Un Président pour inaugurer des chrysanthèmes ?

Christian Vanneste
Président du RPF, député honoraire

 

François Hollande avait prévenu : l’année 2014 serait riche en commémorations : le centième anniversaire du déclenchement de la Grande Guerre, le soixante-dixième des débarquements libérateurs, et dans les années qui suivent, la célébration des grands événements qui ont jalonné les années 1914-1918 et 1945.  La place de la Mémoire dans la vie des nations est essentielle. Elle forge une conscience collective, un sentiment d’appartenance sans lesquels il n’y a pas de cohésion nationale. Or les Français subissent plusieurs évolutions négatives qui rendent cette thérapie nécessaire. Le déclin du pays devient évident. Son identité s’affaiblit. Les valeurs qui soutenaient son unité s’étiolent. La fierté nationale est laminée par une idéologie masochiste qui fait de l’Histoire une cause de repentance plutôt qu’une source d’ardeur et de confiance. Aussi est-il important qu’on rappelle non seulement les souffrances endurées par nos compatriotes lors des deux conflits mondiaux, mais aussi les sacrifices et la bravoure de ceux qui, de diverses manières, ont permis dans les deux cas à la France de se dire victorieuse, de demeurer libre et de se redresser. Les membres des Forces Françaises Libres et les résistants ont sauvé l’honneur d’un pays que ses dirigeants avaient affaibli au point de laisser son destin à la merci des nazis ou des Alliés, les Américains et les Britanniques, mais aussi les Russes, dont les Chefs d’Etat sont réunis aujourd’hui en Normandie.

Il doit toutefois être permis de formuler quelques réserves suscitées par la volonté d’être lucide à l’égard des commémorations. Celles-ci ont pour objet de mettre en exergue les hommes et les femmes qui ont défendu l’indépendance de leurs pays, assuré la victoire des valeurs démocratiques et humanistes qui en étaient inséparables, et restauré la paix. Leur exemple doit servir aux jeunes générations, développer chez elles le dépassement de l’individualisme stérile et susciter le désir de participer à un effort collectif. Ce message essentiel ne peut conserver sa force que si ceux qui le portent bénéficient d’un certain crédit et si le projet qu’ils proposent est dans la ligne des efforts du passé que l’on commémore. Or le paysage politique de notre pays est en complet décalage avec  les valeurs que l’on prétend célébrer. On peut même voir dans notre présent le retour des comportements qui ont conduit la France à ces tragédies : les guerres insuffisamment prévues et préparées par des politiciens, et par des militaires courtisans,  enlisés dans leurs combines et leurs petits calculs et incapables d’une vision salutaire pour leur pays. 2014, c’est aussi le soixantième anniversaire de Dien-Bien-Phu, ce désastre militaire subi par l’Armée issue de la Libération et provoquée par l’incompétence et l’irresponsabilité des dirigeants civils et militaires. Le marécage de la IIIe comme celui de la IVe République, la médiocrité de notre personnel politique ont produit les mêmes catastrophes. Des hommes politiques d’exception sont associés aux grandes célébrations du souvenir. On observera seulement que c’est la tragédie qui a mis en lumière les Clemenceau, les Churchill, les de Gaulle, et que les gouvernants actuels ressemblent davantage à ceux qui ont laissé la tragédie arriver. Rares sont les dirigeants qui osent dire la vérité et prendre des décisions risquées ou impopulaires. Churchill dit après Munich : « vous aurez quand même la guerre » et promet du « sang, de la sueur et des larmes ». Il gagne la guerre… et perd les élections. A tout moment des personnages de cette trempe peuvent apparaître si la connivence du système ne les écarte pas. Mme Thatcher aurait pu renoncer aux Malouines. La revendication argentine ne manquait pas de soutiens, les îles étaient lointaines et peu habitées. Plusieurs centaines de britanniques ont trouvé la mort lors de ce conflit. Elle a affronté ces obstacles parce qu’un principe était en jeu, l’honneur du Royaume-Uni engagé auprès des Britanniques majoritaires sur ce lointain territoire et face à la dictature de Buenos-Aires.  Lorsque ceux qui sont capables d’être à la hauteur du passé évoquent celui-ci, c’est totalement légitime. Pour les autres, le doute se fait jour. Où finit le devoir de mémoire ? Où commence la récupération de politiciens en mal de popularité ?

François Hollande a bien réagi au Mali. Par ailleurs, il a malheureusement fait preuve d’un alignement sur la politique américaine qui le prive de jouer un rôle majeur dans le rapprochement nécessaire entre l’Europe de l’Ouest et la Russie. Il faut souhaiter que la grande rencontre de 19 Chefs d’Etat à Bénouville soit pour lui l’occasion de retrouver toute sa place dans le concert des nations. Le Président Poutine qui est, lui, un homme politique d’exception, est venu. Il a eu un échange avec le nouveau Président ukrainien, tandis que le Président américain, allié des monarchies pétrolières, continue à jouer les fauteurs de guerre aussi bien en Syrie qu’en Ukraine et se fait fort d’isoler la Russie. La gratitude envers les Etats-Unis n’implique pas de cautionner leurs errements actuels. Ce 6 Juin peut-être une simple opération de reconquête de l’opinion française. Ce peut-être aussi l’occasion de renouer avec une liberté diplomatique constructive, ce qui serait la meilleure façon de commémorer l’événement qui a permis de libérer le pays. Le Président n’est pas là pour trouver un refuge dans « l’inauguration des chrysanthèmes », selon le mot de de Gaulle !

Christian Vanneste, 6 juin 2014

Et vous, qu'en pensez vous ?

Poster un commentaire

Votre commentaire est susceptible d'être modéré, nous vous prions d'être patients.

* Ces champs sont obligatoires

Avertissement! Seuls les commentaires signés par leurs auteurs sont admis, sauf exceptions demandées auprès des Observateurs.ch pour des raisons personnelles ou professionnelles. Les commentaires sont en principe modérés. Toutefois, étant donné le nombre très considérable et en progression fulgurante des commentaires (259'163 commentaires retenus et 79'280 articles publiés, chiffres au 1 décembre 2020), un travail de modération complet et exhaustif est totalement impensable. Notre site invite, par conséquent, les commentateurs à ne pas transgresser les règles élémentaires en vigueur et à se conformer à la loi afin d’éviter tout recours en justice. Le site n’est pas responsable de propos condamnables par la loi et fournira, en cas de demande et dans la mesure du possible, les éléments nécessaires à l’identification des auteurs faisant l’objet d’une procédure judiciaire. Les commentaires n’engagent que leurs auteurs. Le site se réserve, par ailleurs, le droit de supprimer tout commentaire qu’il repérerait comme anonyme et invite plus généralement les commentateurs à s’en tenir à des propos acceptables et non condamnables.

Entrez les deux mots ci-dessous (séparés par un espace). Si vous n'arrivez pas à lire les mots vous pouvez afficher une nouvelle image.