[Reprise] Le ton se durcit entre la Hongrie et les États-Unis

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Article du Monde du 6/11 – voici donc la voix de l’Amérique…

On vous a déjà alerté sur la Hongrie dans ce billet de début octobre

Pour mémoire, la carte de Todd, issue de son interview fleuve pour le blog cet été, où on repère la Hongrie qu’il a classée dans “En évasion”…

Le Monde – Mercredi 5 novembre, la directrice du fisc hongrois, Ildiko Vida, a confirmé, dans un entretien publié par le quotidien progouvernemental Magyar Nemzet, qu’elle était interdite de séjour aux Etats-Unis, comme cinq autres ressortissants hongrois, proches du gouvernement de Viktor Orban, parce qu’ils sont soupçonnés de corruption. Elle a indiqué qu’elle figurait sur la liste noire, avec « d’autres membres » de ses services. Trois des six personnes incriminées seraient par ailleurs des économistes de l’institut Szazadveg (« Fin de siècle »), lié au parti au pouvoir, le Fidesz.

Selon l’ancien directeur de cet institut, Tamas Mellar, leurs pseudo-travaux couvraient des émoluments versés, hors de tout contrôle, aux conseillers de M. Orban. Le scandale est retentissant, d’autant plus que le chargé d’affaires américain André Goodfriend a indiqué que la liste pourrait s’allonger, « pour des motifs autres que la corruption ».

Le Fidesz, ainsi que la principale force d’opposition de gauche, le MSZP, veulent convoquer M. Goodfriend devant la commission parlementaire chargée de la sécurité nationale. Les médias de droite et d’extrême droite se déchaînent contre le diplomate américain. L’influent chef de cabinet du premier ministre, Janos Lazar, a accusé M. Goodfriend de travailler avec l’opposition : « Derrière les dirigeants du MSZP, il y a le chargé d’affaires des Etats-Unis à Budapest », a-t-il affirmé.

Le « lanceur d’alerte » hongrois étrillé

Dans ce climat survolté, le Fidesz a dû dissuader à deux reprises déjà son aile ultra-droite d’organiser une Marche pour la paix à Budapest, afin de dénoncer la politique de Washington.

Pour sa part, Mme Vida se dit abasourdie par ces « attaques malveillantes », à ses yeux « incompréhensibles ». Cette fidèle de Viktor Orban avait déjà piloté les services fiscaux (NAV) de 1998 à 2002, sous le premier gouvernement Fidesz. Mais la réputation du NAV a été sérieusement écornée par les révélations, en novembre 2013, d’un ancien contrôleur des impôts, Andras Horvath.

Las d’écrire en vain à la justice des rapports détaillés sur les malversations dont il était témoin, M. Horvath a fini par dévoiler aux médias un vaste système de fraude sur la TVA. Inventée sous les gouvernements socialistes et libéraux, puis perpétuée sous le règne du Fidesz, cette combine, qui joue sur la différence entre le taux élevé de la TVA en Hongrie (27 %) et celui des pays voisins (autour de 10 % sur les produits alimentaires), priverait les finances publiques de 3 milliards d’euros par an de rentrées fiscales.

Loin d’être félicité pour son sens civique, le « lanceur d’alerte » hongrois, démissionnaire du NAV, s’est vu étriller : plainte en diffamation, perquisition de son domicile et intimidations diverses.

Sa mésaventure a convaincu Washington qu’aucune aide ne viendrait de Budapest dans l’affaire de l’entreprise américaine Bunge, qui produit de l’huile de friture et se plaint que ses concurrents sur le marché hongrois ne paient pas, eux, la TVA – moyennant des pots-de-vin aux fonctionnaires des finances.

L’ombre de Gazprom

C’est un journal proche du Fidesz qui a vendu la mèche, le 21 octobre, en suggérant que la décision américaine visait à détourner l’attention d’une enquête ouverte par l’administration hongroise… contre Bunge. Mais le contre-feu maladroitement allumé par Budapest est vite devenu un incendie incontrôlable.

Le rapprochement de M. Orban avec Vladimir Poutine irrite au plus haut point Washington. Non content d’avoir, en pleine crise ukrainienne, signé un contrat nucléaire avec la Russie, puis mis en doute le bien-fondé des sanctions contre Moscou, le premier ministre hongrois a fait interrompre les livraisons de gaz à l’Ukraine.

Lundi 3 novembre, la Hongrie a franchi un pas de plus : le Parlement hongrois a modifié la loi sur l’énergie, de manière à permettre au groupe russe Gazprom de faire avancer son projet de gazoduc South Stream (vers l’Italie, à travers les Balkans et l’Europe centrale), contre l’avis de la Commission européenne. Washington s’alarme aussi que l’entreprise pétrolière hongroise MOL, dont le chef, Zsolt Hernadi, est un intime de M. Orban, puisse céder à Gazprom les 47,47 % qu’elle détient dans la compagnie croate INA.

Source : Joëlle Stolz (Budapest, envoyée spéciale),Journaliste au Monde, Le Monde, 6/11/14

 

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Un commentaire

  1. Posté par Marie-France Oberson le

    Mais de quoi je me mêle ?
    Une fois de plus, preuve est faite que les Américains veulent gouverner le monde en éliminant ceux qui risquent de lui faire de l’ombre..
    L’Amérique veut nous nourrir , nous chauffer, nous éclairer, en un mot nous rendre dépendants et bloquer tout accord avec d’autres puissances. En ce moment c’est « feu » sur Poutine pour que l’Europe se détourne de son gaz, de son pétrole..Et l’on veut nous faire avaler que l’Amérique agit par humanisme !

Et vous, qu'en pensez vous ?

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