Alors chérie, on revote ?

Pascal Décaillet
Journaliste et entrepreneur indépendant

Depuis dimanche soir, ils auront tout essayé. Brassé tant de vent que les éoliennes des Services industriels, en comparaison, se meurent d’anémie. Traité les vainqueurs de demeurés, de reculés, de campagnards obtus et replié. Fait fleurir le champ des motions et des résolutions. Ils nous auront tenu des jours durant le pistolet sur la tempe, à cause des « rétorsions européennes ». Tellement obnubilés par Bruxelles qu’ils en ont oublié d’aller faire un tour du côté des Avanchets et de Châtelaine, quartiers populaires de Vernier (GE) qui, l’un et l’autre, ont voté oui.

Mais les raisons du oui ne les intéressent pas. Ce oui, ils se refusent à l’entendre, simplement en prendre acte. Pour eux, ceux qui ont dit oui voulaient en fait dire non, ou auraient dû le faire. Ils n’auraient approuvé le texte que par cécité, la nuit de l’instinct. Alors qu’eux, les partisans du non, représentent la Lumière.

Depuis dimanche, ils gesticulent en plein déni. Alors, comme ce verdict, dans leur tête, ne peut relever que de l’erreur, il leur est venu la même idée qu’en France, au lendemain du référendum du printemps 2005 sur le Traité européen : il faudrait revoter !

Revoter. Puisque le peuple citoyen est stupide, et n’a pas compris les véritables enjeux (ndlr alors que la brochure était parfaitement claire, factuelle, et pour une fois très compréhensible), ce peuple, nous allons l’éduquer. D’ici un an, redressé sur le Chemin de Lumière, il votera dans la bonne direction. Pas belle, la vie ?

On imagine une scène de rupture, entre amants. Elle lui dit « Je te quitte ». Il ne veut pas refaire la chanson de Brel, il blêmit, perd ses mots. Il lui dit juste « Revotons ». Parce qu’il y a toujours, quelque part, l’idée qu’on pourrait recommencer la vie. Mais le dépit amoureux a ses lois, et le déni citoyen a les siennes. Dans tous les cas, on navigue sur quelque fleuve d’Enfer. Des eaux de feu. Si belles. Mais si loin du réel.

Pascal Décaillet

Sur le vif - Jeudi 13.02.14

6 commentaires

  1. Posté par Philippe le

    Je ne rejoint pas l’avis de Christophe et Claude, non il n’y a pas de but caché dans cette initiative, juste reprendre le contrôle de l’immigration d’un petit territoire comme la suisse, ne pas être pied et poing liés et sans aucune réaction face à une institution européenne qui viole notre souveraineté de plus en plus fréquemment. Oui les temps on changé, fini le tout à l’économie, le peuple à demandé qu’on le respecte, et que les accords commerciaux favorisent nos entreprises sans péjorer la qualité de vie des citoyens suisse.
    N’en déplaise à ceux chez qui il est absolument nécessaire de faire partie d’un gros machin(OMC,ONU,EU..etc…) pour que tout ce passe bien, un peu comme en France ou l’on nomme un ministre du redressement productif….on décrète une production augmentée en le proclamant, en créant un ministère et toute la paperasse qui va avec.
    Quant à libéraliser le marché de l’électricité….la même chose que précédemment, pourquoi faire partie d’un grand marché européen…peut être pour que la haute finance en prenne le contrôle et fasse monter les prix?

  2. Posté par Christophe le

    Je rejoins l’avis de Claude et vais même franchement plus loin : le but ultime et caché de l’initiative était justement de faire sauter tous les accords bilatéraux et Schengen ; ce qui a échappé à nombre de citoyens ayant voté « oui ». L’UDC ne poursuit rien d’autre et ne veut simplement plus du tout de l’Europe de Bruxelles en Suisse, qu’on se le dise ; selon elle, des accords commerciaux et autres entre pays souverains suffisent, comme par le passé lointain. Mais les temps ont changé. Eh bien ! La Commission a déjà annulé une prochaine réunion fixée sur l’ouverture du marché européen de l’électricité (pourtant une nécessité indiscutable pour la Suisse) et vient d’annoncer que les tractations sur « Erasmus » (le programme de mobilité des étudiants) et « Horizon 2020 » (le programme-cadre de RD&I — recherche, développement et innovation — de 2014 à 2010) sont gelées et que toute séance de travail est renvoyée « sine die ». Cela va faire mal au monde universitaire et de la recherche en Suisse pourtant intégré pleinement dans la recherche européenne depuis plus de vingt ans. Et ces trois mesures ne sont que les premières ! Notre Président aura beau pèleriner dans les capitales cette semaine, comme il sera les mains vides, on l’écoutera très poliment, sans plus ; car, avec la libre circulation, nous avons touché ici à l’un des fondements mêmes de l’Union quelle ne peut remettre en cause, à moins de se dissoudre… ce que d’aucuns souhaitent ici ou là.

  3. Posté par Claude le

    Je suis étonné par certains commentaires sur le site à propos du vote du 9.2.14 sur l’initiative contre l’immigration de masse. Nous n’aurions pas besoin de l’Europe, l’Europe ce sont des corrompus, etc. Pour moi, il y a quand même un problème. Si j’ai bien compris les avis de la Commission européenne et ceux du gouvernement suisse, les bilatérales sont touchées et risquent de partir à vau-l’eau. L’UDC était pourtant favorable à ces bilatérales. Elles étaient un des moyens d’éviter une entrée « abhorrée » dans l’Union européenne. En les faisant éclater, il semble que l’UDC condamne cette possibilité de collaborer avec nos voisins de manière relativement harmonieuse sens entrer dans « l’antre du diable ». On se pose donc des questions sur la stratégie de l’UDC. Veut-elle tout simplement ne plus collaborer avec ces barbares étrangers ou que ceux-ci se convertissent à notre voie solitaire? Difficile d’y voir clair.

  4. Posté par G. Vuilliomenet le

    Suite à ce vote, il y a effectivement un certain nombre d’individus, à gauche en particulier, qui aimeraient que le Peuple vote à nouveau sur le sujet. Vous pouvez trouver sur les blogs de la Tribune de Genève et de 24 Heures, toute cette fange qui rage « d’avoir perdu » contre l’UDC, car c’est bien de cela qu’il s’agit.

    Mais le pire est le sentiment que cela éveille chez d’autres, je vous laisse apprécier les propos d’Olivier Guéniat sur le site des chroniqueurs du Matin (Les Invités de la semaine):

    http://lesinvitesdelasemaine.bleublog.lematin.ch/archive/2014/02/13/les-mains-sales-1255549.html

    Propos infâmes d’un fonctionnaire et pas n’importe lequel, le chef de la police judiciaire du canton de Neuchâtel.

  5. Posté par adalbert le

    Le « oui » à l’initiative de l’UDC est un carton rouge aux politiques ultralibérales conduites par Bruxelles et un vote de défiance cinglant à l’adresse des autorités politiques, du Conseil fédéral en particulier, coupables d’autisme et d’inertie face aux méfaits dus à la libre circulation des personnes. Cela dit, il convient de se distancier clairement de l’europhobie obsessionnelle d’un Christoph Blocher, suicidaire pour l’économie suisse. Blocher pense-t-il sérieusement que la Suisse pourrait couper les ponts avec l’UE (60 % de nos exportations vont vers l’UE) et compenser ces parts de marché avec les USA, qui nous livrent une guerre sans merci sur la fiscalité, et avec l’Asie, qui cherche bien souvent à nous piquer notre savoir-faire et notre technologie ?? De plus, les Suisses sont géographiquement, culturellement et intrinsèquement des Européens, des voisins avec qui nous partageons les mêmes soucis, les mêmes craintes sur la question de l’emploi et de l’immigration, et notamment les sur effets pervers dus à la libre circulation, considérablement accentués suite à l’élargissement de l’UE aux pays de l’Europe de l’Est. Dans les Etats membres de la « vieille Europe », le vote suisse est évidemment une aubaine pour tous ceux qui contestent de plus en plus à juste titre de plus le dogme de la libre circulation et qui réclament un vote démocratique de leur population sur cette question cruciale. Ce qui explique la réaction très négative des dirigeants de l’UE à l’égard de la Suisse « rebelle », illustrant ainsi l’irritation et la nervosité des instances dirigeantes bruxelloises, à quelques mois des élections européennes à haut risque !
    Dans l’optique des prochaines négociations avec l’UE afin de trouver un compromis acceptable pour les deux parties, la Suisse se doit désormais de chercher des alliés, notamment avec les grands pays voisins, France, Allemagne, Italie, Autriche, avec qui nous avons les liens les plus étroits, et aussi en cherchant l’appui de politiciens influents, tel l’ancien premier Ministre François Fillon, qui témoignent leur compréhension pour le problème soulevé par le vote démocratique de la majorité du peuple suisse.
    La question de l’opportunité d’un nouveau vote (parce que le peuple suisse aurait « mal voté ») n’est pas d’actualité sans être cependant totalement fantaisiste, l’avenir nous le dira, mais avant d’envisager cette éventualité, beaucoup d’eau aura coulé sous les ponts, y compris à Bruxelles…

  6. Posté par Pavillard le

    « il faudrait revoter! »…. Non mais…… et puis quoi encore….. de qui se moquerait-on là. On nous préfère (ou on nous prend vraiment pour) moutons ou vaches (tiens peut-être y mettre aussi une lucarne pour observer ce que l’on peut digérer ou non!!!!)
    E. Pavillard

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