Les immigrés plus diplômés que les Français ?

Stéphane Montabert
Suisse naturalisé, Conseiller communal UDC, Renens
Montabert_Education_Migrants_CompAutriche

Dans une opération de propagande digne des plus grandes heures de La Pravda, un journaliste du Matin, Jonathan Zalts, se fait l'écho d'un article du Monde sur le niveau d'éducation des migrants. Son article est intitulé "Les immigrés plus diplômés que les Français" - oui, il n'y a pas de point d'interrogation. C'est une affirmation.

L'article n'y va pas par quatre chemins:

Dans son travail intitulé «Le niveau d’instruction des immigrés : varié et souvent plus élevé que dans les pays d’origine» relayé par Le Monde, le chercheur de l'INED (Institut national d’études démographiques) Mathieu Ichou met au jour une théorie bien éloignée de l'image du migrant primitif débarqué en haillons de son canot (sic).

Il révèle ainsi que certains groupes sont généralement plus diplômés que la population française. Par exemple, 37 % des immigrés nés en Roumanie et vivant en France posséderaient selon lui un diplôme de l’enseignement supérieur alors que seulement 27% des Français peuvent se targuer de pareille qualification. Le chercheur indique des chiffres similaires pour d'autres diasporas comme les Chinois, les Vietnamiens ou encore les Polonais. (...)

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La photo d'illustration de l'article montre quelques immigrés roumains,
chinois, vietnamiens ou polonais typiques.

Et de conclure d'un ton rieur:

Une étude qui risque de faire grincer quelques dents du côté du Front National.

A ce stade, on hésite: est-ce un poisson d'avril? Une attaque raciste anti-française? Un troll? Une simple fake news?

Creusons.

Le Monde, tel qu'il est

Le pamphlet du Matin vient d'une publication amie, Le Monde. Le titre de l'article est plus neutre: "Certains groupes d’immigrés sont plus diplômés que la population française en général". Le ton est moins ouvertement polémique. D'ailleurs, le texte comporte quelques précisions dont l'article du Matin ne s'embarrasse pas:

Quelques autres diasporas sont en revanche en dessous de ce taux [de diplôme de l’enseignement supérieur], comme les Tunisiens, dont 21 % ont au moins une licence, ou les Marocains (19 %) et les Algériens (18 %).

On passe donc de "Les immigrés" à "certains groupes d'immigrés, mais pas les Marocains, les Tunisiens ou les Algériens". L'effet est amoindri. Cela n'empêche pas le journaliste du Monde de se livrer au prêche habituel:

En France, le migrant reste, souvent, perçu comme un pauvre hère débarqué en haillons. Cette mythologie s’éloigne pourtant de plus en plus de la sociologie réelle de l’exilé. Même assignés au maniement du balai ou à un poste de vigile, les migrants installés dans l’Hexagone ont souvent des diplômes en poche.

Ah, l'éternel conte du videur de boîte de nuit BAC+5 mais contraint par le destin à se cantonner à de petits boulots... Il est tellement facile de ne pas tenir compte de quelques éléments connexes comme l'équivalence entre les diplômes internationaux ou les besoins réels du marché du travail. Si je reconnais bien volontiers que les immigrés sont parfois mieux formés que les autochtones - j'en suis un parfait exemple - cela ne correspond pas à une généralité, en particulier pour des pays qui ne parviennent pas à appliquer un principe d'immigration choisie.

Et si nous allions examiner cette fameuse étude?

Population & Sociétés, février 2017, par l'INED

L'avantage du monde scientifique est, en général, dans sa transparence. Mathieu Ichou est Chargé de recherche à l'INED. Son article n'apparaît pas (ou peut-être pas encore) dans sa bibliographie. En réalité, le document cité par Le Monde et Le Matin est simplement diffusé dans le numéro de février de la revue mensuelle Population & Sociétés de l'INED, une modeste publication de quatre pages.

La publication contient en fait deux articles. Le premier, de Mathieu Ichou, présente sur deux pages et demie le niveau d'éducation des immigrés en France selon leur origine. Données statistiques à l'appui, il relève que les immigrés sont généralement plus instruits que la plupart des personnes restées dans leur pays de naissance - et non par rapport au pays d'accueil, ce qui n'est pas du tout la même chose.

L'étude statistique souffre malgré tout de quelques faiblesses. Toutes les données datent de 2012, c'est-à-dire aux balbutiements de la guerre en Syrie. Elles ne recouvrent donc absolument pas les populations venues en Europe à la faveur de ce qui sera appelé plus tard la "crise migratoire", et qui modifiera en profondeur le visage de l'immigration en Europe. On peut supposer qu'en 2012 les gouvernements étaient encore à peu près capable d'identifier les immigrés et de saisir leur niveau de formation ; en 2017, les services d'accueil, dépassés, ne savent même plus distinguer les mineurs des adultes.

La seconde faiblesse tient évidemment à la proportion  des différentes populations immigrées elles-mêmes. On peut certes clamer que les immigrés vietnamiens sont en moyenne plus instruits que les Français autochtones, mais quelle est la proportion de ressortissants vietnamiens face aux Algériens, aux Turcs ou aux Sénégalais qui sont, eux, bien moins lotis? En laissant de côté cette dimension essentielle, tancer les gens pour leurs "idées fausses à propos de l'instruction des immigrés" relève de la malhonnêteté intellectuelle.

Le numéro 541 de Population & Sociétés contient un second article d'Anne Goujon. D'une seule page, il a le mérite de présenter des données plus récentes, collectées en 2015 en Autriche. L'article rappelle que les immigrés sont en général des gens plus riches que la moyenne dans leur pays - les plus pauvres n'ayant même pas de quoi voyager - et relie cette richesse à leur niveau d'instruction. Il établit ensuite un tableau de comparaison entre le niveau d'éducation de certaines nationalités et le compare aux Autrichiens:

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Niveaux d'instruction des réfugiés en Autriche, comparé à ceux des Autrichiens
et de la population générale dans les pays d'origine (cliquez pour agrandir)

On notera donc que les populations immigrées de ce panel sont toutes moins bien formées que les Autrichiens, à l'exception d'une seule catégorie, les Irakiens ayant fait des "études post-secondaires". Cette maigre exception reste malgré tout largement sujette à caution: dans un pays tellement plongé dans le chaos qu'il n'est même plus capable d'établir des statistiques d'éducation de sa propre population - alors que même l'Afghanistan y parvient - que valent des "études post-secondaires"? On peut douter du niveau d'enseignement de l'Université de Bagdad depuis la chute de Saddam Hussein il y a quatorze ans...

On peut aussi se demander quelle est la qualité réelle de ces chiffres, sachant que beaucoup d'immigrés illégaux mentent non seulement sur leur origine et leur âge, mais aussi sur leur niveau de formation s'ils pensent pouvoir augmenter ainsi leurs chances d'être accepté.

Quoiqu'il en soit, pour l'essentiel et sans même tenir compte des nombreux biais et erreurs de mesures, les populations immigrées sont en général loin d'avoir le niveau éducatif des habitants des pays occidentaux qu'elles rejoignent.

Retour à la réalité

L'article du Matin représente un cas d'école de la façon dont un travail scientifique est progressivement exagéré et déformé pour finir en manchette outrancière, passant de "les migrants sont mieux formés que leur population d'origine" à "Certains groupes d’immigrés sont plus diplômés que la population française en général" pour finir avec un "Les immigrés [sont] plus diplômés que les Français". Mais combien de gens se seront donné la peine de remonter à la source?

L'analyse statistique donnée par les chercheurs de l'INED entre en conflit direct avec la mesure empirique de la réalité, brutalement rencontrée par l'Allemagne. Ainsi, le Gatestone Institute se fait l'écho de quelques faits contradictoires:

Une enquête réalisée par la Frankfurter Allgemeine Zeitung a révélé que les 30 plus grandes entreprises allemandes ont employé seulement 54 réfugiés, dont 50 ont été embauchés comme coursiers par Deutsche Post, le prestataire logistique. Les dirigeants d'entreprise ont déclaré que le principal problème des migrants est qu'ils n'ont pas de qualifications professionnelles et parlent mal l'allemand.

Selon l'Office fédéral du travail, le niveau d'instruction des migrants récemment arrivés en Allemagne est beaucoup plus faible que prévu : un quart seulement dispose d'un diplôme d'études secondaires, et les trois quarts n'ont aucune qualification. Quatre pour cent seulement des nouveaux arrivants sont hautement qualifiés.

Loin des diplômés universitaires en puissance présentés par les chercheurs de l'INED, la plus grande partie des migrants d'aujourd'hui s'apparente à de pauvres hères à peu près inemployables. Ils n'en sont pas moins dignes de respect, car celui-ci ne se mesure pas en niveau de formation. Mais cela a un impact direct sur leur destin au sein des sociétés occidentales.

Nos économies développées ne laissent plus guère de place à des petits boulots sans qualification pour les éléments les plus faibles de la société - une porte refermée bien avant la crise migratoire. Le niveau éducatif réel des migrants est donc l'enjeu d'une bataille idéologique importante. Sont-ils un atout pour le futur de nos sociétés, ou une charge permanente sur la collectivité?

Les chiffres d'emploi des demandeurs d'asile en Allemagne, en Suède, en Suisse et dans d'autres pays ne poussent guère à l'optimisme. Avec la crise migratoire et sans même aborder les questions de communautarisme ou de criminalité, les Européens ont vraisemblablement fait entrer sur leur sol des populations entières qui resteront à la charge des autochtones toute leur vie, présageant la ruine des mécanismes sociaux.

Admettons par ailleurs que les migrants soient, en moyenne, plus riches et mieux éduqués que la population de leur pays d'origine. Ce n'est pas une meilleure nouvelle. Les diplômés sont abondants en Europe, mais manquent cruellement à la source des flux migratoires au Moyen-Orient et en Afrique. Cette fuite des cerveaux repousse d'autant la capacité des pays d'origine à sortir de la crise et du sous-développement.

Stéphane Montabert - Sur le Web et sur Lesobservateurs.ch, le 16 février 2017

4 commentaires

  1. Posté par Palador le

    Et même s’ils auraient un niveau plus élevé, faut-il en accueillir des centaines de milliers ?
    Les asiatiques ont un QI de 130, c’est parfait on peut en accueillir des millions, et après veut-on voir des bridés à tout les coins de rue ? En Suisse dernièrement les autorités ont du créer des quotas vu le nombre d’ asiatiques élevés à l’école hôtelière. de Lausanne. Le plus drôle des touristes chinois ou Japonais se rendant dans les stations huppée de Suisse se demandant s’il vaut encore la peine de voyager :)

  2. Posté par miranda le

    pourquoi est-il normal de garder un immigrant non qualifié, s’il ne trouve pas de travail au bout d’un an? Doit-il être une année de plus à la charge de la société, alors que la société devra assumer de plus en plus de chômeurs? Pourquoi ne le réintègre-t-on pas dans son pays d’origine? Quel est le but? Parce que ces immigrés « donneront à la nation plus d’enfants que nous n’en « faisons »??? Avec qui? Une autochtone ou un demoiselle qui va immigrer? Ces deux tourtereaux, grâce aux droits-de-l’hommiste pourront aussi faire venir toute la famille en lien direct : papa, maman, petits frères et soeurs. On arrivera facilement à 10 personnes minimum. Toucheront-ils des allocations? Ca va se chiffrer à combien tout ça? Merci les droits de l’homme. Merci l’Europe. Vive la charia, car nos immigrés de ces derniers temps sont pratiquement tous des musulmans. Qui agressent un peu trop souvent les immigrés chrétiens dans les foyers où ils sont hébergés. Vive nos politiques qui créent une situation de « folie ».

  3. Posté par monde-tombé-sur-la-tête le

    Si cette statistique tient compte de tous les francais, y compris les francais de papier, il est normal de conclure que le niveau moyen d’instruction atteint le ras des pâquerettes.
    Le QI moyen des « francais » ayant chuté de 30 points depuis quelques années, des analphabètes absolus obtiennent aujourd’hui sans aucune peine le bac avec mention…
    tout ca n’a évidemment rien à voir avec qui vous savez…

  4. Posté par Bussy le

    Je propose de remplacer ce Jonathan Zalts par un migrant africain, le résultat sera peut-être meilleur et plus honnête !

Et vous, qu'en pensez vous ?

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