Israël – A propos de Shimon Pérès

Michel Garroté
Politologue, blogueur
Shimon-Pérès-1

Shimon-Pérès-2

   
Michel Garroté - Shimon Pérès avait compris que l’État hébreu, pour survivre, devait être à la fois fort et juste,  argumente le président de l’Association France-Israël, Gilles William Goldnadel, avocat à la cour. Tout a été dit, au cours de sa longue vie, sur Szymon Perski. Qu’au terme de celle-ci, le regard des hommes sur Shimon Pérès se fasse bienveillant, en dépit de la cruauté de l’histoire proche-orientale, valide cet optimisme obligatoire qui caractérisait le défunt Prix Nobel de la paix. Gilles William Goldnadel a tout récemment publié un article sur Shimon Pérès dont je publie, ci-dessous, quelques extraits.
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Gilles William Goldnadel (extraits adaptés ; voir lien vers source en bas de page) : Tout a été dit sur lui, de nombreuses vérités, et beaucoup de sottises. L’homme était madré, on le disait roué. C’est qu’il connaissait bien la nature des hommes. Un optimiste obligatoire se décide sans doute un jour d’aimer les hommes, à commencer par lui, malgré leurs défauts et à cause d’eux. Il faut beaucoup d’optimisme, lorsqu’on est israélien et que l’on souhaite contribuer à la survie d’un pays menacé en permanence, pour accepter la médiocrité intellectuelle et morale de son personnel politique. On ne dira jamais assez combien le système de recrutement électoral de celui-ci - les législatives ont lieu à la proportionnelle intégrale - handicape les meilleurs esprits et favorise les apparatchiks sinueux.
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Une alliance atomique avec la France socialiste :
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Shimon Pérès, Yitzhak Rabin, aujourd’hui Benyamin Nétanyahou ont accepté cette règle absurde. Le peuple israélien, désabusé et résigné, a fini par comprendre que le compromis nécessaire n’était pas forcément la compromission. Il n’en demeure pas moins que pendant des années, Shimon Pérès - qui n’aura jamais gagné aucune élection à la tête de son parti - fit figure de mal-aimé dans son propre pays, avant que d’être demain pleuré par son peuple en entier.
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Shimon le madré ne s’était pas couvert de gloire sur les champs de bataille, mais avait contribué à la survie d’Israël en achetant des armes tchécoslovaques ou en nouant une alliance atomique avec la France socialiste et empathique à l’égard de l’État juif dont il était si proche dans les années 1950. Plus d’un demi-siècle plus tard, son peuple ne l’a pas oublié.
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« Un faucon devenu colombe » :
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Les observateurs, et jusqu’à certains grands penseurs, décrivent souvent Shimon Pérès comme « un faucon devenu colombe ». Notons tout d’abord que dans ce vocabulaire paradoxal d’ornithologues, le faucon est une espèce qui ne planerait que dans le ciel de Tel-Aviv et jamais au-dessus de Gaza, de Ramallah ou de Téhéran.
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Plus profondément, le mérite principal de Pérès, complexe et pascalien, fut d’avoir compris qu’Israël pour survivre était condamné à être fort et juste. Il fut les deux. Et arriva à convaincre son rival plus populaire, Rabin, de tenter la paix avec le peuple Arabe de Palestine. Il faut l’avoir entendu en privé désespérer des atermoiements et des reculades de Yasser Arafat pour mesurer l’abnégation du personnage.
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C’est vrai que les Israéliens dont la majorité avait voulu croire à Oslo lui ont tenu d’abord méchante rancune de leur déception. Mais ils n’ont pas été les seuls à se montrer injustes envers les deux parents de cet accord manqué. Qu’il me soit permis de rappeler un article qu’il m’a fallu commettre à l’époque dans ces mêmes colonnes, intitulé « SOS Rabin », et qui aurait pu tout aussi bien s’appeler « SOS Pérès ».
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Au beau milieu des pourparlers entre les protagonistes d’alors, le Hamas jetait ses bombes à Tel-Aviv comme à Jérusalem. Arafat condamnait du bout des lèvres ces attentats mais en profitait pour exiger plus de concessions. Il arrêtait le soir des terroristes islamistes pour les relâcher le lendemain matin. Pérès et Rabin avaient donc décidé de « négocier comme s’il n’y avait pas de terrorisme et de combattre le terrorisme comme s’il n’y avait pas de négociations ».
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Pas épargné par la sottise :
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À l’époque, je suppliai pour ma part les observateurs, comme toujours si sévères envers Israël lorsqu’il recourt à la force militaire, de faire montre de plus d’esprit critique envers les Palestiniens et de prendre en compte la nécessité où se trouvaient Pérès et Rabin, dans un cadre démocratique exigeant, de convaincre le peuple israélien désespéré de la nécessité de poursuivre le processus engagé.
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Rabin a été enterré sous des tonnes de fleurs. Le 30 septembre, Shimon Pérès sera couvert d’éloges. Je n’ai pas oublié les crachats qu’ils ont reçus en Occident et de leur vivant lorsqu’ils ont essayé de lutter contre la terreur en même temps que pour la paix.
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L’ancien président de l’État d’Israël est mort compris et respecté. Il n’aura pourtant pas été épargné par la méchanceté et la sottise des hommes. Le plus grand hommage posthume qu’on puisse lui rendre est de juger le pays qu’il aura si bien servi et qu’aujourd’hui l’on maltraite, avec la même équité. L’histoire est souvent injuste et cruelle. Mais comme Shimon Pérès, condamnons-nous à l’optimisme obligatoire, conclut Gilles William Goldnadel (fin des extraits adaptés ; voir lien vers source en bas de page).
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Introduction, adaptation et mise en page de Michel Garroté
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http://www.desinfos.com/spip.php?article54927
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2 commentaires

  1. Posté par maury le

    tikva dit :
    30 septembre 2016 à 18:39

    La barbe avec ce mythe de l’Etat palestinien qui n’a que trop duré ! Il faut vraiment être complètement idiot ou malhonnête pour parler encore de négociations en vue de créer une seconde « Palestine » (en plus de la Jordanie) dont personne dans le monde musulman ne veut et n’a jamais voulu.

    10 Etats musulmans ont rejeté le Plan de Partage de l’ONU de 1947 sans aucune participation des pseudos-Palestiniens et de même, aucun bataillon pseudo-palestinien n’a participé à la guerre d’indépendance d’Israël qui a suivi – et pour cause, le mythe palestinien n’ayant commencé à se répandre que 20 ans plus tard.

    Zahir Muhsein, ancien membre du comité exécutif du PLO, en 1977: «Le peuple palestinien n’existe pas. La création d’un Etat palestinien n’est qu’un moyen de poursuivre notre lutte contre l’Etat d’Israël au bénéfice de l’unité arabe. En réalité, il n’y a aucune différence aujourd’hui entre les Jordaniens, les Palestiniens, les Syriens et les Libanais. Ce n’est que pour des raisons politiques et tactiques que nous parlons aujourd’hui de l’existence d’un peuple palestinien puisque les intérêts nationaux arabes exigent que nous introduisions l’idée d’un peuple palestinien distinct afin de combattre le sionisme. Pour des raisons tactiques, la Jordanie, un Etat souverain aux frontières bien définies, ne peut pas revendiquer Haifa et Jaffa ; par contre, en tant que Palestinien je peux exiger la possession de Haïfa, Jaffa, Beer Sheva et Jérusalem. Mais dès que nous aurons récupéré la totalité de la Palestine, nous n’attendrons pas une minute avant de l’intégrer à la Jordanie.»

    Et Arafat en 1993 (le jour même où il signait les accords d’Oslo sur la pelouse de la Maison Blanche): “Puisque nous ne pouvons pas battre Israël par la guerre, nous le faisons par étape. Nous prenons chaque parcelle de territoire que nous pouvons acquérir, nous y établissons notre souveraineté et nous l’utilisons comme tremplin pour en acquérir davantage. Quand le moment viendra, les nations arabes nous rejoindrons pour porter le coup de grâce à Israël».

    En ce qui concerne l’identité des pseudos-Palestiniens et leurs querelles avec l’Egypte, il y a cette vidéo datant de 2012 à verser au dossier :
    https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=CbuM91PeSOs

    On y entend Fathi Hammad, Membre du Hamas et Ministre de l’Intérieur de Gaza à l’époque, incendier en ces termes le gouvernement égyptien qu’il accuse de ne pas lui fournir assez de carburant en soulignant qu’en fait, les pseudos-Palestiniens de Gaza sont pratiquement tous des compatriotes (comme Arafat d’ailleurs):

    «Mes frères, nous sommes 1.8 millions d’Arabes à Gaza… Al Aqsa et la terre de Palestine sont le fer de lance de l’islam et des musulmans. Lorsque nous réclamons votre aide … c’est afin de continuer le jihad… Mes frères, la moitié des Palestiniens sont Egyptiens et l’autre moitié Saudis. Qui sont les Palestiniens? …Ma propre famille est à moitié égyptienne. Nous sommes tous comme ça. Nous sommes venus d’Alexandrie, du Caire, de Damiette, du Nord, d’Assouan, de la Haute Egypte – nous sommes Egyptiens, nous sommes Arabes, nous sommes musulmans, nous sommes vos compatriotes.»

    Que faut-il de plus aux Occidentaux pour comprendre qu’ils sont les dindons de la farce ? Que M. Abbas et Taoufiq Naïm, ou tout autre membre du Hamas, envoient à chacun d’eux une lettre recommandée confirmant qu’il s’agit bien d’un stratagème destiné à leur faire admettre la destruction d’Israël?

  2. Posté par Maryse le

    La position de Sh.Peres etait tres ambivalente selon l’auditoire qu’il avait devant lui … Il affrontait rarement les adversaires d’Israël bien au contraire, il allait dans leur sens ce qui me révoltait ! A l’international on l’appreciait pour cela … Je l’ai vu bien souvent se sentir mal à l’aise quand lors des débats avec les journalistes, il constatait que ses propos contre la politique israélienne dechainait des sentiments antijuifs et anti israéliens autour de lui ! Alors il essayait de se reprendre mais c’était trop tard pour revenir en arrière !!
    Il voulait espérer des arabes la même intelligence que celle des israéliens. … il se trompait hélas !!!

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