Revue de presse octobre 2016 : D’estoc et de taille

David l’Epée
Philosophe, journaliste
Revue de Presse

 

Après quatre premiers épisodes de ma revue de presse ayant couvert tout le mois de septembre, je me suis arrêté un mois pour reprendre un peu mon souffle, réalisant que l’engagement que j’avais pris auprès des lecteurs des Observateurs.ch était tout de même un peu trop chronophage pour le peu de temps libre que j’avais prévu d’y consacrer. Les réactions à cette nouvelle rubrique étant toutefois positifs et les commentaires que vous avez eu la gentillesse de me laisser très encourageants, j’ai décidé poursuivre sur ma lancée mais sous une forme un peu moins contraignante : D’estoc et de taille ne sera désormais plus hebdomadaire mais mensuel et j’essaierai, à chaque début de mois, de proposer une petite anthologie de ce qui a retenu mon attention dans les médias au cours du mois précédent. Je souhaite également étendre l’exercice en ne me cantonnant pas au décryptage des médias traditionnels (presse, radio et télévision) mais en y incluant certains médias en ligne ainsi que les réseaux sociaux, sur lesquels circulent de nombreuses informations susceptibles de nous intéresser. Je ne manquerai pas non plus de temps à autre de me référer à certaines manifestations, notamment culturelles, qui émaillent l’actualité romande et qui méritent qu’on s’y arrête.

 

1er octobre : Le train pour les réfugiés et le métro pour Arielle Dombasle

Feuilletant un exemplaire du 20 Minutes de l’avant-veille, j’y apprends que les CFF vont étendre leur programme de formation professionnelle à destination des réfugiés, des étrangers admis provisoirement et des requérants d’asile. Humanistes les CFF ? Ce serait oublier – et l’article se garde bien de le rappeler – qu’ils lancent cette action juste après avoir licencié 1400 salariés. Préférence allogène ? Les autres avant les nôtres ? Mais oui, et plutôt deux fois qu’une, tant que ça peut réduire la masse salariale ! Le directeur des CFF, lui, continue de toucher un revenu supérieur à celui d’un conseiller fédéral… Nous aurions mieux fait d’y réfléchir à deux fois avant de refuser, le 5 juin dernier, l’initiative sur le service public !

En cuisinant, j’écoute un moment RTL et tombe sur Les Grosses têtes, l’ancienne émission humoristique de Philippe Bouvard, reprise désormais par Laurent Ruquier. J’y entends Arielle Dombasle expliquer qu’elle n’a jamais mis les pieds dans le métro depuis vingt-deux ans ni n’est jamais allée chez Auchan mais que l’idée lui plairait beaucoup. A Ruquier qui lui demande pourquoi elle n’y est jamais allée, elle répond que l’occasion ne s’est jamais présentée. Rappelons à toutes fins utiles que son compagnon (le « philosophe » Bernard-Henri Lévy) est l’auteur de Ce grand cadavre à la renverse (Grasset, 2007), un livre prétendant redéfinir ce que signifie être de gauche aujourd’hui. Le message est bien passé, merci.

 

4 octobre : Cette idéologie qui est censée ne pas exister…

Bérénice Levet, auteur il y a deux ans d’un brillant essai intitulé La théorie du genre ou le monde rêvé des anges (Grasset, 2014) et qui est à ma connaissance le meilleur ouvrage de critique philosophique portant sur cette idéologie dans la sphère francophone, est interviewée sur Figarovox. « La rébellion contre le donné naturel et le consentement comme fondement de la légitimité définissent le projet moderne, explique-t-elle. Le Genre [écrit ainsi avec une majuscule, il ne désigne pas le genre en soi mais l’idéologie qui s’en réclame] travaille à disqualifier les représentations du masculin et du féminin qui sont des significations partagées, héritées, et qui cimentent une société. […] Le Genre se veut notre nouvel Evangile, il vient nous annoncer la bonne nouvelle que les identités sexuées et sexuelles n’étant que des constructions, elles peuvent être déconstruites. L’enseigner dans les établissements scolaires, c’est fabriquer une armée de soldats de la déconstruction. » Mais ne craignez rien pour vos enfants, amis Français, car comme l’a dit et répété Najat Vallaud-Belkacem, cette idéologie n’existe pas…

 

5 octobre : Charlotte apprend à lire

Je lis depuis quelques jours le livre que Michel Onfray a récemment consacré aux grandes figures, girondines essentiellement, de la Révolution française (La Force du sexe faible : contre-histoire de la Révolution française, Autrement, 2016). Il écrit ceci, p.105, au sujet de Charlotte Corday, qui allait par la suite assassiner Jean-Paul Marat : « A huit ans, Charlotte n’a pas appris à lire et à écrire, ce qui sera chose faite après qu’elle eut été placée chez son oncle curé. C’est à cette époque que l’abbé lui faire lire Corneille. » Ainsi donc, la petite était analphabète à huit ans, et à peine a-t-elle commencé à s’instruire qu’elle se plonge déjà dans Le Cid et Horace ! Aujourd’hui, on apprend des rudiments de lecture à nos enfants dès l’âge de cinq ans et, durant les dix années suivantes, on leur fait potasser l’œuvre complète de Oui-Oui, de Jojo Lapin et de Max & Lili. C’est là un genre de comparaison qui donnerait presque envie d’envoyer ses gamins chez un curé !

 

6 octobre : Un festival de cinéma africain injustement méconnu

Je profite du Festival du film d’Afrique et de la diaspora, qui a lieu cette année au théâtre du Pommier à Neuchâtel, pour partir à la découverte d’une cinématographie que je connais peu. La première projection à laquelle je souhaite me rendre est annulée car je me trouve être le seul spectateur… La seconde a heureusement lieu, bien que nous ne soyons que sept (la faute, à mon avis, à une publicité réduite au minimum, soit quelques affiches collées en ville, et une présence presque inexistante sur internet). Je ne suis toutefois pas déçu du déplacement en découvrant No Time to Die (King Ampaw, Ghana, 2006), une comédie romantique dont le héros est un croque-mort  et dans laquelle le kitsch le plus outré alterne avec la tradition. La superstition et le sens du sacré côtoient à tous moments une certaine trivialité qui ne lasse pas de surprendre le spectateur occidental. Les corbillards brinqueballent sur des chemins de campagne accidentés et rentabilisent le trajet du retour du cimetière en transportant des troupeaux de chèvres, tandis que tout se marchande, même le prix des enterrements, et que tout se compte en millions de la monnaie locale et se paie en épaisses liasses. Les maris cuisinent à leurs épouses de la viande de coupe-herbe (une sorte de castor africain) pour s’assurer de leur fidélité et on fait boire aux beaux-pères du schnaps volé dans un cercueil pour faire tomber leurs réticences. Les aveugles prédisent l’avenir, les sorciers jettent des sorts et les morts ressuscitent parfois, mais seulement pour effrayer les personnages et faire rire les spectateurs. Une expérience dépaysante qui montre que l’humour, en dépit souvent de ses connotations culturelles particulières, demeure une affaire très contagieuse et que le cinéma comique africain nous réserve souvent de belles surprises.

 

10 octobre : Concernant les migrants, vous êtes plutôt pour ou plutôt pour ?

La copie d’une page d’un manuel français d’histoire-géographie tourne depuis quelques jours sur les réseaux sociaux. Tirée du manuel d’EMC Cycle 4 (4e Magnard, 2016, p.74), la page, qui s’inscrit dans un module intitulé Parcours citoyen, pose la question suivante à l’élève : « Que pensez-vous de l’arrivée des migrants en France ? » Le but de l’exercice, est-il précisé, est de « trouver des arguments pour débattre et défendre son point de vue à l’oral ». L’élève peut, pour cela, choisir entre trois personnages : un(e) réfugié(e) afghane (« racontez votre vie dans les camps d’accueil »), le maire d’une commune prête à accueillir des réfugiés (« racontez votre position et ses conséquences ») ou Pierre Henry, directeur de l’association Terre d’asile (« Expliquez les raisons de votre combat »). L’élève dispose donc de trois argumentaires différents pour dire… qu’il est favorable à l’arrivée des migrants en France. Car l’école française aime la diversité, toutes les diversités – sauf la diversité d’opinions bien sûr, il ne faut pas exagérer.

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14 octobre : Du plaisir de manger un papet sous le portrait du Général Guisan

Dans les pages Débats du Temps, Julien Sansonnens, romancier et membre du POP, livre une tribune très persuasive dans laquelle il déplore que l’ancien Buffet de la gare de Lausanne ait été remplacé par un self-service végétarien. Regrettant la diminution du personnel (du fait du self-service) et l’augmentation des prix des repas (ce qui réduira drastiquement la diversité sociale de la clientèle), il ne mâche pas ses mots et replace cette affaire dans un contexte plus général : « Il faudrait faire le procès de cette diversité dont se gargarisent les tenants du progrès frelaté, eux qui n’apprécient rien de plus que de se retrouver hermétiquement entre soi : qu’on pénètre dans n’importe lequel de ces lounges prétentieux qui ont remplacé les derniers bistrots populaires, qu’on franchisse la porte de n’importe lequel de ces brunch-du-dimanche, et l’on ne peut être que frappé par l’homogénéité de la clientèle qui s’y autocélèbre : urbaine, éduquée et aisée. Soyons clairs : le Buffet de la gare était condamné, tant le décalage avec l’époque et ses idéologies devenait patent. […] L’endroit suait la tradition et le patrimoine par tous les pores de ses parois boisées. On s’y souvenait de l’histoire, on y célébrait, non sans distance, une certaine vaudoiseté (le portrait du Général Guisan, le papet…) devenue inconvenante en période d’orgie mondialiste et de libéralisation des marchés. […] L’idéologie dominante réserve, je crois, l’adjectif “rance” à cet attachement du peuple à son passé. » Sansonnens pointe là quelque chose d’exact, il ne s’agit pas d’une simple transition d’une cuisine omnivore à une cuisine végétarienne mais bien d’une « boboïsation » de notre environnement social, qui porte en lui, à l’état latent, un projet idéologique bien précis et contre lequel il convient de lutter pied à pied.

Dans La Nation, Félicien Monnier revient sur le vote par le Conseil national, le 21 septembre dernier, de la loi d’application complètement biaisée de l’initiative contre l’immigration de masse. « Cette date risque fort de rester dans les mémoires comme le jour où le Parlement a, en pleine conscience, violé la Constitution fédérale » écrit-il. Revenant sur les déclarations à la tribune de Cesla Amarelle, rapporteur de la commission des institutions politiques (CIP), il démonte point par point les sophismes auxquels elle s’est livrée et nous apporte la démonstration imparable du caractère fallacieux de ce tour de passe-passe qui s’est joué ce jour-là à Berne. « L’une des forces de la démocratie directe est de faire du Parlement un exécutant du souverain, écrit-il. Le 21 septembre, en suivant une argumentation juridique rejetant l’idée même de liberté politique, le Conseil national a violé cette confiance. » Toutefois, loin d’accorder un blanc-seing aux initiants de l’UDC qui, suite à cette forfaiture, jouent une fois encore les martyrs, Félicien Monnier les renvoie eux aussi à leurs responsabilités : « Nous aurions pu attendre de l’UDC qu’elle offre un projet concret d’application de son initiative du 9 février. Il n’en fut rien. […] Leur manque d’enthousiasme, le soir du 9 février, nous a parfois inspiré quelques doutes quant aux objectifs réels de l’initiative. » Il est en effet fort probable que l’initiative contre l’immigration de masse, comme bien d’autres (je pense par exemple à celle sur le Cassis de Dijon), ait plus profité à l’UDC comme argument de campagne, faire-valoir, posture patriotique et populiste, que comme application politique concrète, à laquelle nos champions de l’opposition auraient peut-être été, en leur for intérieur, beaucoup moins favorables… Méfiance !

Dans Marianne, on peut lire ceci au sujet de Denis Tilliniac : « Commencer comme confident de Chirac et finir dans le halo de la petite-fille de Le Pen apparaît au bas mot comme une erreur de trajectoire. » C’est vrai que ce n’est pas particulièrement glorieux, mais il aurait pu faire pire : il aurait pu faire l’inverse.

 

19 octobre : Quand l’exécutif neuchâtelois sponsorise la campagne électorale du PS…

Les socialistes neuchâtelois semblent une fois encore confondre la voix de l’exécutif communal et celle du PS. Vivre la ville, l’hebdomadaire de la ville de Neuchâtel financé par le contribuable et envoyé « gratuitement » à tous les ménages de la commune, s’ouvre aujourd’hui sur un éditorial signé Olivier Arni, élu PS et directeur de l’urbanisme, de l’économie et de l’environnement, intitulé Une énergie positive pour Neuchâtel ! Extrait : « Mon engagement repose sur la volonté d’apporter un souffle positif, basé sur les valeurs de respect et de liberté. Je privilégie le dialogue et l’action, tout en favorisant la participation la plus large possible des citoyennes et des citoyens à la vie et au développement de notre ville, Neuchâtel. Mon vœu est de contribuer à faire vivre une démocratie vivante et innovante, riche de la diversité de ses membres et de leurs qualités. Amoureux de Neuchâtel et citoyen du monde, je suis résolument prêt à poursuivre ma mission, avec passion et conviction. Les quatre prochaines années permettront de réaliser de nombreux projets qui ont mûri durant la présente législature. » Oui, vous avez bien lu : il s’agit tout bonnement d’un discours de campagne. Un discours creux, bourré de lieux communs et de langue de bois, mais un discours de campagne tout de même. Le problème, ce n’est pas que M. Arni use et abuse de mots passe-partout dans lesquels le lecteur pourra bien mettre ce qu’il veut – positif, respect, liberté, dialogue, action, développement, démocratie, innovation, diversité, conviction, etc. – mais bien qu’il le fasse dans les colonnes d’un hebdomadaire censé être la voix des autorités communales et non celle d’un parti ! Il y a là une grave irrégularité et je m’étonne qu’en pleine campagne électorale personne n’ait rien trouvé à y redire et laisse ce « citoyen du monde » préparer sa réélection en puisant dans les fonds publics. A ce silence étrange je ne vois qu’un seule explication : je dois être le dernier mohican à lire encore chaque semaine les éditoriaux de Vivre la ville

A l’occasion de la mort, dix jours auparavant, du réalisateur polonais Andrzej Wajda, Arte repasse ce soir son chef-d’œuvre Danton, occasion idéale de le revoir. Malgré les erreurs historiques, les approximations, les amalgames et les insinuations très orientées (chaque film de Wajda semble être un réquisitoire plus ou moins crypté contre l’URSS, quel qu’en soit le sujet), cela reste un très grand film. Il faut évidemment, pour l’apprécier, se détacher du politique et se concentrer sur la réussite formelle. Tout est mené de main de maître, depuis le jeu des couleurs (l’omniprésence du bleu, associé à Robespierre) jusqu’à la scène mythique du repas entre les deux titans de la Révolution, mêlant paroles historiques et improvisations géniales. Dans la distribution, on retiendra notamment le jeu brillant de Serge Merlin (Philippeaux, en parfait désespéré) et de Roger Planchon (Fouquier-Tinville, l’accusateur public du Tribunal révolutionnaire), dont la physionomie me rappelle, je ne sais pourquoi, celle de l’excellent critique de cinéma Michel Marmin… Un coup de cœur pour la scène présentant l’atelier du peintre David (le David de Wajda a des petits airs du Giotto de Pasolini !) et pour celle où Danton (Depardieu), enroué après avoir vainement plaidé sa cause devant le tribunal, titube comme un ivrogne devant une foule partagée entre les rires et les lamentations, se sachant dès lors condamné. Et la scène finale, bien sûr, bouleversante : le petit garçon des Duplay – la famille de menuisiers qui accueilliz l’Incorruptible dans sa maison de la rue Saint-Honoré – debout bien droit dans la chambre bleue du député, récitant péniblement les Droits de l’homme devant un Robespierre suant dans son lit, hagard, effondré, tandis qu’une bande son lancinante, oppressante, gagne en volume jusqu’à couvrir la voix de l’enfant. Inoubliable, entêtant.

 

23 octobre : Marcela Iacub encensée, Lorant Deutsch indésirable

Le Matin Dimanche nous propose un long entretien avec l’essayiste Marcella Iacub, venue présenter son nouveau livre, La Fin du couple (Stock, 2016). Interviewée, elle présente ainsi sa thèse : « Rien n’est plus égoïste que le couple monogame traditionnel amenant exclusions et jalousies. […] Demeure dans la société un discours dominant sur le couple et l’amour. Il y a une volonté de taire cette crise et le fait que l’on vit peut-être la fin de cette forme historique d’association. Il faudrait avoir le courage de faire le constat de son échec et imaginer d’autres façons de vivre ensemble et d’élever des enfants. […] Je crois que tout ça va disparaître. La seule vraie question, à mon sens, ce sont les enfants. Imaginez qu’ils ne soient plus élevés par les familles de façon privée ? Le couple comme nous le vivons perdrait son sens, ce serait terminé. […] Ce qui est insupportable, du point de vue démocratique, c’est les différences que peut engendrer le fait de naître dans une famille plutôt que dans une autre. […] Je pense que ça finira par arriver : ils ne seront plus élevés à l’intérieur des familles, c’est trop inégalitaire, du point de vue économique et affectif. Les mœurs changent parfois plus vite qu’on ne le pense. Il faudrait aussi séparer les gens avec qui on vit, on partage des passions, un travail, de la question sexuelle. » Etant un partisan résolu de la liberté d’expression, le fait de lire de telles élucubrations dans un grand hebdomadaire romand ne me pose pas de problème en soi – j’ai l’estomac solide – mais il est tout de même à noter qu’on a rarement l’occasion de lire un papier si long et encadré de manière si complaisante autour de thèses, disons conservatrices et différentialistes, à propos de la famille, de l’éducation ou du couple. Marcela Iacub est objectivement une extrémiste (il faut l’être pour professer un système aux implications clairement totalitaires), c’est son droit, mais elle sera toujours reçue avec un tapis rouge là où des opinions conservatrices, même modérées, seront taxées… d’extrémistes. Je vous laisse y réfléchir…

On apprend qu’à Trappes, où l’écrivain Lorant Deutsch était attendu le  4 novembre prochain pour venir parler d’histoire de France aux élèves des collèges, deux enseignants d’histoire-géographie, membres du Front de Gauche, se sont vigoureusement opposés à sa venue. Ils reprochent à l’auteur de Métronome, connu aussi comme acteur et comme vulgarisateur, d’être « assez marqué sur le fait qu’il faille aimer la France à travers ses grands personnages, ses rois… Nous, c’est aux antipodes de ce que l’on fait. Nous ne sommes pas là pour faire aimer la France à nos élèves ! » Ils vont avoir gain de cause et la venue de Lorant Deutsch sera annulée (ce qui montre assez bien de quel côté penchent les autorités scolaires). Que répondre à ces deux bobos ? Tous les ingrédients de l’idéologie dominante ont trouvé leur place dans leur petite bafouille : la haine de leur pays, le mépris de leur peuple, la détestation de tout ce qui est grand, de tout ce qui dépasse leur propre médiocrité, le goût de la délation et de l’excommunication, le masochisme identitaire, la mesquinerie satisfaite… Ils ont choisi librement une profession pour laquelle ils n’ont aucune passion et se vantent de n’avoir aucun goût pour ce qu’ils font tout en mettant un point d’honneur à ne rien transmettre à leurs élèves et si possible à essayer de les dégoûter de la matière qu’ils leur enseignent. C’est une sorte de principe d’anti-vocation tout à fait curieux.

Suite à la polémique déclenchée par sa tribune parue dans Le Temps du 14 octobre, Julien Sansonnens profite de Facebook pour faire une mise au point : « Dans l’affaire du Buffet de la Gare, on voudrait faire croire, ce serait en effet bien commode, que l’enjeu est d’ordre culinaire. En réalité, cette dimension est marginale. Ce qui pose problème, c’est que la fermeture du Buffet au profit d’un fast-food branché constitue une forme de prise de pouvoir communautaire sur un lieu jusqu’ici ouvert à tous. C’est une forme de privatisation d’un lieu jusqu’ici public, au profit d’une minorité. Nous ne sommes pas dans une logique de l’ouverture si chère à la gauche, mais dans un processus inverse de fermeture et d’exclusion. » Ce qui l’amène à parler de lutte des classes et à y voir également un effet de la gentrification qui touche de plus en plus nos villes. Je ne peux que lui donner raison.

 

25 octobre : Des moutons noirs à l’UDC…

C’est rarissime que je dise ça mais aujourd’hui je tire mon chapeau aux Jeunes UDC neuchâtelois. A contre-courant de leur parti et de presque toute la droite libérale, ils viennent de décider à l’unanimité de soutenir l’initiative pour la sortie du nucléaire. Les bonnes surprises ne sont jamais aussi bonnes que lorsqu’elles sont inattendues !

Humour noir involontaire : dans Le Matin d’aujourd’hui, deux brèves se côtoient. La première est titrée Fratrie divisée autour d’Exit, et la seconde Finie la mort cruelle des crustacés. Maquettiste dans le quotidien orange, c’est un métier.

 

27 octobre : L’initiative RASA et ceux qui font mine de la combattre

Long article dans Le Temps d’aujourd’hui sur la décision du Conseil fédéral de rejeter l’initiative RASA qui, rappelons-le, appelait à renoncer à rétablir des contingents pour l’immigration ainsi que le peuple en avait décidé lors du scrutin du 9 février 2014. Une passage de l’article me semble résumer très clairement l’enjeu : « Le Conseil fédéral a décidé de rejeter RASA, pour des raisons de “politique démocratique”. On ne peut pas revenir sur une décision populaire après un laps de temps si court, estime le gouvernement. Mais dans le même temps, il a décidé d’opposer un contre-projet direct à cette initiative issue d’un milieu d’intellectuels. Car il poursuit le même but que les initiants : le maintien de la voie bilatérale. Autrement dit, les Suisses revoteront quand même pour préciser le scrutin du 9 février. Reste à définir sur quoi portera ce nouveau vote. » Ainsi donc on voit qu’entre le Conseil fédéral et les initiants, il ne s’agit pas d’un désaccord de fond mais qu’il est seulement question d’y mettre les formes de façon à ce que le peuple ne se sente pas floué par ce refus d’entériner sa décision. Ce que notre gouvernement appelle “politique démocratique” n’est donc qu’une manœuvre de marketing visant à passer un vernis de légitimité sur une entorse grave à la démocratie directe. Il va un jour falloir que toute ces combines cessent une bonne fois pour toutes !

L’Hebdo consacre plusieurs articles aux élections américaines, dont un long reportage de Thomas Wiesel sur la vacuité duquel je n’ai pas le courage de m’étendre. L’éditorial d’Alain Jeannet, qui tombe comme un cheveu au milieu de la soupe après le scandale des mails d’Hillary Clinton, est un vibrant plaidoyer pour la candidate démocrate qui serait victime de l’hostilité traditionnelle à l’égard de son sexe. Balayant d’un revers de manche toutes les casseroles que traîne l’ancienne première dame, il répète comme un mantra cette question dans laquelle il croit voir le fin mot de toute l’affaire : « Et si Hillary Clinton avait été un homme ? » Répondons par une autre question, autrement plus pertinente : et si les femmes les plus richissimes et les plus puissantes du monde, liées aux familles et aux réseaux les plus influents, arrêtaient enfin d’essayer de nous tirer des larmes en nous faisant croire qu’elles sont victimes de discriminations ? Le dollar n’a pas de sexe, pas plus que la misère !

 

29 octobre : La trahison des syndicats

Comme, par principe, je préfère citer que paraphraser, je ne peux résister à l’envie de reproduire ici une réflexion livrée aujourd’hui par le journaliste Pascal Décaillet sur son mur Facebook : « En s’accrochant, contre l’intérêt le plus élémentaire de leurs membres, au dogme de libre circulation, qui est d’essence libérale et libertaire, les syndicats de notre pays se coupent pour longtemps des travailleurs suisses. Leur internationalisme idéologique, leur béatitude face aux flux migratoires, leur mépris des nations et des frontières, toute cette félicité déracinée finira par les perdre. » CQFD.

 

30 octobre : Cruchon aime bien les migrants, mais il préfère quand même ses potes

Je m’en étais pris le mois passé à Pablo Cruchon, le secrétaire politique de SolidaritéS, qui semblait avoir un peu de mal à comprendre en quoi son parti-pris immigrationniste allait radicalement à l’encontre de sa prétention à défendre les travailleurs et à garantir leurs acquis sociaux. Responsable du mouvement No Bunker à Genève qui protestait contre l’installation provisoire de migrants dans ses abris antiatomiques, il fait à nouveau parler de lui aujourd’hui en prenant la défense d’étudiants sur le point d’être expulsés d’un squat à Malagnou, où ils résidaient illégalement. Jusqu’ici, me direz-vous, rien de surprenant, il est fidèle à la ligne de son parti. Là où ça se corse, c’est que si l’Etat veut vider ce squat, c’est pour réutiliser le bâtiment comme lieu de résidence… pour des migrants ! Ce dont Pablo Cruchon était parfaitement au courant puisqu’il s’agissait d’une information connue de tous, à commencer par les étudiants concernés par l’expulsion. Décidément, notre sans-frontiériste préféré accumule les contradictions, on se réjouit déjà de la prochaine…

 

31 octobre : Vive la jeunesse !

Le Point d’aujourd’hui se fait l’écho d’un récent ouvrage d’Alexandre Devecchio intitulé Les Nouveaux enfants du siècle (Ed. du Cerf, 2016) et qui parle des sensibilités idéologiques (au sens large) qui dominent dans la nouvelle génération, du moins en France, et qui, on l’apprend sans surprise, n’ont plus grand chose de commun avec celles qui animaient leurs parents ou grands-parents soixante-huitards. « Selon lui, nous explique l’article, les jeunesses françaises se divisent en trois grandes générations : Dieudonné, Zemmour et Michéa. […] Le néo-libéralisme est l’ennemi commun, identifié ou non. » Quant à l’écrivain Eric Gueguen, il fait part aujourd’hui sur les réseaux sociaux d’une découverte plaisante qui va un peu dans le même sens et qui va nous permettre de finir cette rubrique sur une note positive. En se promenant sur la librairie en ligne Amazon, il s’est aperçu que les trois ouvrages les plus vendus ce mois-ci dans le domaine de la philosophie politique sont Orwell, anarchiste tory de Jean-Claude Michéa, Qu’est-ce que la propriété ? de Pierre-Joseph Proudhon, et La Nation d’Ernest Renan. Trois choix de lecture qui révèlent une rupture nette avec l’ordre libéral et mondialiste tel qu’il nous est imposé et qui nous laisse penser que la fronde qui se lève contre nos élites ne fait que commencer !

David L’Epée, 3 novembre 2016

3 commentaires

  1. Posté par Mady le

    Merci Monsieur l’Epée pour la continuation de votre revue de presse. Je l’apprécie beaucoup et je me réjouis déjà de lire la prochaine édition.

  2. Posté par aline le

    Oui, s.v.p continuez de nous fournir votre précieuse revue de la presse. On en demande.
    Merci pour vos efforts.

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