficulté est due  à la grande dilution et à l’intermittence (production non continue, aléatoire) de l’éolien et du solaire. Leur mise en œuvre exige donc de grandes surfaces, beaucoup de matériaux par unité d’énergie et des capacités de stockages considérables (p. ex. : le pompage – turbinage, souvent présenté comme la solution miracle, nécessiterait 10 fois le bassin de Grande-Dixence pour stocker une production solaire et éolienne capable de remplacer celle du nucléaire). Nant-de-Dranse ne fait qu’un dixième du volume de Grande-Dixence
  • L’espoir est dans des développements qui sont en cours. Les plus prometteurs : développer une filière de carburant synthétique basée sur la molécule d’hydrogène de l’eau et du carbone (CO2) de l’air. L’énergie nécessaire pourra être fournie par les énergies renouvelables en concentrant les captages dans les déserts de la ceinture équatoriale bien ensoleillées et dans les zones maritimes bien ventées. Le carburant de synthèse sera ensuite acheminé comme le pétrole dans les zones de consommation.
  • Le carburant de synthèse résoudra simultanément la question du stockage et de la pénétration encore difficile des renouvelables dans les secteurs de la mobilité et de la chaleur.

 

Mais : tout cela demande encore une transition longue et coûteuse. L’énergie exige des infrastructures industrielles lourdes : les constantes de temps sont beaucoup plus longues que dans l’électronique et l’informatique. Ainsi il a fallu chaque fois des dizaines d’années pour les grandes transitions énergétiques comme le passage du bois au charbon, ou du charbon au mazout, ou du mazout au nucléaire. Le soleil et le vent sont encore des énergies insuffisamment matures et trop coûteuses  pour investir massivement à coup de subventions dans des infrastructures de production. Il vaut mieux recourir à un nucléaire bon marché pour la production courante : cela permettra de disposer de plus d’argent public pour les investissements dans la R&D des renouvelables, ou aussi pour d’autres besoins (plus) prioritaires de la société (mobilité, logement, santé, …mais c’est un autre débat).

 

Le nucléaire n’est donc pas un oreiller de paresse mais au contraire un tremplin utile pour mieux développer les renouvelables.

 

Il est important pour le futur des renouvelables de poursuivre la transition déjà en cours avant Fukushima. Or la SE 2050 parle de transition, mais ne la pratique pas : en fait elle la casse en provoquant une rupture, en rêvant d’un saut rapide et irréaliste pour aller tout de suite, donc justement sans transition, vers un système privé de nucléaire et consommant moins de fossile. C’est le saut dans le vide.

 

En savoir plus :

 

Les renouvelables : note de synthèse jfd 20-05-2016

https://clubenergie2051.files.wordpress.com/2016/10/les-renouvelables-note-de-synthc3a8se-jfd-20-05-2016.pdf

 

Le nucléaire dans le contexte du développement durable et d’une paix durable, André Maïsseu, WONUC 27-09-2016

https://clubenergie2051.files.wordpress.com/2016/10/dc3a9v-durable-paix-et-nuclc3a9aire-a-mac3afsseu-wonuc-27-09-2016-ppt.docx

 

 

 

 

Les coûts : mythes et réalité.

 

Très longtemps les opposants au nucléaire ont reconnu qu’il était bon marché. Ce qu’ils confirmaient en disant «mais  il ne faut pas vendre son âme au diable ». C’est relativement récent et nouveau dans leur argumentation : même le coût serait un désavantage du nucléaire. Arguments principaux : le coût des renouvelables baisse avec la production en masse des composants alors que celui du nucléaire monte avec les difficultés industrielles.

La réalité est que même en prenant le prix au m2 du verre à vitre comme prix des panneaux solaires, l’électricité produite restera plusieurs fois plus chère que celle du nucléaire ou de l’hydraulique. Or on ne pourra pas descendre en dessous du verre à vitre. De plus les Allemands paient plus de 20 milliards € par an pour subventionner les énergies renouvelables. Si c’était moins cher, ces subventions seraient inutiles et logiquement abandonnées. Et le prix des renouvelables ne comprend toujours par les coûts du stockage, pour lequel il n’y a pas encore de solution à l’échelle nécessaire.

La discussion est obscurcie en fait par deux évènements : 1) les déboires financiers des nouveaux réacteurs EPR  d’Areva en construction en France et en Finlande et 2) les difficultés financières des  grands producteurs suisse et européens.

Les déboires financiers d’Areva sont particuliers à un industriel, soumis à divers aléas managériaux et politiques. Par contre la Chine est en train de construire sous licence des EPR dans les délais et les budgets. Quant à la débâcle financière de l’hydraulique et du nucléaire elle est due à une ouverture du marché sans les garde-fous nécessaires pour éviter qu’un marché déprimé par un fort excédent de l’offre sur la demande et un subventionnement massif de l’éolien et du solaire allemand, fasse descendre les prix en bourse bien en dessous de n’importe quel prix de revient. Le kWh nucléaire suisse reste bon marché : il est entre 4 et 5 ct/kWh, en dessous de l’hydraulique qui est entre 6 et 8 ct/kWh.

 

En savoir plus

La débâcle d’Alpiq : comprendre pour agir.

https://clubenergie2051.ch/2016/03/31/lhydraulique-cest-plus-qualpiq-comprendre-pour-agir/

 

Prioriser le kWh suisse pour éviter la débâcle de l’hydraulique et du nucléaire

https://clubenergie2051.files.wordpress.com/2016/04/brochure-priorisationpm1.pdf

 

 

La sécurité des déchets : encore une question d’information et de vérification.

 

Une petite phrase est souvent répétée  «il n y a pas de solution ». Or il y en a une, officiellement reconnue par le Conseil fédéral en date du 28 juin 2006, après des années de travaux et de rapports.

Elle est simple : elle consiste à les isoler soigneusement de la biosphère. Trois étapes : 1) les séquestrer partout où ils sont générés, 2) à les emballer de manière solide et étanche et 3) à les surveiller. C’est la surveillance géologique qui a été choisie en Suisse et dans le monde : la sécurité consiste à choisir des sites pour lesquels on peut garantir un retour dans la biosphère beaucoup plus lent que la décroissance de la radioactivité.

 

La gestion des déchets est victime de deux erreurs de perspective par manque d’information.

Première erreur croire que le nucléaire est la seule activité à générer des déchets indestructibles à long terme. C’est oublier les déchets spéciaux, générés par beaucoup d’activités inhérentes à notre civilisation technique. Leur volume est 100 fois supérieur à celui des déchets radioactifs, et la durée de leur toxicité est plus que longue, elle est illimitée (pas de décroissance). Résultat : seule la surveillance par l’homme peut être envisagée, pas la surveillance géologique.

Deuxième erreur : la fiabilité de l’isolement de la biosphère peut se vérifier. La gestion des déchets spéciaux, qui a commencé aux débuts de l’industrialisation et a souvent manqué de discipline a provoqué des contaminations. Un inventaire fédéral identifie 38'000 sites contaminés, dont 4’000 pour lesquels la contamination échappe du site par les eaux souterraines. Exemples connus : la décharge de Bonfol et le mercure de la Lonza à Viège. Si la solution nucléaire avait été appliquée aux déchets spéciaux, il n’y aurait pas de sites contaminés.

 

La gestion des déchets nucléaires n’est donc pas un problème sans solution mais au contraire une technique éprouvée et porteuse de solution pour éviter les contaminations connues dans la gestion des déchets spéciaux : les déchets ne sont pas une raison d’interdire le nucléaire.

 

En savoir plus

Déchets nucléaires : est-il vrai qu’il n’y a pas de solution ? https://clubenergie2051.ch/2015/02/13/dechets-nucleaires-est-il-vrai-quil-ny-a-pas-de-solution/

 

 

Les positions des principaux acteurs

 

Il y a ceux qui disent deux fois  oui, à l’initiative des Verts et à la SE 2050.

Ce sont les partis de gauche avec le PS et les Verts (libéraux ou pas). Leur opposition au nucléaire est inconditionnelle : ils n’ont jamais demandé des améliorations concrètes des normes de sécurité ou de leur application. Ils veulent la disparition du nucléaire, pas sa sécurité.

 

Il y a ceux qui disent une fois non et une fois oui : non à l’initiative et oui à la SE2050.

Ce sont une large majorité du PDC, derrière leur ministre de l’énergie et aussi du PLR. Leur argument principal est que l’initiative conduirait à un arrêt trop brutal du nucléaire alors qu’avec la SE 2050 le délai supplémentaire accordé permettrait une sortie en douceur. Cet argument n’est pas justifié sur des bases scientifiques solides : quelques années de plus ne vont pas suffire à développer suffisamment les énergies renouvelables pour qu’elles soient en mesure, seules, de réduire notre dépendance des fossiles et d’assurer notre approvisionnement à un coût acceptable.  Une  autre motivation du PDC tient au fait qu’il est très implanté dans les cantons alpins, donc hydrauliques, comme le Valais et les Grisons. Dans ces cantons le PDC a tendance à penser que ce qui est mauvais pour le nucléaire est bon pour l’hydraulique. Dommage, parce que ces deux piliers de la production suisse, près de 95% de nos besoins, sont très complémentaires. Un soutien mutuel a été gagnant-gagnant jusqu’à présent, et pourrait le rester dans le futur.

Le PLR est plus divisé, mais majoritairement va dans le sens du PDC. Une position étonnante est celle de certains PLR qui déclarent s’opposer au nucléaire actuel, mais ne pas s’opposer à un nouveau nucléaire s’il est meilleur. Ils recommandent pourtant le oui à la SE2050 qui interdit toute nouvelle centrale, quel que soit le type. Qui d’ailleurs interdit aussi le retraitement du combustible (tri et recyclage). Or sans retraitement il n’y aura pas de cycle avancé du combustible pour les nouveaux concepts de réacteurs. Certains maintiennent cette position, même après avoir été dument informés. Difficile à comprendre.

 

L’UDC est le seul grand parti à dire officiellement  deux fois non : à l’initiative de sortie du nucléaire des Verts et à la SE2050.

L’UDC a décidé de lancer un référendum contre la SE 2050. L’UDC admet que l’interdiction du nucléaire même différée de quelques années, aura de graves conséquences économiques et écologiques. C’est probablement le parti qui a le mieux analysé les réalités techniques et économiques et mieux su choisir et écouter des experts compétents. Mais surtout c’est le parti qui a le courage de prendre une position politique conforme à une analyse lucide, même au risque d’une impopularité  électorale. Paradoxe, un de plus dans ce domaine : c’est aussi le parti le plus accusé de populisme.

À noter: on trouve un représentant du PDC et un du PLR dans le Comité interpartis qui soutient le référendum  de l’UDC contre la SE 2050. Ils ont encore plus de courage.

 

Une troisième voie émerge.

Dans le concert des acteurs, il faut noter l’émergence d’une troisième voie, non politique, ni de gauche, ni de droite. Ce sont des réseaux de personnes spécialisées dans les questions d’énergie et d’électricité, avec formation scientifique et expérience du terrain. La plupart sont ou ont été actives dans les domaines de l’industrie, des services, de l’administration, de la recherche et de l’enseignement. Ces spécialiste disent clairement deux fois non, à l’initiative des Verts et à la SE 2050.

Voici les principaux sites Internet des réseaux de cette 3e voie:

 

 

Pourquoi le silence des entreprise électriques ?

La raison est à chercher dans le fait que leurs principaux actionnaires sont des collectivités publiques, des Cantons et des Communes. Beaucoup d’élus siègent dans les Conseils d’administration. En Suisse romande on trouve, parmi les élus marquants, Robert Cramer, René Longet, Daniel Brélaz ou Jean-Yves Pidoux. Ces élus notoirement antinucléaires ne vont pas s’engager pour une information réaliste qui irait à l’encontre de leurs convictions et de ce qui a fait leurs succès politiques.

Résultat : des contre-vérités criantes peuvent être publiées impunément. De plus beaucoup de collaborateurs travaillant dans les centrales nucléaires sont interdits de parole en public, sur la question nucléaire, par leur hiérarchie.

 

Cette situation ne peut qu’avoir un effet dévastateur sur l’opinion publique. Ce silence n’est pas de nature à inspirer la confiance. Confiance qui, il faut le rappeler, n’est pas dans la technique, mais au mieux dans les femmes et hommes derrière toute technique. Comment faire confiance à des personnes sans visages et sans noms ? D’autre part c’est une situation inhabituelle. Normalement, lorsque qu’une démarche politique touche directement une profession (et durement dans le cas du nucléaire : qui voudrait voir sa profession interdite dans la Constitution ?), il y a toujours une réaction. Exemple : les enseignants, dont la profession est parfois au cœur de discussions politiques. On leur donne  la parole dans les médias. Et il leur arrive de manifester bruyamment.

 

Le citoyen perplexe devant beaucoup d’exagérations des opposants au nucléaire se dit dans un 1er temps : attendons, si c’est faux, il y aura bien une réaction. Or de réaction il n’y en pratiquement jamais. Le citoyen se dit alors que ces exagérations  n’en sont pas. S’il n’a pas la chance d’avoir des parents ou des amis qui connaissent la réalité du terrain, il va rester complètement désinformé. La démocratie ne peut pas fonctionner sans un minimum d’information.

 

Une vraie question éthique et ignorée.

 

Interdire le nucléaire de manière inconditionnelle est grave en soi.

Mais l’initiative des Verts et la SE 2050 font toutes les deux pire : notre génération s’octroie le droit de profiter longtemps encore des centrales actuelles. L’interdiction est reportée sur la prochaine génération, qui ne vote pas encore. Et on peut anticiper que à cause du caractère irréaliste, pour longtemps encore, d’un approvisionnement avec moins de fossile et plus du tout de nucléaire, la prochaine génération devra choisir entre construire des centrales à gaz, ou importer du courant (nucléaire de France et à base de charbon d’Allemagne) ou encore réduire son niveau de vie. Il y a une certaine hypocrisie, pour ne pas dire cynisme, à refuser à nos enfants un nucléaire dont notre génération n’ose pas se priver elle-même. Et cela de la part mouvements qui se réclament beucoup de postures morales et éthiques.  Est-ce défendable ?

 

À lire : cet excellent billet de réflexion du regretté et remarquable journaliste Claude Monnier, qui disait de manière prémonitoire, en 1983 déjà « L’écologie, une bonne intuition qui a mal tourné »

https://clubenergie2051.files.wordpress.com/2016/09/claude-monnier-lc3a9cologie-une-bonne-intuition-qui-a-mal-tournc3a9-la-suisse-4-04-83.pdf

 

 

Votez non le 27 novembre à l’arrêt rapide du nucléaire et signer le référendum contre la SE 2050

Le citoyen pourrait croire qu’il n’est pas directement concerné. Que ce sont surtout les électriciens qui auraient à craindre un arrêt du nucléaire. Il n’en est rien. Les électriciens n’ont pas directement besoin d’électricité pour eux. Ce sont les consommateurs qui en ont besoin. Ce sont eux qui la payeront plus chère, ou qui subiront les pannes ou encore qui auront des nuisances environnementales comme les  pollutions atmosphériques par les fossiles ou les atteintes aux paysages de certains renouvelables.

 

Aux citoyens de s’exprimer : s’ils préfèrent  le maintien de l’option nucléaire sous des conditions strictes de sécurité, plutôt qu’une interdiction inconditionnelle, ils peuvent l’exprimer :

  • en votant non à l’initiative des Verts pour une sortie programmée du nucléaire le 27 novembre
  • en signant le référendum contre la SE 2050 et son interdiction différée mais inconditionnelle du nucléaire et ses objectifs irréalistes digne d’une économie de guerre. Deux possibilités :

 

o   utiliser le formulaire de l’UDC et du Comité interpartis

https://loi-energie-non.ch/

 

o   utiliser le formulaire d’Alliance-Energie

https://energiestrategie-nein.ch/fr/home/

 

Article publié également sur :

https://clubenergie2051.ch/2016/10/24/nucleaire-une-utilisation-intelligente-vaut-mieux-quune-interdiction-aveugle/#more-2267

 

J.-F. Dupont / ClubEnergie2051 / 24-10-2016

 

6 commentaires

  1. Posté par antoine le

    Et on se rendit compte mais un peu tard de la supercherie et des mensonges politiques !!
     »Lors de la votation de 2017 sur la stratégie énergétique 2050, l’hypothèse était que les besoins en électricité resteraient à peu près stables, soit 60 térawattheures, explique-t-elle. «Aujourd’hui, nous savons que cette hypothèse n’est pas réaliste». Selon elle, la mobilité électrique, la numérisation et les pompes à chaleur font à elles seules augmenter la consommation d’électricité, malgré l’efficience énergétique. »
    https://www.blick.ch/fr/news/transition-energetique-sommaruga-veut-des-autorisations-plus-rapides-pour-les-eoliennes-id17152191.html

  2. Posté par Steve Roeck le

    Monsieur Jean-François Dupont, votre ancien employeur est Alpiq qui est très impliqué dans le nucléaire. Est-ce qu’il vous ont rémunéré d’une quelconque manière (biens, avantages divers ou promesses diverses pour vos intérêts) ?

  3. Posté par Jean-François Dupont le

    @ Vernet Jean
    Vous avez parfaitement raison à propos de l’intérêt de la recherche sur les réacteurs à Thorium et à sels fondus. Cette recherche existait, en Suisse aussi, dans les années 70-80 à l’Institut Paul Scherrer (EPF) sous la houlette du professeur EPFL Gérard Sarlos. J’y ai participé comme jeune diplômé. Elle a subit une éclipse dés 1990, suite à des décisions politiques liées à l’acceptation du moratoire. Une renaissance dans les années 2000 a de nouveau été rayée de la R&D par la politique à cause de Fukushima. La SE 2050 scellera l’arrêt définitif de toute recherche. L’interdiction de construire de nouveaux réacteurs et celle du retraitement du combustible, auront pour conséquence qu’il n’y aura plus d’ingénieurs a vouloir diplômer en génie atomique. Ce sera la disparition en Suisse de l’enseignement et de la recherche.

  4. Posté par Vernet Jean le

    La technologie à eau pressurisée des centrales actuelles provient du besoin (à l’origine) pour certaines puissances de générer des matériaux fissiles nécessaire à la bombe A ou H. Il existe d’autres techniques nucléaires à explorer et étudier, en particulier la technique du réacteur à sels fondus et au Thorium. Si je comprends l’appréhension que suscite les centrales actuelles vieillissantes, je n’admets pas qu’on se coupe d’une technique prometteuse. Je proposerai – mais je n’ai aucun pouvoir – qu’on étudie en priorité et activement la technologie du réacteur au thorium et à sels fondus.

  5. Posté par Théodore J Berseth le

    Sortir du nucléaire ?
    Il est impossible de sortir du nucléaire sans appliquer l’IN Stop à l’immigration de masse et à mettre en place une politique de re-migration !

  6. Posté par Derek Doppler le

    Deux ou trois centrales nucléaires yankees bien pourries et managées par des japonais aussi corrompus qu’incompétents lâchent les élastiques à l’autre bout de la planète, et bien entendu il faut que ce soient les sempiternels nains de jardins pour décider de retourner au 19e siècle pour se la jouer plus malin que tout le monde.

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