Jean-Claude Juncker n’est pas Churchill. Mais certains sont fascinés

Uli Windisch
Rédacteur en chef
SommarugaBaiserJuncker

Jean-Claude Juncker n’est pas Churchill.  Mais certains médias sont fascinés

Jean-Claude Juncker ( J.-CL.J), président de la Commission européenne, a donné plusieurs conférences ces derniers temps  et il interviendra aussi aujourd’hui en Suisse. Notons déjà que certaines autorités  suisses se réjouissent et sont persuadées que ce personnage politique va faire des cadeaux à la Suisse. Tandis que  bien des auteurs de courriers de lecteurs  semblent nettement plus sceptiques, plus conscients des réalités et persuadés que nos autorités vont accepter la « dureté » de ce président et se soumettre ( je n’utilise pas les termes dégradants, violents et révoltés de ces auteurs de courriers, cf à ce propos ceux du gratuit 20Minutes du jour en cas de doute).

Il est clair que ce président titubant de la commission européenne n’a en rien la dimension, la hauteur de vue  et la grandeur d’un Churchill ; c’est un euphémisme. Au lieu d’essayer de rassembler tous les pays européens en respectant leurs souveraineté, leur indépendance et leurs singularités dans un vrai projet européen qui ferait de ces innombrables Diversités une Unité plus forte, il se pose en policier autoritaire qui veut faire plier ces diversités à une unité  totalement artificielle, abstraite et imposée, et  si étroite et invivable qu’une telle vision ne peut qu’engendrer conflits, dissensions, voire dans les cas limites la volonté de quitter ce Machin, comme disait un certain général. En plus, ce « pouvoir européen » manque totalement de légitimité, pensons simplement au fait que J.-CL.J était un acteur clef du paradis fiscal luxembourgeois et qu’il a voulu par la suite lutter et punir le secret bancaire et d’autres pratiques fiscales en usage dans certains pays européens tout en les ayant largement favorisés dans son propre pays auparavant.

Bref, ça ne semble pas vraiment  être l’homme providentiel dont a besoin l’Europe pour construire une vraie Europe, tant nécessaire, une Europe de l’Unité dans  la Diversité, où chaque pays est respecté au point  de s’identifier aussi affectivement à un tel projet. Une UE de type URSS ne marchera jamais mais plutôt que d’en prendre acte et de changer totalement le projet, Juncker est parmi ceux qui veulent faire avaler de force une réalité devenue tellement contreproductive qu’elle crée de plus en plus de désastres et ces entêtés bornés idéologiquement et intellectuellement de Bruxelles minimisent les dangers de conflits très graves qu’ils vont entraîner par leur attitude de petits potentats aux pieds fragiles et élus par personne.

J’écris cet article avant l’intervention de Juncker à Zurich aujourd’hui même et je puis affirmer à coup sûr que nos autorités fédérales qui pensent qu’un « déblocage » résultera de cette rencontre font simplement preuve de leur naïveté et illusion habituelles, ce qui est tout de même grave quand on a la charge de la défense inconditionnelle d’un pays. Ce qui n’exclut pas la négociation ; mais cette dernière n’équivaut pas à une soumission, présentée comme une « adaptation nécessaire et inévitable ».

Les citoyens suisse sont révoltés par ce manque de détermination et de courage politique. D’où cette impression dans une grande partie de la population que  l’on solde le pays ou que l’on assiste à une véritable trahison. A quand l’introduction d’un impeachment pour les conseillers fédéraux ? Se demandent certains.

L’activité concrète de Jean-Claude Juncker

J.-CL.J a fait un  discours devant le Parlement à Strasbourg qui se voulait un « discours sur l’état de l’Union (européenne) »  et qui n’était pas « une tâche aisée »( Journal Le Matin du 15 .9.2016, dont sont également tirés les citations qui suivent) ; Il y « a mis de la conviction ». Il a rappelé « les raisons d’être de la construction européenne » ( si cela était nécessaire on devine à quel point ce n’était pas compris ; on a envie de rire plutôt que d’être béat d’admiration.

J.-CL.J « s’est également emparé des sujets de préoccupations de la population, espérant ainsi faire barrage au populisme » !

Revoilà la marotte, l’excuse omniprésente de ces politiciens hors sol : la faute est au populisme et non à ceux qui l’ont engendré, et dont il fait évidemment partie. C’est pas moi, ce sont les autres…Terrible quand même ces vastes populations qui ne veulent pas subir avec enthousiasme ce joug d’un pouvoir extérieur aux effets désastreux.

J.-CL.J veut se rassurer : le départ de la Grande-Bretagne ni signifie pas la fin de l’UE. Voilà une grande vista politique : qu’ont-ils fait pour éviter ce genre de départ ? Quand l’entêtement politique en absurdie tient lieu de « feuille de route ». « Il s’est montré ferme », sûrement !

«  La priorité est la sécurité ». Ah bon ! On se réveillerait.

« Il a plaidé pour renforcer la lutte contre le terrorisme », très bien, subitement ?

Attention : « les terroristes n’ont aucune chance de s’attaquer aux valeurs européennes ». Où sont donc ces valeurs quand on encourage les migrants  ayant des valeurs incompatibles à venir en masse et que l’on chante encore et toujours le multiculturalisme aux effets dévastateurs, et que certains pays européens demandent à leurs propres citoyens de s’adapter à nos « nouveaux pays » ?

Les experts sont eux aussi conviés par les médias pour se prononcer sur ce discours  et quelles expertises : « le régalien occupe une place importante dans l’agenda offensif défini par le président ». Qui tient à « répondre à une inquiétude  de l’opinion ».  L’opinion dont il a dit explicitement  qu’il ne fallait en tenir aucun compte . La démocratie, les référendums, etc., tout cela ne va pas avec l’UE, dixit le grand dirigeant de l’UE.

Ne riez pas , on sait que le terrorisme n’a aucune chance en Europe. J.-CL.J « ne s’est pas étendu sur la crise migratoire ». Tiens, c’est pourtant la préoccupation majeure de centaines de millions d’Européens. Après avoir vilipendé les Etats refusant la carte de la solidarité avec les migrants, il en vient subitement à dire que « la solidarité ne peut pas être forcée ».  L’entêtement en absudie a donc des limites ? Juste avant le chaos final et le risque ne plus pouvoir compter sur la solidarité des autres membres de la Commission ? Eux aussi subitement conscient que l’heure est grave ?

Après la demande de son collègue national socialiste Asselborn d’exclure la Hongrie, il veut réduire les fractures entre les pays. Subitement, encore. En vrai politicien qui sait que gouverner c’est prévoir !

Il nous refait le coup que l’UE a permis d’éviter les guerres, alors que lui et son équipe sont sur le point d’en provoquer de nouvelles avec leur politique irresponsable et imposée.

Un autre must. Il convoque des valeurs dites communes : la liberté, la démocratie, l’Etat de droit. Il fallait oser après avoir refusé la démocratie et l’avoir moquée ! On pleure ou on rit ?

Pourquoi proposer cela ? C’est intéressé : « il veut rééquilibrer le discours de repli national (c’est ainsi qu’on désigne l’attachement patriotique , un sentiment majeur dans tous les pays), antieuropéen, voire extrémiste. C’est bien connu, ceux qui refusent les diktats de l’UE sont des extrémistes, cela change des populistes ; en fait c’est la même chose pour ce hors sol titubant.

Il s’agit de « revaloriser l’identité européenne », qui n’existe pas, tandis que les identités nationales elles existent réellement et avec force ; elle peuvent même être conjuguées entre elles et déboucher sur une vrai identité européenne à condition de ne pas nier et moquer les identités nationales. Trop difficile à comprendre pour un  bailli étranger ?

Il a même insisté sur la « pédagogie » ; ne riez toujours pas, et la nécessité d’expliquer le projet européen. Nous compatissons et comprenons son problème, contrairement à lui-même.

Un expert a osé à propos de ce « projet européen » : « Encore faut-il savoir sur quoi communiquer. Quel est ce grand projet qui doit fédérer les Européens ? ». Du coup nous ne sommes plus seuls à poser ce genre de questions. Et à ne pouvoir retenir un fou rire ? MDR dit-on aujourd’hui. Encore une fois : rire ou pleurer ?

Une autre perle. Nous avons rappelé le statut du favoritisme fiscal au Luxembourg lorsque Juncker était en charge de son propre pays. Une fois responsable européen, cela devient : faites comme je dis mais pas comme j’ai fait. Tenez-vous bien : L’Europe n’est pas le Far West. Il s’est montré « volontariste », toujours selon le journal cité, « pour lutter contre le dumping social, ainsi que l’évasion fiscale ». On aura non seulement tout vu mais aussi tout entendu de la part de ce grand dirigeant et  visionnaire européen et il ne fait aucun doute que la totalité des Européens ont l’impression de toucher au Nirvana après ces paroles de « conviction » et cette lutte totale contre cet immonde populisme (dont il est lui-même aussi responsable).

Nous arrêtons provisoirement ici cette tragique et grotesque caricature que nous offre Juncker de la réalité européenne.

A propos de la Suisse,  pour conclure, nos autorités auraient vraiment tort de penser que Juncker va se montrer accommodant et accepter notre Sonderfall et admettre ce qu’il déteste le plus : la démocratie directe, les référendums, les vraies valeurs européennes pratiquées quotidiennement par la Suisse  et son « populisme ».  Toutefois s’il devait se montrer un tant soit peu accommodant ce serait un très mauvais signe pour l’UE car cela voudrait dire son échec complet et le reniement comme dernière étape avant un repos non mérité.

La Suisse ferait certainement mieux d’être prévoyante comme elle sait l’être et de se rapprocher des  pays de l’Est européen, le groupe de Visegrad, de l’Autriche  et de prendre exemple sur le courage des Anglais pour forcer l’UE à devenir réellement européenne et, par conséquent, plus suisse ! Et donc de cesser de se comporter en mendiant craintif et de se soumettre si unilatéralement au grand dam de sa population qui va continuer à agiter le spectre de la trahison nationale.

Uli Windisch, 19 septembre 2016

 

 

 

 

 

6 commentaires

  1. Posté par Marie-France Oberson le

    Il nous refait le coup que l’UE a permis d’éviter les guerres,
    Le premier traité important qui « ouvre » le processus de la construction « européenne », c’est la CECA (traité de Paris en 1951 ) qui se voulait être un moyen d’ empêcher une nouvelle guerre en Europe à propos des mines de charbon dont était doté le continent , principale source d’énergie pour la population , mais aussi et surtout pour l’industrie . »Qui maîtrise les sources d’énergie maîtrise le pouvoir »…
    Ce qui prouve bien que les guerres que se faisaient les Européens avaient pour raison première l’énergie et dont la seule source , sur le continent était le charbon.( Allemagne, France, Pologne, belgique, Pays-Bas, Pays de Galles, Sardaigne ) D’ailleurs, la seule à tirer son épingle du jeu après le traité de la CECA fut l’Allemagne qui garda en activité ses mines de la Ruhr. qui produisent encore aujourd’hui si mes informations sont bonnes.

    Dès la fin de la guerre 39-45 , l’Europe a commencé à se tourner vers le pétrole…
    Et aujourd’hui on peut constater que les guerres se sont déplacées en même temps que se sont déplacées les nouvelles sources d’énergies que sont le pétrole et le gaz..D’ailleurs, les pays colonisés où ça commençait à sentir le gaz et le pétrole ont réclamé leur indépendance…

    M. Junker et autres europhiles font semblant d’oublier que depuis la construction de l’UE nous avons eu une guerre en Yougoslavie, dont la raison première n’était pas comme on nous l’a fait croire une question de  » droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » mais bien une question de sources d’énergie : certaines de ces régions se trouvant sur le trajet des oléoducs et autres gazoducs de la Caspienne.
    Donc, si nous n’avons pas eu de conflits entre les grands pays de l’UE depuis la construction de celle-ci c’est parce qu’il n’y a plus de raison de la faire, non pas parce qu’on est tous devenus amis grace à l’Union, mais parce qu’il n’y a plus d’enjeu!
    Par contre, une guerre ou plutôt une révolte pourrait bien éclater dont la raison pourrait-être l’UE elle-même dont la politique dictatoriale se rapproche de plus en plus de celle de l’URSS malgré les discours lénifiants dont on nous abreuve pour nous endormir.

  2. Posté par Marie-France Oberson le

    Merci Monsieur Windisch pour cet excellent billet.
    Et aussi bravo à John Longeole , c’est exactement ça ! Bien vu !
    J’ai beaucoup d’admiration pour ce grand homme que fut Churchill.
    Cependant, quelque chose me titille..
    Dans le discours qu’il prononça à Zurich , il encouragea la construction « des Etats -Unis d’Europe »…mais sans la Grande Bretagne… Tiens-donc , assez paradoxal non ? Mais ..pas folle la mouche !

  3. Posté par Gaston Siebesiech le

    Comme son camarade Barroso, il cherche lui aussi de futures employeurs BNS, UBS, CS, Bär, UNIA, …
    Une comparaison avec Churchill est injurieuse pour ce dernier.

  4. Posté par Aude le

    Et les petits hommes verts?
    Flûte alors…..
    Ancien ministre des finances du Luxembourg…petit État…paradis fiscal dont il fut ministre des finances
    Insignifiant politiquement…. médiocre…..Sans vision d’avenir….Le tapeur d’épaule…La bouteille et le fric…Bonhommie apparente mais à peine rusé….
    Le poste qu’il occupe est plus éblouissant que l’homme…

  5. Posté par John Longeole le

    Moi je vais vous dire pourquoi nos petits politiciens suisses admirent tant Jean-Claude Juncker.

    C’est parce que ce dernier leur ressemble. En effet, qu’est-ce que le Grand-Duché de Luxembourg? C’est un canton suisse. Cette mini principauté d’opérette a exactement la taille d’un canton suisse, comme Fribourg, ou Neuchâtel ou Zoug. C’est un canton suisse de taille moyenne. Et M. Juncker a tout du petit politicien cantonal moyen. Il en a la bonhommie, la roublardise, la médiocrité, le côté combinard, pontifiant et ridicule et il est même porté sur la bouteille. Il serait parfait pour se frotter le ventre avec les collègues du Grand Conseil chez Glozu au café de l’Hotel de Ville à Genève, devant une bonne longeole.

    Instinctivement le politicard cantonal suisse sent que cet homme est de la même race que lui, de la même envergure médiocre. Et il trouve ça admirable que, du fait de cette circonstance fortuite que le Luxembourg soit membre de l’Union Européenne, un petit politicard local comme eux, soit appelé par le jeu du tournus, à côtoyer grands de ce monde.

    C’est pourquoi tous ces minuscules rêvent tant de l’adhésion de notre pays a l’Union Européenne, car ce qui les fait rêver c’est de se dire qu’eux aussi pourraient avoir l’air d’être quelqu’un, comme Jean-Claude Juncker.

  6. Posté par pierre frankenhauser le

    Lorsque ce bouffon en chef aura viré sa viande de la tour d’ivoire bruxelloise, ce clown pourra toujours se reconvertir dans le théâtre. Il ferait fureur.

    En plus d’être probablement le pays le plus démocratique d’Europe, c’est probablement aussi le ou l’un des plus européens, étant donné que l’on a à la fois des cultures francophone, germanique et italienne, qui cohabitent pacifiquement depuis de nombreuses générations, soit trois des principaux pays du continent. Sans compter les milliers de Britanniques qui y ont laissé leur empreinte (développement du tourisme, multinationales, OI, écrivains, scientifiques, etc.).

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