L’étonnante légèreté des sénateurs français

Fathi Derder
Conseiller national PLR

Cela m’a fait penser à 2002. Cette année là, deux députés socialistes nous rendaient visite. Ils s’appelaient Vincent Peillon et Arnaud Montebourg. Ils sont aujourd’hui ministres… Leurs successeurs ont visiblement changé de style. Soit. Mais ne perdons pas de vue leur objectif: affaiblir la place financière Suisse.

J’ai par moment la désagréable impression que nos amis français nous prennent pour des imbéciles. Lundi soir, en débat à la radio avec un sénateur communiste, j’en ai même acquis l’intime conviction.

Le sujet: une commission d’enquête française souhaite venir en Suisse «chasser» l’évadé fiscal. Le sénateur en question, Eric Bocquet, m’explique sur un ton bon enfant que ceci est une visite de routine, tout à fait courtoise. Et s’étonne de l’absence de tapis rouge. C’est là que j’ai compris qu’il nous prenait pour des imbéciles.

Petit rappel des faits. La commission a été créée en début d’année à la demande du Parti communiste français. Depuis, elle auditionne tout ce qu’elle peut. Lundi, elle a même convoqué à Paris Guy Forget et Yannick Noah. Soupçonnés d'évasion, car dans ce sujet hautement sensible chez nos voisins en faillite virtuelle (et à la fiscalité confiscatoire), tout suspect est en général présumé coupable. Le rapporteur de la commission, Eric Bocquet «himself», affirme clairement, au début de l’année ses objectifs: «démonter les mécanismes de l’évasion fiscale», «combattre ce scandale» en France, mais aussi à l’étranger. En commençant par la Suisse; qui est - je cite Bocquet - «le paradis des paradis». Formule de café du commerce, utilisée à la télévision du Sénat en interview officielle. Accompagnée d’un petit sourire qui donne une idée précise de l’intention de l’élu d’extrême gauche. Du Mélenchon pur sucre: il faut nous «faire les poches»...

Le 22 mai dernier, deux semaines après l’élection de François Hollande, la commission convoque ainsi les présidents de la Commission des Finances du National et des Etats pour... le 21 juin! Moins d’un mois de délai pour se libérer. A l’ordre du jour: obtenir des informations sur les évadés fiscaux. On croit rêver. Pour info: la délégation de la commission en visite en Suisse, présidée par... Boquet (encore lui!), est constituée exclusivement d’élus de gauche.

L’invitation est très claire: il s’agit d’obtenir des chiffres, des faits précis. Des informations «concrètes et actualisées» sur l’évasion fiscale française en Suisse. A Berne, les présidents des commissions déclinent naturellement une invitation inacceptable. Et depuis, les «enquêteurs» français manifestent leur incompréhension... Et tentent d'inviter toute forme de parlementaire interessé à manger avec «une délégation de sénateurs», sans spécifier la nature de la visite! Une vraie entourloupe!

Mais comment diable a-t-on pu à ce point les croire mal intentionnés? Non, vraiment, on a l’esprit mal tourné... Outre la forme de l’«invitation», il y a une question de fond: la lettre parle de récolte d’informations. Et n’évoque même pas la moindre négociation. Notamment sur une question clé: l’imposition à la source. Récemment, la Suisse a proposé à la France son projet Rubik. Principe simple: le pays lésé récupère l’argent, la Suisse garde le secret. Le Royaume-Uni et l’Allemagne ont accepté un accord que les Français ont balayé du revers de la main. Des Français qui ne semblent plus considérer cette proposition comme étant d’actualité.

En clair, ils demandent un service à la Suisse, mais ne proposent rien en retour. Bien étrange perception de la diplomatie... Pour une raison assez simple: dans une logique «impérialiste», nos sénateurs-enquêteurs n’ont pas le sentiment de demander un service. Dans leur esprit, ils viennent obtenir des informations que nous leur devons... Rien de bien méchant, donc: c’est juste un dû.

Cela m’a fait penser à 2002. Cette année là, deux députés socialistes nous rendaient visite. Ils s’appelaient Vincent Peillon et Arnaud Montebourg. Ils sont aujourd’hui ministres, et... les plus virulents adversaires de la place financière suisse! A l’époque, ils ne faisaient pas semblant d’être gentils. Leurs successeurs ont visiblement changé de style. Soit. Mais ne perdons pas de vue leur objectif: affaiblir la place financière Suisse.

Ne perdons surtout pas de vue que nous sommes dans une négociation. Dure. Comme disent les Américains: «there is no free lunch». Si vous voulez des informations, venez avec des propositions. Et, par pitié, ne nous prenez pas pour des imbéciles...

3 commentaires

  1. Posté par isabelle le

    Non les Français ne vous prennent pas pour des imbéciles. Nos gouvernants oui mais pas le peuple du moins celui qui n’a pas voter pour le PS, LE FRONT DE GAUCHE ou L’UMP.

  2. Posté par Laurent piquet le

    Un sénateur communiste de la région nord …
    Une région que la gauche à mis par terre …
    En attaquant la Suisse …
    Arriveront ils a faire oublier comment ils ont gérés cette région ?
    Monsieur Derder … Faites une enquête sur la région geree par mr Bocquet et les résultats économiques De celle-ci en comparaison nationale .

  3. Posté par Marie-France Oberson le

    Et bien, M. Derder, vous en avez mis du temps à comprendre que les Français nous prennent pour des imbéciles!
    Mais vous savez, ne vous en offusquez pas trop, les Français prennent les habitants de la planète entière pour des imbéciles! Du moment que vous n’êtes pas Français vous êtes un imbécile!
    On l’a vu avec François Hollande qui, roulant des mécaniques pensait que les Allemands et les Chinois allaient voir ce qu’ils allaient voir!
    La France est en mauvaise posture. Elle a besoin d’argent, de beaucoup d’argent surtout après les promesses de leur nouveau président.Alors, elle racle les fonds de tiroirs. Ca ne suffira pas tant les besoins sont grands.Alors,elle met la faute de son incapacité à équilibrer son budget sur les autres, là, en l’occurrence , la Suisse qui se porte effrontément bien alors qu’en dehors du paradis de l’UE, c’est elle qui devrait être au fond du trou; c’est une insulte envers ceux qui avaient prédit ce scénario. La bonne santé de la Suisse démontre que l’on peut très bien se porter en dehors d’une gouvernance supranationale européenne.Il faut donc la faire payer !

    Mais il faut quand même admettre que si la France est ainsi arrogante envers la Suisse, c’est qu’elle connait la faiblesse de nos responsables sous la Coupole, prêts à tout accorder dès qu’un « grand » hausse un peu la voix.
    La première en cause est Mme EWS qui , par sa politique de laver plus blanc que blanc, a affaibli la place financière suisse, en premier lieu en acceptant d’abolir la distinction entre fraude et évasion fiscale, et ce , sans exiger la moindre contrepartie et à tout « donner » avant qu’on lui demande quoi que ce soit!Et je ne parlerais pas de tous ces clients d’UBS qu’elle a « donnés » au fisc américain. Une honte!
    Dès que l’on commence à faire la moindre concession , on est fichu !
    On sait , à l’étranger, que la Suisse , avec sa volonté de se montrer plus blanche que blanche se couche facilement surtout depuis 2009 où une certaine EWS a pris les commandes du département des finances.
    Lire sur le sujet le mensuel « Bilan » du mois de mai avec à sa Une : »Widmer-Sclumpf a-t-elle coulé la Suisse? » « EWS fossoyeuse de la place financière? » « Chronique d’une défaite non négociée »

    Nos voisins seraient bien bêtes de ne pas profiter de notre propre bêtise et de notre manque de courage. Dans le fond , oui, je crois que les Français ont raison de nous prendre pour des imbéciles!Surtout qu’eux mêmes ne se gênent pas d’avoir des paradis fiscaux dans leurs DOM !

    Ceci dit, M. Derder, si j’ai bien suivi votre parcours, vous êtes un farouche opposant à M. Blocher. Vous préférez l’aile molle « PAI » de l’UDC . Ne vous étiez-vous pas « fendu » d’un article dans Le Temps en octobre dernier dans lequel vous prétendiez que Blocher au CF avait été une erreur?Croyez-vous franchement qu’on ait gagné au change avec EWS ? Avec M. Blocher je ne crois pas que la Suisse se serait ainsi couchée ! Mais bon , on a les élus qu’on mérite!

Et vous, qu'en pensez vous ?

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