12 février: victoires socialistes majeures

Stéphane Montabert
Suisse naturalisé, Conseiller communal UDC, Renens
DrapeauSuisseen MorceauGagnabin

Les votations du 12 février ont donc eu lieu. En plus de divers objets cantonaux, trois objets fédéraux étaient au menu, RIE III, la naturalisation facilitée des étrangers de 3e génération, et le nouveau fonds FORTA pour le financement de nouvelles infrastructures.

Troisième Réforme de l'Imposition des Entreprises (RIE III) - Cette réforme était sans doute le gros morceau de cette journée de votation. Les différents sondages avaient montré que le texte était mal embouché ; la confirmation vint assez tôt avec un rejet plutôt cinglant, 59,1% de Non.

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Seuls quatre cantons l'acceptent, dont Vaud, soutenant fort logiquement une réforme dont il avait approuvé des mesures d'accompagnement soutenues par l'ensemble de l'échiquier politique (dont le PS local... qui fit ensuite campagne contre RIE III. Toujours cohérents, les camarades!)

Si RIE III ne m'inspirait guère d'enthousiasme, je m'étais engagé en faveur du texte: il allait tout de même dans le bon sens, diminuant l'imposition des PME helvétiques tout en accroissant celle des multinationales. Mais surtout, il permettait de maintenir la compétitivité internationale de la Suisse en conformité avec les nouvelles règles de l'OCDE.

Écœuré par les abattements fiscaux que permettait la fameuse "boîte à outils", enfiévré par la gauche qui hurla aux pertes fiscales, emporté par une irritation générale face aux élites implorant de voter Oui, les citoyens suisses choisirent d'exprimer leur colère.

Le résultat est là: RIE III est à la poubelle et la Suisse saute dans l'inconnu. Qu'adviendra-t-il des 24'000 multinationales installées dans le pays, des 150'000 personnes qu'elles emploient et, surtout, des 5 milliards d'impôts qu'elles versent annuellement? Si elles quittent la Suisse, les pertes fiscales seront sans commune mesure avec le manque à gagner de RIE III, sans compter le chômage et les conséquences sur les PME locales.

La victoire socialiste d'aujourd'hui pourrait avoir assez vite un goût de cendres.

Naturalisation facilitée des étrangers de troisième génération (abordée ici): la réforme lancée par la socialiste Ada Marra remporte le suffrage haut la main avec 60,4% de Oui. Différentes variantes de l'objectif étaient depuis longtemps soutenues par une majorité populaire mais quelques cantons alémaniques faisaient obstacle à la double-majorité requise. Seuls six refusèrent aujourd'hui, entraînant de fait l'adoption de la réforme.

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Rompant avec la tradition germanique d'héritage familial, la Suisse ouvre progressivement la voie à une naturalisation selon le droit du sol. Le changement de paradigme est bien réel, puisque ces nouveaux naturalisés ne demanderont plus la vérification de critères d'intégration mesurables, même si cet examen était déjà souvent laxiste.

Les Suisses sont restés sourds au fait que ces immigrés de troisième génération avaient déjà toutes les cartes en main pour se faire naturaliser selon la voie habituelle - excepté la volonté de le faire. En rendant le processus plus facile, la population s'enrichira-t-elle de citoyens plus impliqués?

"Quand le peuple vote mal, il faut changer le peuple" ironisait Bertolt Brecht. Dans une époque où trois quarts des nouveaux Suisses le sont déjà par naturalisation, cette nouvelle réforme aura de profondes conséquences à long terme sur la composition du corps électoral helvétique.

Fonds pour les routes nationales et le trafic d'agglomération (FORTA): avec 62% de Oui, les Suisses ont plébiscité la création d'un fonds routier doté de 3 milliards de francs sur le modèle de celui qui existe déjà pour le rail. Les sondages montrèrent une course en tête tout au long de la campagne et pas un seul canton ne refuse cet objet.

La gauche s'opposait au texte mais avait du mal à convaincre, le retard d'investissement en faveur de la route s'avérant chaque année plus évident. Elle s'élevait contre l'attribution de recettes directement dans un fonds dédié au détriment de la caisse générale de la Confédération, et contre la nouvelle augmentation - jugée trop faible - de 4 centimes par litre d'essence, alors que celle-ci est déjà devenue plus onéreuse qu'en France voisine...

Quelques voix firent entendre au passage que FORTA bénéficierait tout autant aux autres modes de transport routier qu'à la voiture, comme les transports en commun et les vélos. Il reste donc de nombreux moyens de torpiller l'utilisation d'un argent théoriquement dévolu à l'élimination des goulets d'étranglement routiers.

 


 

Finalement, les Vaudois ont accepté à plus de 55% la nouvelle Loi sur la préservation et la promotion du parc locatif (LPPPL), abordée ici, et qui entérine entre autres choses la possibilité de préemption de la plupart des ventes immobilières par les autorités. Outre une nouvelle couche de bureaucratie et un allongement des délais de transaction, les malheureux candidats vaudois à la propriété verront donc éventuellement leurs projets contrecarrés par leur propre administration, selon l'ouverture d'une nouvelle Boîte de Pandore dont nous ne manquerons pas de voir les effets se déployer durant les prochaines années.

 


 

En fin de compte, ce dimanche de votation aura été le signe de plusieurs avancées majeures de la gauche. Sur le plan fiscal, la gauche a déclenché une réforme, puis une crise, et sort finalement victorieuse de l'ensemble ; elle repart avec le beurre et l'argent du beurre, et son influence est désormais telle qu'elle garde même l'initiative sur la future baisse des recettes fiscales consécutive au départ de multinationales. Il sera encore temps de tenter le Grand Chelem en faisant porter le chapeau à la droite - tant qu'on gagne, on rejoue!

Sur le plan de la nationalité, la brèche du droit du sol est enfin ouverte, pour le plus grand plaisir des ennemis du concept de communauté nationale. La possession d'un passeport rouge à croix blanche devient de plus en plus un simple acte administratif coupé de toute volonté de partager le destin d'un peuple ; les "Suisses de papier", déjà fort nombreux, pourront s'accroître mécaniquement avec le temps, amenant sur un plateau de nouvelles victoires à la gauche alors que la société se fragmente en groupes antagonistes dont le seul intérêt est de détourner les ressources de la collectivité à leur profit exclusif.

Entre RIE III et la naturalisation facilitée, la Suisse vient de s'offrir deux crises, une à court terme, une autre à long terme, par le seul biais de ses choix démocratiques. Le peuple helvétique a semble-t-il décidé de s'offrir un avenir contrarié.

Stéphane Montabert  - Sur le Web et sur Lesobservateurs.ch, le 12 février 2017

13 commentaires

  1. Posté par C dans l'air le

    Comme le peuple n’a rien compris à RIE III et à la naturalisation. Il faudrait faire revoter ces deux objets. Et d’ailleurs, il est où le problème? Comme l’immigration de masse que le peuple a acceptée, nos élites ne l’ont pas appliquée. Alors, pourquoi se soucier de ces deux objets, il suffit de ne pas appliquer la décision populaire. La brèche étant ouverte, on peut l’élargir, non ? Ah, zut ! On me dit que l’on ne peut pas entrer dans la faille si facilement et qu’il faut montrer sa carte de membre. La priorité étant accordée aux cartes roses, rouges, bleus, jaunes, pastèques, etc. Faut-il se rappeler que les traîtres se trouvent à l’intérieur de la maison ? Lorsqu’on sait qu’être suissesse ne signifie rien pour une certaine Ada et que son unique dessein est de grossir les rangs d’un parti ou les nouveaux membres se font rares, on comprend mieux son acharnement.

  2. Posté par Cenator le

    RSR1, journal de ce matin: en réalité, il existerait un plan « B », ce serait d’arrimer l’imposition des entreprises sur l’UE!!!
    Bon, les socialistes étaient déjà contre l’initiative, simplement parce que l’UDC était pour. Mais qui sait, peut-être qu’ils ont ça dans leurs tronches malades?

  3. Posté par Economico le

    Ce vote est le résultat de l’échec de la mise en application de l’immigration de masse. L’étau se resserre sur Berne qui va devoir faire le choix entre plaire à sa population vs Bruxelles. Les multinationales sont créatrices de richesses pour les Suisses, comme l’accès au marché unique dont le corollaire est la libre circulation. Au moment où, les libéraux ont pensé que l’affaire était réglée, il se retrouve à la case départ. Ils doivent comprendre qu’il n’y aura pas de prospérité pour la Suisse sans une prospérité pour tous! Economiesuisse doit se remettre en question, ce qui ne semblait pas vraiment être le cas post votation RIEIII! PLR vous ne vous en sortirez pas sans améliorer le taux de participation des suisses à l’économie, sachant que tout le monde sait que le taux de chômage n’est pas une mesure pertinente du marché l’emploi. La guerre des classes est lancée, si vous continuez comme ça on s’achemine vers une situation « perdant-perdant » alors la balle est dans votre camp!

  4. Posté par Philippe le

    RIE 3; ce n’est pas une victoire des socialistes, mais simplement une victoire du bon sens. Les sorties doivent correspondre aux entrées. Un ménage « normal » est bien obligé de vivre selon ce principe.

  5. Posté par Yolande C.H. le

    On sait que la stabilité de la Suisse tient à cette trame décisionnelle à trois étages, partant de la commune, puis à l’état-canton, une partie congrue étant du ressort de la Confédération. Le citoyen, comme son nom l’indique est d’abord membre d’une cité qui, elle, fait partie d’un des 23 états indépendants.
    La petite réformette constitutionnelle d’Ada Marra ? Elle inverse purement et simplement la direction, donnant à l’administration fédérale (à des fonctionnaires donc) le pouvoir de décision! Une marche vers la centralisation, seul modèle concevable par la grande majorité des résidents étrangers, avec Berne comme centre de décision. Et l’idéologie économique, qui est tout sauf garant de paix, lui a donné la victoire.
    Elle affirme que les étrangers avec les suisses ont construit la Suisse. Mais les bâtiments, les routes, les ponts, on en trouve partout sur cette planète. Les étrangers n’ont pas contribué à construire cette Confédération d’états, même pas Napoléon qui a eu l’intelligence de ne pas détruire ce système.

  6. Posté par Baron d'Bobard le

    Bien, la Suisse accélère sa transformation en camp humanitaire géant et assure (très provisoirement) son financement. Par contre sur long-terme …

  7. Posté par Yolande C.H. le

    La corde se resserre inexorablement autour du cou de la Suisse.

    Avec une augmentation constante de la population pour laquelle il faut trouver des financements afin d’élargir les infrastructures (logements si possible subventionnés, écoles, transports, routes, rails, hôpitaux, administration), assurer un encadrement pour les aider à s’adapter, ce qui nécessite de favoriser l’implantation d’entreprises dont une partie non négligeable ne paie pas d’impôts du fait qu’elles ne font pas de bénéfices, et ces nouveaux venus qui disent ne pas pouvoir travailler pas parce qu’on ne leur donne pas d’emploi, avec une évolution pareille où le nombre d’assistés ne fait qu’augmenter, sans parler des transferts d’argent des diasporas qui favorisent le PIB du pays d’origine, où l’économie grise prend son envol, on se demande bien ce qu’il adviendra de ce pays mis en plus sous pression de l’UE avec mesures de rétorsion à l’appui.
    Notre système n’a pu fonctionner que sur un rapport de confiance de bonne qualité basée sur l’union communautaire. C’est fini, puisqu’il faut de plus en plus contrôler, surveiller, protéger, enquêter, juger, induisant des coûts qui vont devenir insupportables.

  8. Posté par Gaston Siebesiech le

    La Suisse suivra t’elle le modèle Australien, deviendrons- nous des arborigènes d’Europe centrale?! Souvenons-nous de qui les anglais se débarassaient en Australie!
    L’histoire ne ment pas.

  9. Posté par Bussy le

    Concernant l’immigration, plus on tarde à régler certains problèmes, plus la solution sera douloureuse et violente dans quelques années.
    En plus, ce résultat va bien sûr donner à penser à certains qu’ils sont les bienvenus, et ces derniers vont avec plaisir augmenter leur pression pour que la société suisse s’adapte à eux…. et un jour ou l’autre, même les socialistes se rendront compte qu’il y a un gros et grave problème… mais pour le moment, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil !

  10. Posté par Le Taz le

    Ces traitres de gauchistes sont en train de détruire notre pays !

    Deux constations : 1. Les médias sont encore très influents dans notre pays. 2. Les suisses se laissent très facilement manipuler.

    Concernant la RIE III, le peuple a été très mal informé sur le sujet. Les médias ont beaucoup donné la parole à la gauche sur le sujet et il faut le reconnaitre, la gauche a été plus convaincante que la droite, en utilisant la peur des classes moyennes. Je m’interroge sur l’effet des menaces de l’UE en cas de rejet de la RIE III, en effet, bon nombre de suisses, dont moi le premier, en ont marre de la dictature de Bruxelles qui menace, exige et n’a de cesse de s’immiscer dans les affaires d’un pays souverain. Ce ras-le-bol de Bruxelles n’aurait-il pas pesé sur le vote des suisses ???

  11. Posté par Alain le

    Les Suisses ne réalisent pas maintenant la portée du vote (influencé par cette gauche pro-islam et pour le grand remplacement) sur la naturalisation facilitée.

  12. Posté par Lopez le

    Il n’y a plus qu’à enclencher le processus de désarmement des (vrais) confédérés, et la disparition de notre culture sera irréversible. Ainsi les suppôts de Bruxelles auront atteint leurs objectifs prioritaires, à savoir le métissage à outrance et la neutralisation des (vrais) confédérés restants…

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