Catalogne. Carles Puigdemont joue la carte du réalisme politique

Jordi Vives
Journaliste, Rédacteur
Catalogne

En réaffirmant, ce mardi soir, au parlement catalan sa volonté d'établir une république catalane indépendante tout en suspendant son application immédiate, Carles Puigdemont en a surpris plus d'un. Une déclaration d'indépendance implicite pour Madrid, une décision décevante pour les indépendantistes les plus radicaux, les déclarations du président de la Generalitat de Catalunya ne semblent pas satisfaire grand monde. Pourtant, en prenant cette décision, Carles Puigdemont à joué finement dans cette partie d'échec qui oppose Barcelone à Madrid.

Une indépendance immédiate et unilatérale n'était pas envisageable sérieusement

Il faut se rendre à l'évidence, bien que les indépendantistes disposent d'une certaine légitimité après le référendum du 1er octobre où le « Oui à l'indépendance » a obtenu 90 % des suffrages et quelques coups de matraques de la Guardia Civile, le rapport de force laisse Madrid maître de la situation sur le terrain.

Avec à sa disposition 85 000 gardes civils, 66 000 policiers nationaux et 130 000 militaires contre seulement 17 000 Mossos d'Esquadra, l’État espagnol peut aisément décider de reprendre le contrôle de la Catalogne, d'arrêter tous les leaders indépendantistes et de réprimer brutalement les manifestations indépendantistes. Une action répressive qui, de plus, sera légale car prévue dans la constitution espagnole. Les indépendantistes pourraient perdre en quelques semaines ce qu'ils ont gagné en une dizaine d'années.

C'est en connaissance de cause que Carles Puigdemont a décidé de ne pas choisir l'option la plus catastrophique pour la cause indépendantiste. En suspendant les effets de l'indépendance, le gouvernement catalan a probablement évité à la Catalogne de basculer dans une quasi-guerre civile dont les indépendantistes ne pourraient pas sortir vainqueurs.

En optant pour une solution d'apaisement, Barcelone met Madrid devant ses propres responsabilités

Le choix de Carles Puigdemont est donc un acte de réalisme, mais c'est également le moyen de mettre Madrid en difficulté sur le plan politique. En refusant de faire appliquer l'indépendance, l’État espagnol peut difficilement légitimer une répression accrue.

De plus, en appelant Madrid à s’asseoir à la table des négociations, le gouvernement catalan montre ainsi sa volonté d'ouvrir le dialogue. En refusant celui-ci et en continuant dans la voie de la répression, Mariano Rajoy finirait par passer comme un dirigeant extrêmement autoritaire aux yeux de l'opinion publique et de la communauté internationale.

Lassé par une situation qui dure sans qu'aucune solution n'émerge, le Parti socialiste espagnol pourrait arrêter de soutenir la politique du gouvernement, ce qui affaiblirait considérablement la position de Mariano Rajoy dont la gestion de la question catalane est déjà sévèrement critiquée.

En choisissant l'option d'une indépendance différée, Carles Puigdemont fait donc un choix habile, celui de l'apaisement et du dialogue démocratique, et passe ainsi pour celui qui aura évité la guerre. En gagnant du temps et en évitant l'affrontement, il met Madrid en difficulté. Reste à savoir si la coalition indépendantiste sera assez solide pour tenir encore des mois.

Jordi Vives, Les Observateurs

2 commentaires

  1. Posté par Antonio Giovanni le

    « Carles Puigdemont fait donc un choix habile, .. » ? Kesako ?

    Au contraire, il a subitement le sentiment de s’être aventuré trop loin, il ne peut plus reculer, or, avancer le rapprocherait du point fatal de la sédition, le basculant dans le putsch; donc il s’arrête net, feignant la générosité chevaleresque de celui qui laisse à son adversaire le pouvoir d’asséner le coup fatal.

    Rajoy flaire le piège et lui demande « Alors, c’est pour aujourd’hui ou pour demain ? »
    La question désarçonne Puig; il n’a pas encore répondu, car il n’en sait rien lui-même poussé en avant qu’il est par ses acolytes jusqu’au-boutistes. Élémentaire!
    Et s’il le fait ou il se met en opposition de la Constitution ou il perd la face, pris à son propre piège, mon cher Watson!
    Mais répondra-t-il ?

  2. Posté par Gaston Siebesiech le

    Je rêve, si se n’est pas de la déinformation ça!‘ Bien suspect. C‘est le démon de Puig qui la piqué.

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