Les médias piégés par les « Fake News »

Stéphane Montabert
Suisse naturalisé, Conseiller communal UDC, Renens
TrumpAvecDrapeauxUSA

donald-trump-premiere-conference.jpgAprès que les médias américains soient tombés dans le panneau du "dossier russe", on aurait pu attendre un minimum de circonspection de la part des médias européens, dont romands. Mais non! Le Matin s'engouffra dans la brèche, dès l'aube il est vrai. Les journalistes d'investigation ont toujours un peu de mal à se réveiller. Mais il fut suivi, et c'est beaucoup plus grave, de la RTS dans son journal du soir traitant de la première conférence de presse du président élu Donald Trump, alors que les rédactions avaient pourtant toute la journée pour découvrir qu'elles étaient menées en bateau, ce que les Américains savaient déjà depuis longtemps.

Les coupables de fausses nouvelles se livreront-ils finalement à un démenti? Le grand public gobera-t-il sans broncher des allégations tellement grotesques que leur simple teneur devrait faire hausser le sourcil de tout observateur doté d'un esprit critique? Trop tôt pour le dire. Mais reprenons depuis le début. Le énième scandale autour du Président Trump promet d'être de gros calibre: les Russes (toujours les Russes...) disposeraient d'informations très compromettantes sur M. Trump. Format télévisé oblige, le 19h30 est contraint de donner un résumé succinct de l'affaire:

Le coup de tonnerre est parti des plateaux de CNN, une chaîne qui affirme que la Russie détient des dossiers plutôt compromettants sur le président élu, liens avec le Kremlin, informations financières sur le milliardaire, et même une vidéo montrant Donald Trump en plein ébat sexuel osé avec des prostituées dans un hôtel de Moscou.

"Des allégations qui provoquent la colère du principal intéressé", poursuit le journaliste. On le serait à moins: tout est faux.

Remonter la piste

Passons rapidement sur certains détails: le scoop n'est pas originaire de CNN mais de BuzzFeed, un site d'information basé à New York et se définissant comme un "laboratoire viral". L'épidémie a bien pris, pour le moins. Comme le rapporte Le Monde :

“BuzzFeed News” publie le document dans son intégralité pour que les Américains puissent se faire une idée par eux-mêmes sur les accusations concernant le président élu qui circulent depuis quelque temps au plus haut niveau du gouvernement américain.

De quel document s'agit-il? D'un dossier de 35 pages consacré aux prétendues relations entre Donald Trump et la Russie. Ce dossier émane des services secrets américains. Il est authentique. Il mentionne divers liens entre Trump et la Russie dont des façons dont les Russes pourraient faire chanter le président avec des informations compromettantes. Il "circule" depuis quelques temps entre les différents services de plusieurs agences de renseignement américaines, au point qu'un journaliste de BuzzFeed, Ben Smith, a pu mettre la main dessus.

Fidèle à la ligne de conduite du site, le document est mis en ligne. Mais comme le précise Le Monde, il s'agit d'informations "explosives mais non recoupées": le dossier n'est pas validé. C'est un document de travail qui n'a pas vocation à être public, et qui contient des informations dont la véracité n'a pas pu être vérifiée. Qu'importe! Les "Américains se feront une idée par eux-mêmes", lance BuzzFeed.

benSmith_tweet.jpg
Le tweet de Ben Smith de BuzzFeed, appelant les lecteurs à faire preuve de circonspection.
(cliquez pour agrandir)

Les informations sont reprises tantôt par tous les grands réseaux, CNN étant une des premières chaînes à ouvrir le bal. Les maigres garde-fous mentionnés par BuzzFeed sont jetés aux orties - une charge anti-Trump pareille ne peut pas attendre.

Et tous les médias, comme un seul homme, plongent dans le précipice...

Aux racines du canular

Comme souvent, Internet est bien plus rapide que les professionnels de l'information. Alors que les rédactions en sont encore à se demander comment elles pourront donner un maximum d'impact à ces révélations salaces, des internautes s'interrogent face à des détails croustillants et invraisemblables ("Au cours d'une orgie à Moscou Donald Trump aurait fait uriner des prostituées sur le lit où aurait dormi Barack Obama lorsqu'il était venu dans la capitale russe" - le tout filmé, bien évidemment) qui leur rappellent une histoire évoquée sur le forum 4chan quelques mois plus tôt.

Pour ceux qui l'ignorent, 4chan est selon Wikipedia un forum anonyme anglophone, constitué d'un réseau de diffusion d'images. Remontant aux débuts anarchiques d'Internet, il ne connaît quasiment pas de modération, ce qui en fait un joyeux bazar où "le pire côtoie le meilleur", d'autant plus que les utilisateurs ne sont absolument pas identifiés ni identifiables. Émanation de cette culture, le mouvement Anonymous serait d'ailleurs né sur le site.

Des conversations mentionnent même l'auteur (anonymisé) du délire de départ sur le canal /pol/acks:

4chan_sextape_orgy.jpg(cliquez pour agrandir)

- Alors ils ont pris ce que j'ai raconté à Rick Wilson et ils ont rajouté une sauce d'espionnage russe par-dessus. Ils y croient encore. Les gars, je crois qu'ils sont putain de désespérés - il n'y a plus le moindre scandale sur Trump qui soit encore crédible.
- C'est cette histoire de sextape d'une orgie? Comment qui que ce soit peut même croire un truc pareil?

Notez la date: le premier novembre 2016. Déjà à l'époque 4chan discutait d'une histoire rocambolesque inventée par un contributeur du site et s'étonnant qu'on le prenne au sérieux. Il n'imaginait pas l'ampleur que prendrait le fantasque récit issu de son imagination enfiévrée...

Autopsie d'une montée en puissance

La discussion du premier novembre évoque un homme, Rick Wilson. Rick Wilson est un consultant du Parti Républicain. Néo-conservateur, il affiche fièrement son hashtag #NeverTrump sur Twitter. Et surtout, il prend comme argent comptant la fable qu'un compère anonyme de 4chan, apparemment anti-Trump lui aussi, lui a inventé pour lui faire plaisir.

Mais l'affaire s'emballe lorsque Rick Wilson fait part de cette histoire à un proche, accessoirement ancien officier du renseignement, Evan McMullin. M. McMullin est lui aussi néo-conservateur et tout aussi opposé à Trump, utilisant lui aussi le hashtag #NeverTrump. Il est également anti-Russe, ça ne mange pas de pain dans ce milieu. Tous les ingrédients de l'histoire sont en place.

Le dossier passe ainsi de mains en mains, augmenté à chaque étape. Le gros du travail est écrit par un ex-agent du MI6 britannique, Christopher Steele, directeur of d'une société de "business intelligence" basée à Londres (et accessoirement homonyme d'un acteur porno gay, ça ne s'invente pas...)

Alors que son "dossier" se constitue peu à peu M. Steele décide d'en informer un responsable politique. Et qui de mieux que John McCain, un des républicains les plus opposés à Trump? Néo-conservateur, anti-Trump et anti-Russe, il semble l'interlocuteur parfait pour amener le dossier dans les sphères du gouvernement. Sitôt dit, sitôt fait.

Avec entre les mains une bombe qui concrétise ses fantasmes anti-Trump les plus fous, le sénateur John McCain hésite peu avant de transmettre le dossier aux agences de renseignement américaines avec lesquelles il partage des liens. L'information commence à circuler entre les différents groupes de travail officiels. Mais sans que le moindre recoupement ne soit effectué (qui montrerait entre autres choses que les dates et les lieux ne correspondent absolument pas à la présence des protagonistes sur sol russe, encore moins dans l'hôtel dont il est question) le dossier contamine d'autres documents secrets composés en urgence, comme l'implication des Russes dans l'élection américaine, puis "fuite" évidemment en intégralité vers des journalistes amis de BuzzFeed... Lesquels s'empressent de répandre l'information sur leur site.

Si ça vient des services de renseignement cela vaut la peine d'être publié, n'est-ce pas? Les Américains seront seuls juges...

Un aveuglement consternant

Depuis une journée, les médias du monde entier s'empêtrent dans leur propre désinformation en diffusant un scandale monté de toute pièce contre Donald Trump. Le soufflé promet de retomber assez vite (sauf chez les individus les plus lobotomisés) mais l'affaire est tout bonnement affligeante, considérant la récente campagne lancée comme un seul homme par tous les médias pour lutter contre les "fausses nouvelles". Et quid de tous les médias européens qui ont repris l'information comme un seul homme alors que hier soir déjà - heure européenne - la baudruche avait éclaté?

La recherche de l'audience mêlée à une inextinguible soif de scandale anti-Trump aura fini d'emporter le peu de crédibilité qu'il restait encore à nos médias. Comme le résume tristement un autre utilisateur de 4chan en fournissant les numéros de messages de toute l'histoire:

4chan_conclusion.jpgRécapitulons ce qui est arrivé:
- /pol/acks envoya par mail une fiction à l'éditorialiste anti-Trump Rick Wilson à propos de Trump faisant pisser des gens sur un lit dans lequel avait dormi Obama
- Il a pensé que c'était vrai et l'a donné à la CIA
- L'Agence Centrale de Renseignement des États-Unis d'Amérique mit cela dans son rapport de renseignement classifié sur l'implication russe dans les élections
- Donald Trump et Barack Obama ont tous deux lu cette fiction de /pol/acks
- La CIA a conclu que les Russes envisageaient de faire chanter Trump avec cette histoire que nous avons inventé
Laissons tout cela couler dans ce que nous sommes devenus

Donald Trump aura une tâche ardue: dans son combat pour remettre l'Amérique sur les rails, il devra aussi sérieusement nettoyer des services de renseignement visiblement en roue libre, sans parler de ses "amis" du Parti Républicain. Les médias, eux, semblent au-delà de tout espoir.

Stéphane Montabert - Sur le Web et sur Lesobservateurs.ch, le 11 janvier 2017

12 commentaires

  1. Posté par aldo le

    Les médias piégés par les « Fake News ». Elle est bien bonne, les médias baîllonnés par les subventions locales et leurs mandants mondialistes tels la Cia (voir Udo Ulfkotte) ont volontairement saisi cette opportunité Fake News pour continuer de verser des torrents de boues sur le candidat, puis l’élu Trump. Ce sont des socialo-islamo-fascistes du parti Démocrate qui mènent ce bal, parce que non seulement ils sont en train de perdre leurs privilèges indus, mais en plus leur château de cartes mensongères éclate de partout. Et l’argent volé aux peuples qui veulent se libérer se fait de plus en plus rare, tellement il y a de voleurs sous ces étiquettes. Le bon moment sera quand ils vont se bouffer le nez, et déballer toutes leurs compromissions et autres conspirations.

  2. Posté par pimpon47 le

    Et pour ceux qui ne l’ont pas encore lu cette démonstration de la mainmise de la presse hexagonale par la grande finance et ne pas oublier l’aide gouvernementale officielle, ce qui permet à certains organes de presse de survivre. il faut lira absolument La France Big Brother, de Laurent Obertone, Paris, Éditions Ring,

  3. Posté par Alain le

    « D. Trump est méchant, la Russie est méchante, entre-deux une histoire de sexe. On peut y aller, on y va, cela fait le buzz, cela fait mal, c’est faux c’est pas grave » J.-Y. le Gallou

  4. Posté par Don Aldo le

    Comme dit Yolande actuellement ds les média tout est faux. Le règne du faux prophète est arrivé. Rochebin le visqueux peut mentir quotidiennement à ses ouailles, sans risque de sanction aucune. Dans ce monde s’entend. Le + incroyable, les presstitués mentent ac un tel aplomb qu’ils croient que leur mensonge c’ est la réalité. Avec l’élection de The Donald ils sont passés dans la 4ème dimension. Imaginer que le canard boîteux faisant office de pdt en France n’ait prévu qu’un discours de félicitation pour Killary (il pourra le ressortir quand elle intègrera Xing-Xing) alors qu’il y a en France moult analystes, journalistes, services de rens, intellos de gôche et droite et le couillon de l’Elysée n’était pas informé xe ce qui était en train de se passer dans le monde REEL?!

  5. Posté par Yolande C.H. le

    C’est cela qui sape l’état de droit: faux papiers, faux passeports, fausse identité, faux liens familiaux, fausse date de naissance, fausse monnaie, fausses déclarations, faux diplômes, faux certificats, fausses certifications, « faux musulmans » (par rapport aux vrais, mais qui sont-ils ?), fausses informations, fausses nouvelles, contrefaçons, frelatage, faux policiers, faux médecins, accords à géométrie variable, etc. : tout cela pour avoir droit (volonté de s’enrichir) ou avoir des droits que seuls les états de droit ont pu mettre en place. Le mensonge et l’imposture détruisent tout sur leur passage.

  6. Posté par Vieuxpirate le

    C est impressionant le pouvoir de l empire sur les medias, jusqu en suisse romande. Avec tous ces soldats envoyes aux frontiere russes ca sent pad bon du tout. Soros Clinton Mc cain et co sont en mode panique les amis. Quant aux journalistes on sait qu ils ecrivent ce qu on leur dit d ecrire.

  7. Posté par Aude le

    Voilà où Ils en sont…..dans la fange…..et avec le téléphone arabe….vous savez..celui qui déforme de plus en plus à chaque intervenant…..
    Je pense qu’il serait temps d’établir une loi qui destituerait de la profession tout journaliste ou éditeur de journal procédant d’une manière aussi cynique et grotesque…en vue de détruire une personne sur un plan économique ou politique….
    Comment peut-on encore parler de « liberté de la presse » quand cette presse diffuse de fausses informations ou dont les sources sont douteuses….
    De simples condamnations ou amendes ne suffieront plus à stopper leurs sales besognes…mais l’interdiction de pratiquer garderait la langue au chaud à d’aucuns….
    À chaque fausse nouvelle…le discrédit augmente encore et encore…et se retourne invariablement sur ces propagateurs….jusqu’au jour où la boite ferme faute de lecteurs….
    En Amérique, ces sales types continueront encore leur boulot digne des caniveaux….envers D.Trump mais ils auront à faire à plus fort qu’eux…..
    Car derrière toutes ces répugnantes histoires…je ne serais pas étonnée que le NOM agit en sous-bassement…..
    La grande presse, en Europe, ferait bien d’être sur ses gardes car elle sera un jour ou l’autre dans la tourmente….qui peut lui coûter fort chère….
    Ce quatrième pouvoir…qui en fait se veut le premier pouvoir…démontre le niveau de bassesse dans lequel ils sont tombés….leur arrogance n’a plus de limite….
    A l’instar de la grenouille et du bœuf…dans la fable de la Fontaine….ils éclateront de leur suffisance!!!

  8. Posté par Marie-France Oberson le

    J’ai déjà posté le lien suivant dans un autre billet, mais je le re-poste ici pour ceux qui ne seraient pas allés sur ledit billet:

    http://www.zeit-fragen.ch/fr/ausgaben/2017/nr-1-3-januar-2017/die-behauptung-russische-hacker-haetten-die-us-wahl-beeinflusst-ist-nicht-haltbar.html

    Prétendre que des hackers russes auraient influencé les élections américaines n’est pas tenable
    Prise de position d’anciens spécialistes des services secrets américains

  9. Posté par Bussy le

    Il semble que « l’affaire » ait été propulsée par des néo-conservateurs américains : ça ne gêne pas nos journalistes du Matin, du Temps et de la RTS de rouler pour les néo-conservateurs américains ?
    Moi, ça me serait insupportable et pourtant je ne fais pas partie des zélites bien-pensantes, c’est dire !

  10. Posté par NATALL le

    Ce qui est inouï, c’est de constater que les journalistes n’ont aucun compte à rendre, quel que soit leur parti pris, leur propagande. Spécialement bien sûr, ceux du service public, en France, les chaines de Radio-France sont un scandale de tous les jours. Beppe Grillo, en Italie propose des tribunaux populaires pour ceux-ci.

  11. Posté par Big Bratwurst le

    Génial. Comment les ploucs des médias romands pourraient-ils suivre une affaire de ce genre puisqu’ils ne prennent jamais leurs infos à la source?

  12. Posté par aldo le

    Que signifient ces fausses nouvelles dont le but apparent vise à salir systématiquement Donald Trump comme durant toute la campagne présidentielle ? A part lui tricoter une image insultante, il y a là derrière une volonté de salir l’adversaire pour minimiser la portée des ses futures révélations contre les fourbes du camp Clinton-Obama. Ils aboient avant d’être mordus, parce qu’ils sont absolument certains que leurs trahisons vont sortir au grand jour et qu’ils seront traduits en justice comme l’avais promis Donald Trump durant la campagne.

    Et toutes ces révélations pourraient-elles être attribuées aux vilains Russes ? Souvenons-nous que la Clinton n’a pas utilisé les boîtes e-mails sécurisées par les services secrets, pour la raison bien simple qu’elle trahissait l’Amérique au profit de l’islam et des islamistes. Or c’est justement pour cacher ses trahisons à la vue des services secrets qu’elle a utilisé des serveurs non sécurisés. Malheureusement, non sécurisé signifie que des hackers russes ou pas russes étaient à l’affut. Et là, le camp Clinton brûle ses dernières cartouches aux allures de pétards mouillés.

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