Eglise, Etat : mariage et séparation

Jean Romain
Ecrivain, philosophe, député PLR GC Genève

 

Il existe quatre positions clés en ce qui concerne les relations complexes de l’Eglise et de l’Etat.

  1. L’inféodation de l’Eglise à l’Etat tout puissant : c’est le cas des pays où le communisme n’a pas laissé de place à l’Eglise.
  2. L’inféodation de l’Etat à l’Eglise : certains pays musulmans comme l’Iran des Mollahs n’ont pas laissé de place à l’Etat. La loi religieuse prime.
  3. La séparation de l’Eglise et de l’lEtat, on songe à la France (1905) ou à certains cantons suisses comme Neuchâtel et Genève (1907), qui posent la prééminence du pouvoir temporel.
  4. La distinction de l’Eglise et de l’Etat comme c’est le cas en Italie, en Allemagne ou dans la majorité des cantons suisses.

Il existe, bien sûr, des nuances à apporter pour chaque pays.

Séparer et distinguer. Séparer signifie que deux sphères d’essence différente sont naturellement à part l’une de l’autre : c’est le cas des pays qui vivent sous une constitution claire qui n’entend pas mélanger deux ordres différents, l’ordre temporel de la gestion des biens et celui, spirituel, de l’accomplissement des âmes. Distinguer, en revanche, signifie que l’esprit considère à part ce qui n’est pas d’essences opposées. Le christianisme, par exemple, distingue l’âme et le corps, mais affirme que l’homme est une unité.

La séparation des deux sphères, privée et publique, a un avantage manifeste : c’est parce que l’Etat est neutre sur le plan religieux, qu’il garantit la liberté de croyance de chacun. Il ne se mêle pas de la sphère religieuse qui, pour lui, reste du domaine privé. La tolérance est donc assurée, non pas par une disposition psychologique des individus, mais par la structure même de l’universel qu’est l’Etat. Restituer le politique et le religieux dans leur indépendance réciproque, c’est en supprimant la tutelle de l’un sur l’autre, institutionnaliser la liberté. Les droits fondamentaux sont ainsi placés hors de tout arbitraire grâce à cet idéal universaliste d’organisation de la Cité. Il s’agit d’une loi et non d’un pacte.

La distinction des deux sphères, elle, se fonde sur un pacte. La vision de l’homme est un peu différente dans la mesure où cette conception n’envisage pas la dimension spirituelle comme strictement privée. Ceci est pour elle un malentendu de l’identité collective : la dimension religieuse ou philosophique est de nature à apporter à l’Etat une sagesse essentielle dont il ne peut se cacher l’importance. Mais cet apport « spirituel », pour ne pas être intolérant ni sectaire, doit être distingué de la gestion des biens matériels étatiques. Ce qui assure cette distinction est un pacte, c’est-à-dire un accord contrôlé par la démocratie. Les frontières des deux domaines ne sont dès lors jamais claires ni définitives : elles sont tributaires de quantités de facteurs (sociaux, économiques, politiques…) qui les font flotter sans cesse.

Aujourd'hui, le Valais serait invité, sous la pression d’un comité d’initiative, à passer de la distinction à la séparation.

Jean Romain, 18 juin 2014

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