L’Adieu au journal Le Temps de Pascal Décaillet

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L'Adieu au Temps

03/10/2015

Il y a quelques jours, j'ai commis un acte majeur dans ma vie de passionné de journaux (depuis l'âge de dix ou onze ans) : je me suis désabonné du Temps.

Pour moi, ça n'est pas rien. J'étais un abonné de la première heure, dès le premier numéro. Surtout, en amont de la création du Temps en 1998, j'étais abonné depuis des décennies à son ancêtre, le Journal de Genève, où j'ai d'ailleurs accompli, il y a trente ans, mes premières années de journalisme. J'en garde un souvenir ému.

C'est donc avec une partie de ma vie, avec de longues années que j'opère cette rupture. Je ne reproche rien au Temps. Il a parfaitement le droit d'être ce qu'il est. La presse est libre. Je ne vais quand même pas, moi, dire le contraire.

Aucun reproche, donc. Sauf que je ne le lis plus. Alors, couper des arbres pour ne même pas lire, c'est dommage. Politiquement, il est devenu le journal du PLR. Le journal de M. Burkhalter. Le journal de M. Longchamp. Le journal de M. Maudet. Le journal du patronat, plus précisément d’Économie Suisse, surtout pas de l'USAM, puisque cette dernière est maintenant présidée par un UDC. Le journal des pleurnicheries post-9-février de M. Aebischer. Le journal de la libre circulation, érigée en dogme. Le journal de la "démocratie représentative" contre la démocratie directe. Le journal du lobby pro-SSR, miroir oblige. Le journal du NOMES. Le journal qui nous ventile l'extase europhile de M. Cherix.

Le cahier culturel est illisible. Il ne fait que se greffer sur les dernières promotions des circuits d'éditeurs ou de producteurs de films. Il suinte la mode et les affinités d'un tout petit cercle lausannois. Il n'y a ni choix assumé, ni plumes transgressives. Juste l'élégance d'être dans le courant. C'est tellement confortable, le courant. Pour la culture, s'il faut lire des journaux, je lis Gauchebdo, la Weltwoche, le cahier du samedi de la NZZ, la Frankfurter Allgemeine.

Je ne reproche rien au Temps. Tout ce qu'il est devenu, il en a le droit. Les journaux sont libres. Les lecteurs aussi.

Le Temps est un journal élégant, mais manque singulièrement de courage. Il me fait penser à ces officiers d'état-major qui, faute d'avoir remporté des victoires sur le terrain, se pavanent dans les salons avec des uniformes trop lustrés pour être vrais. Manque de courage. Manque de solitude. Manque de plumes. Oh, certains ont du style, de belles tournures. Mais où est passé l'engagement ? Celui, par exemple, d'oser parfois la posture minoritaire, la Marge ? Où sont les plumes qui osent affronter la pensée dominante ?

Le Temps est devenu le Journal du pouvoir. Il est devenu le média suisse de révérence.

Pascal Décaillet,  Sur le vif - Samedi 03.10.15

22 commentaires

  1. Posté par exaspéré le

    @Miguel Gonzalez

    Evidemment que tout journal a le droit d’avoir sa ligne éditoriale et de la défendre. Mais c’est le droit aussi des lecteurs de trouver cette ligne éditoriale exaspérante, imbuvable, et de le dire. Certains vont-ils trop loin et font-ils « des commentaires insultants et des remarques agressives »? Ca se peut. Mais tant pis. Le Temps insulte quotidiennement les patriotes suisses avec son petit ton méprisant arrogant, donneur de lecçon, antisuisse. Les gens lui rendent la monnaie de sa pièce. Bien fait !

    @jacques vallotton

    « Transformer la Suisse en une île alors que nous vivons quotidiennement avec nos voisins, c’est une absurdité. Merci au Temps de continuer de défendre les valeurs européennes qui sont aussi les nôtres, qu’on le veuille ou non. Notamment notre poumon économique. » Préchi précha, bla, bla, bla, pipeau !

    Vous au moins il faut garder votre abonnement au Temps. Vous serez peut-être leur dernier abonné quand tous les autres seront partis.

    Voyez vous c’est ce langage, ou plutôt ce chantage, qui ne passe plus. Nous avons toujours vécu en bonne intelligence avec nos pays voisins. La Suisse a toujours été très ouverte au monde. Mais nous ne supportons plus qu’on nous menace de ruine économique comme punition à notre insubordination face à Bruxelles. La vérité est autre: c’est uniquement grâce au fait que nous restons en dehors de ce machin en faillite que notre économie s’en sort mieux que les autres. Le monstre Union Européenne cause le malheur des autres pays. Nous ne voulons pas embarquer dans ce Titanic en train de couler. Vos sophismes gentillets, fads et assortis d’une menace voilée collent à la « ligne éditoriale » du Temps. C’est exactement la raison pour laquelle tout le monde se détourne de ce journal, avec colère, exaspération, indignation.

  2. Posté par Miguel Gonzalez le

    Je trouve intéressante la position de M. Décaillet, et tout à fait valable sa décision, pour ne pas dire courageuse si l’on tient compte de la relation émotionnelle qu’il a avec ce journal. Mais je trouve dérangeants les commentaires qui visent à réduire la voix d’un journal à de la propagande d’un groupe ou d’un autre, sous prétexte qu’il ne pense pas comme nous. Que ce journal ait une position sur certaines questions, ça s’appelle une ligne éditoriale. Que vous ne la partagiez pas est votre droit absolu. Mais gardons nous des commentaires insultants et des remarques agressives. Si je ne suis pas d’accord avec votre avis, je défendrai cependant toujours néanmoins votre droit de l’exprimer.

  3. Posté par Claude Laporte le

    Abonné depuis très longtemps au Journal de Genève, et donc forcément abonné au Temps à partir de 1998, j’ai résilié mon abonnement à fin 2011, ayant pris conscience qu’il ne s’agissait plus d’un journal, mais plutôt d’un défouloir de monomaniaques qui n’avaient qu’un seul centre d’intérêt: l’UDC. Je les laisse volontiers à leur obsession et ne m’étonnerai pas s’ils nous annoncent un jour que c’est l’UDC qui est responsable du brouillard en automne et de la canicule en été. Ajoutons au passage que ce quotidien est en plus fort prétentieux.

  4. Posté par jacques vallotton le

    Pascal Descaillet, c’est un journaliste qui défend une certaine idée de notre pays. On aime ou on n’aime pas. Autant j’apprécie son talent, autant j’ai de la peine à le suivre dans sa démolition en règle du Temps. C’est vrai que ce quotidien a gardé une position en faveur de nos relations avec l’EU. C’est à mon avis plus que respectable, c’est même nécessaire parce que, si notre patrie est la Suisse, la patrie de la Suisse est l’Europe bien que cette dernière ait encore bien des défauts. Transformer la Suisse en une île alors que nous vivons quotidiennement avec nos voisins, c’est une absurdité. Merci au Temps de continuer de défendre les valeurs européennes qui sont aussi les nôtres, qu’on le veuille ou non. Notamment notre poumon économique.

  5. Posté par Loutchia le

    Ben.. moi, ce qu’en dit Ariel Melles :
    – C’est amusant comme la presse des pays occidentaux change de ton dès lors que Mahmoud Abbas ne s’attaque pas aux israéliens. Lisez cet extrait d’un article publié par Le Temps, (quotidien suisse) – qui se plaint d’une décision de Mahmoud Abbas de dissoudre une association Suisse « pour la paix » – sic.

     » Un coup de tête? Le fruit de mauvais conseils? La direction de l’Autorité palestinienne se débattait vendredi pour tenter de réparer les effets de ce qui apparaît plutôt comme une gigantesque bourde, commise par un président de plus en plus clairement aux abois. Dimanche dernier, le président Mahmoud Abbas adoptait un décret dans ses bureaux de Ramallah par lequel il prononçait la dissolution d’une ONG palestinienne, la Coalition pour la paix. »

    Plus drôle encore, dans Bluewin:

    « A la demande du président palestinien Mahmoud Abbas, l’ONG Palestinian Peace Coalition (PCC) a été dissoute et tous ses biens saisis. »

    – Ne me dites pas que l’or des suisses (ou des « allemands »…) a été saisi par les palestiniens?
    – Et pourquoi tout ce cinéma de Mahmoud Abbas ? Parce que la Coalition pour la paix est, du côté palestinien, l’organisation chargée de maintenir en vie ce que l’on appelle encore l’Initiative de Genève, ce plan de paix conclu en grande pompe en 2003 et que la Suisse persiste à défendre ardemment, du point de vue financier autant que politique. »

    En tout cas, nous sommes ravis d’apprendre que (dans Le Temps):

    « Le parlement palestinien ne se réunit plus. La justice est placée sous la botte des services de sécurité. Mahmoud Abbas s’est transformé en un despote oriental, entouré de quelques conseillers dont les visées ne sont limitées par aucun contre-pouvoir.  »

    – « Pressé de relire cette analyse lorsqu’on pressera les dirigeants israéliens de faire un pas de plus vers la paix avec « ce grand démocrate, celui qui représente la seule chance pour la paix au Proche-Orient. »

    Par Ariel Melles – JSSNews

  6. Posté par bigjames le

    A mon avis Christian et Charlotte, c’est le même.
    Un troll de gauche.

  7. Posté par Houriet Guillaume-Albert le

    Et que dire du traitement de la pseudo question jurassienne ? Une perpétuelle désinformation !

  8. Posté par aline le

    Bravo M. Décaillet pour votre fine analyse de ce torchon qu’est devenu Le Temps. Mais la misère en Suisse romande c’est que tous les journaux sans exception sont dans le même courant. Ils diabolisent outre mesure l’UDC. Aucun autre parti subit ce destin. Actuellement ce sont d’ailleurs uniquement les affiches UDC qu’on a sali avec des croix-gamées.

  9. Posté par Christian le

    A lire ces commentaires, on en déduit que seule une pravda de droite aurait le droit d’exister !
    Je m’étais désabonné du « Temps », pour des raisons économiques. Je vais renouveller mon abonnement dès ce jour. La diversité de la presse doit être défendue à tout prix! Le « Temps » occupe un espace médiatique aussi légitime que la « Weltwoche » ou que ce site. De plus, personne ne vous empêche de créer un journal de tendance nationale conservatrice !

  10. Posté par Haskaj Gjon le

    Le Temps, Bilan et l’Hebdo : Le Triumvira du lobbyisme européen

    Les trois sont prisonniers (tout comme le CF) d’une bulle temporelle dans laquelle le temps est figé ou avance au ralenti. Le paradigme concernant l’UE a changé en suisse romande et ils devront l’accepter.

  11. Posté par Nicolas le

    Ca y est, le cordon est coupé, bienvenue dans le monde des adultes.

  12. Posté par Yves Fauth le

    Cet article me va droit au coeur. Abonné depuis 10 ans au journal Le Temps, j’ai hélas constaté avec désespérance surgir ces derniers mois, disons à partir d’un certain 9 février, une frénésie europhile béate de même que des fado larmoyants en abondance sur la décision prise par le peuple ce jour-là. Et avec la submersion migratoire que nous subissons, cela a été le pompon ! Le micro et la plume ont été alors tendus sans discontinuité à toute la faune tiermondiste stigmatisant la frilosité et l’attitude bornée des Suisses (cette fameuse race blanche que Nadine Morano a brillamment et courageusement ressorti du patrimoine gaullien) face à cette immense chance qu’est l’immigration extraeuropéenne … Par le jeu des fusions de journaux, Le Temps n’est t’il pas tout simplement devenu une formidable machine à recycler la rédaction du journal L’Hebdo, soit toute l’élite bobo bien pensante nous chantant en boucle la ritournelle du « les autres d’abord » et du « vivons comme eux », garants d’un futur forcément radieux ?! Cela me fait mal pour Le Temps qui fut vraiment un excellent journal …

  13. Posté par Ueli Davel le

    Tempi passati

  14. Posté par aldo le

    Je ne vois pas pourquoi le Temps aurait échappé aux arrosages de Bruxelles dénoncés ici.
    http://lesobservateurs.ch/2014/03/06/dominik-feusi-seuls-20-derasmus-servaient-aux-echanges-universitaires-audio/#comment-23096, même et surtout si on ne peut pas consulter les réseaux de distribution de ces arrosages.
    Le Temps est une machine de guerre contre la démocratie suisse. Et tant que ces ploucs de parlementaires consulteront la presse papier, ils seront les jouets des manipulations téléguidées depuis Bruxelles. Déjà la participation mineure du Monde est un sérieux indice en terme de volonté manipulatrice. Un abondante littérature dénonce les manipulations du Monde. C’est suffisant pour que la gangrène s’installe. Et l’Europe qui doit déjà arroser le Monde depuis longtemps, n’a qu’à subventionner les articles proposés aux Suisses du Temps. Pas de papiers comptables, pas de preuves, mais des prix singulièrement sympathiques ce serait là un mécanisme subtile de subventionnement indirect de la propagande pro Europe.

  15. Posté par Aude le

    Le Temps est dans l’air du temps…il s’ajoute à tous ceux qui disent la même chose…

  16. Posté par coocool le

    Un canard abject, comme la grande majorité des médias suisses Romands d’ailleurs.

  17. Posté par conrad.hausmann le

    Non le Temps c’est bien pire que les autres, car de plus ils se prennent pour une élite.Le style est prétentieux mais les véritables infos manquent cruellement.

  18. Posté par lerat le

    Parfaitement de l’avis de M. Décaillet. Un journal à la solde de la technocratie de Bruxelles, un journal prêt à brocarder le pays. Il disparaitra d’ici peu !

  19. Posté par Marie-France le

    « C’est tellement confortable, le courant. »
    @M. Marejko : « l’éthique du poisson mort, de celui qui n’a ni conviction, ni valeur, ni engagement. « 
    Il n’y a que les poissons morts qui suivent le courant..

  20. Posté par Marejko le

    Dans un récent article, je parlais de l’éthique du poisson mort, de celui qui n’a ni conviction, ni valeur, ni engagement. C’est cette éthique que Le Temps a adoptée.

  21. Posté par Philippe le

    Merci Mr. Décaillet , pour votre objectivité et honnêteté, Il y a longtemps que je me suis désabonné au Temps. Ces journalistes qui soutiennent une Europe en déliquescence , Cette Europe morte née . Les temps à venir sont sombres. Les citoyens européens n’ont plus d’espérance et sont spoliés par des corrompus.

  22. Posté par G. Vuilliomenet le

    Bravo Monsieur Décaillet!

    Je souhaite que d’autres citoyens responsables vous suivront dans votre démarche!

    A quand le tour des autres faux journaux d’information mais véritables pravda soviétiques. Je pense, au hasard, à la TdG, à 24Heures, au Matin,…

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