D’estoc et de taille : revue de presse du 29 août au 4 septembre 2016, David L’Epée

David l’Epée
Philosophe, journaliste
Revue de Presse

 

Désireux de collaborer plus régulièrement avec LesObservateurs.ch, j’entame cette semaine une revue de presse que j’espère pouvoir poursuivre régulièrement ici (peut-être tous les lundis, peut-être plus occasionnellement) afin de modestement contribuer, à l’instar des autres rédacteurs du site, à jeter un autre regard à la fois sur l’actualité (régionale, nationale, internationale) et sur sa couverture journalistique. Comme le disait George Orwell dans sa belle fable politique de La Ferme des animaux, « le véritable ennemi, c’est l’esprit réduit à l’état de gramophone, et cela reste vrai que l’on soit d’accord ou non avec le disque qui passe à un certain moment ». Tâchons donc de nous extraire quelques instants des grésillements du vieux gramophone médiatique, obsolète depuis longtemps – et où les disques, trop fréquemment passés et repassés, sautent et répètent en boucle leurs phrases, devenues litanies – et osons nous aventurer hors des sillons autorisés.

 

Lundi 29 août

Il y a tout juste un an, interviewé dans Le Matin, Christophe Blocher déclarait : « J’insiste sur le fait que nous sommes seuls contre tous les autres partis, car tous veulent signer un contrat colonial avec l’Union européenne ». En dépit du peu de sympathie que m’inspire ce « nous » (l’UDC), force m’est d’admettre que la configuration fédérale n’a pas changé au cours de cette année passée et qu’aucun des autres grands partis ne s’est vraiment extrait de cette politique de collaboration avec Bruxelles. Si le PS est le seul grand parti à continuer à brandir l’objectif d’une adhésion à l’UE malgré une europhobie sans cesse croissante dans la population et une base de plus en plus sceptique (reconnaissons aux socialistes qu’ils font preuve, en s’entêtant, d’un certain honneur dans le déshonneur), les autres partis les plus europhiles ont, à l’image du PLR, progressivement retourné leur veste ces dernières années, sentant le vent changer de cap et soucieux de ménager leur électorat. On se souvient tous de Fulvio Pelli, alors président du parti, qui expliquait, interviewé le 4 août 2010 par L’Hebdo : « La Suisse est une démocratie, dont 80% des citoyens ne veulent pas adhérer à l’UE. Respectons cette opinion ! » Or, le PLR, comme les autres, ne semble pas comprendre que ce « contrat colonial » avec l’UE dont parlait Blocher ne concerne pas que l’adhésion mais également toutes les relations inégales, tous les diktats, toutes les ingérences de la politique européenne s’exerçant dans notre pays. Dès lors, le PLR, comme le PS et comme (presque) tous les autres, appellera vraisemblablement le moment venu à voter non à l’initiative pour l’autodétermination (« le droit suisse au lieu des juges étrangers »), validant par cette prise de position l’inféodation de notre Etat de droit à une puissance supranationale. Dans Le Matin Dimanche du 14 août dernier, Pierre Veya n’a pas eu de mots assez durs pour nous expliquer à quel point cette initiative « foule aux pieds l’essence même du libéralisme », « vomit la raison » et « méprise la diplomatie », appelant par la même occasion EconomieSuisse à rompre une bonne fois pour toutes avec l’UDC de peur de voir ce « parti foncièrement antilibéral donner au protectionnisme ambiant une forme de légitimité populaire ». En bon socialiste que je suis, j’applaudis nécessairement à tout ce qui est antilibéral et à tout ce qui est protectionniste : je me réjouis donc d’avoir l’occasion de voter oui à cette initiative.

Lundi, Jean-Pierre Chevènement, nommé à la présidence de la Fondation pour l’islam de France, était l’invité de France Inter. Il en a profité pour rappeler que dans la municipalité de Saint-Denis, en banlieue parisienne, « 80% des enfants en primaire ne maîtrisent pas la langue française » et que la ville compte 135 nationalités, dont une a pratiquement disparu. La quelle ? La nationalité française. Un simple constat, qui n’appelait certes pas à fouetter un chat, mais qui provoqua un mini-séisme et poussa un député PS à pétitionner contre l’ancien ministre de l’intérieur, estimant, comme le rapporte Le Point du lendemain qui lui a donné la parole, que « la ligne rouge a été franchie ». Or, ce n’est pas la ligne rouge qui a été franchie, ce sont les frontières, et traiter de raciste ceux qui osent rappeler cette évidence ne changera rien aux faits tels qu’ils sont. Citons encore une fois Orwell qui, à ces pudibonds qui voudraient qu’on cachee une réalité qu’ils ne sauraient voir, répondait : « Quelque acharnement que vous mettiez à nier la vérité, celle-ci n’en continue pas moins à exister, en quelque sorte, derrière votre dos. »

 

Mardi 30 août

Suite de l’affaire Chevènement. Le Figaro interviewe Laurent Bouvet, un des leaders de la Gauche populaire, qui, s’exprimant à contre-courant du reste de la classe politique, prend la défense du président de la Fondation pour l’islam de France. Il valide son constat alarmant concernant la « défrancisation » de certaines zones du pays et ses corollaires : échec de l’assimilation, faillite de l’école publique, baisse du niveau scolaire, incivilités, communautarisme, etc. Faisant le réquisitoire d’une ghettoïsation voulue par les urbanistes et les pouvoirs publics, il accuse ceux qui s’en sont pris à Chevènement de faire preuve de clientélisme à l’égard des communautés étrangères « Tout est bon aujourd’hui pour essayer d’intimider et de disqualifier son adversaire, tempête-t-il. Il serait bon que dans le débat public, on cesse de traiter à tout bout de champ de “raciste” les gens avec lesquels on est en désaccord. Cette manière de disqualifier quelqu’un en tentant de le renvoyer systématiquement dans le camp des “racistes” conduit à vider ce mot de tout contenu et, donc, à ne plus voir et condamner le racisme lorsqu’il existe réellement et produit ses effets délétères. » Adoptant une posture républicaine, laïque et patriotique à laquelle le reste de la gauche semble avoir renoncé depuis longtemps, il met en garde tous ceux qui, rejetant le réel au profit de leurs aveuglements idéologiques, ferment les yeux ou tentent de noyer le poisson en faisant des concessions au communautarisme musulman. Notons que Laurent Bouvet est l’auteur d’un essai très stimulant paru l’an passé, L’Insécurité culturelle (Fayard, 2015) dans lequel il écrit : « Les motifs économiques, plus traditionnellement liés aux peurs pour le travail ou la sécurité sociale, sont rejoints, dans des proportions désormais identiques, par des considérations liées au mode de vie et à leur transformation en raison de l’immigration. » La gauche de gouvernement serait bien inspirée de prêter une oreille attentive aux mises en garde de la Gauche populaire !

Dans L’Express, un citoyen de Boudry (NE), le syndicaliste John Vuillaume, profite du courrier des lecteurs pour donner son avis à propos d’un objet sur lequel les Neuchâtelois voteront le 25 septembre prochain : le droit d’éligibilité des étrangers (permis C) au niveau cantonal. Il écrit : « Les membres du comité pour l’éligibilité des étrangers sur le plan cantonal participent inconsciemment à la chute d’une civilisation qui n’existe plus, celle des Lumières dont ils doivent par ailleurs très certainement se réclamer. L’humanisme dont se réclament ces Messieurs a une histoire, avec des valeurs comme l’universalité, le progrès ou l’égalité. Accorder le droit d’éligibilité aux étrangers est par exemple contraire au principe d’égalité. Qu’ils se rendent égaux à leurs concitoyens en adoptant leur nationalité avant d’être en mesure de pouvoir réclamer une part de pouvoir politique ! Sinon, c’est la porte ouverte à la reconnaissance institutionnelle du communautarisme, algue tueuse du vivre-ensemble. » Et d’ajouter un peu plus loin dans sa lettre : « Ces Messieurs se prennent pour des pionniers alors qu’on ne peut objectivement les assimiler qu’à des fossoyeurs d’un idéal social et démocratique qui aura fait briller l’Occident par intermittence durant ces deux derniers siècles, nourri d’humanisme, d’égalité et de liberté. » Il y a souvent plus de bons sens dans les courriers de lecteurs de nos grands quotidiens que dans leurs éditoriaux, et il est n’est pas mauvais que des citoyens issus de la société civile rappellent à nos élus quelques bases de sciences politiques qu’ils semblent avoir oublié. Il n’y a d’égalité qu’entre les égaux, disait Aristote, et on ne répétera jamais assez que toute démocratie véritable doit commencer par circonscrire précisément la communauté civique pour pouvoir s’exercer. Comme le dit bien l’historien Paulin Ismard, spécialiste de la démocratie athénienne : « L’espace du politique ne prend forme qu’à partir du moment où sont tracés les contours du corps des citoyens. » (La démocratie contre les experts, Seuil, 2015, p.102) Pas de démocratie sans citoyens, pas de citoyens sans peuple, et pas de peuple sans définition de ce qu’il est de ce qu’il n’est pas, de ce qu’il inclut et de ce qu’il exclut. Si tout le monde est citoyen, alors plus personne ne l’est.

 

Mercredi 31 août

Sur les réseaux sociaux, de nombreux Italiens s’indignent contre une caricature parue dans Charlie Hebdo la semaine précédente. On y voit deux Italiens blessés et ensanglantés par le terrible séisme du 24 août et désignés respectivement comme « penne à la sauce tomate » et « penne gratinées » tandis qu’à côté d’eux, des ruines et des éboulements desquels dépassent des jambes blanches et du sang rouge sont présentés comme « lasagnes ». Un humour noir qui passe mal après le traumatisme vécu par nos voisins. Le droit à la liberté d’expression la plus absolue possible ne dispense pas de savoir faire preuve de tact, aussi vrai que plus les drames survenus sont proches de nous et moins nous sommes portés à faire preuve de distance ironique. N’en déplaise à certains tiers-mondistes qui mettent toujours tout sur le même plan en dépit des éloignements géographiques et culturels et qui nous reprochent de ne pas avoir une pensée pour les Erythréens mourant de faim lorsqu’ils nous surprennent à pleurer la mort d’un de nos parents… La colère italienne contre Félix, auteur de ce dessin, pourrait aussi être adressée, sous nos latitudes, à Barrigue qui, dans le dernier numéro de l’hebdomadaire satirique Vigousse, commente un de ses dessins évoquant la chute meurtrière d’un F/A18 il y a quelques jours avec un personnage disant voir dans ce crash son AVS partir en fumée. S’il n’y a rien de scandaleux ni à contester les budgets alloués au Département fédéral de la défense ni à vouloir défendre l’avenir de l’AVS, faire passer ce double message en le mettant en rapport avec le décès tragique d’un pilote de 27 ans survenu quelques jours auparavant fait plus que de friser le mauvais goût. Un vieux ronchonnant dans son fauteuil sur le montant de sa retraite en apprenant à la télévision la mort d’un jeune soldat survenue dans l’exercice de ses fonctions : est-ce vraiment l’image que la gauche veut donner d’elle ?...

Puisque l’on parle de l’armée, on notera également, dans le même numéro de Charlie Hebdo où a paru ce dessin sur le séisme italien, un texte du rédacteur-en-chef Gérard Biard commentant ainsi la proposition de certains politiques français de rétablir le service militaire obligatoire en réaction à l’accentuation des menaces terroristes : « Qu’il s’agisse d’occuper des jeunes désœuvrés, de leur inculquer des “valeurs” ou de les empêcher de devenir djihadistes, qu’il s’agisse de lutter contre le chômage, les incivilités, la délinquance ou le terrorisme, le serpent de mer de la conscription refait régulièrement surface dans le discours politico-médiatique, sous le regard éteint d’un Jacques Chirac qui avait cru bon de la supprimer il y a vingt ans. Il faut reconnaître que le contexte est favorable. Dans une France en état d’urgence et sous pression sécuritaire, le fantasme du citoyen-soldat est porteur. […] Aujourd’hui disparu, on lui prête toutes les vertus sociales : il permettrait d’inculquer à une jeunesse en perte de repères le respect de l’autorité, le sens de la discipline, l’amour de la nation, l’importance de la cohésion autour de valeurs communes, la vie en société. Vecteur de brassage social, il serait le plus performant des moteurs d’intégration. C’est tout juste s’il ne permet pas de marcher sur l’eau. » M. Biard peut bien persifler, il n’empêche que l’armée de milice remplit effectivement toutes ces fonctions-là et que le citoyen-soldat n’a rien d’une figure fantasmatique. Cette gauche française, qui préfère déléguer ses devoirs à des mercenaires au risque de s’enchaîner et de perdre tout contrôle sur un élément aussi crucial que la défense nationale, serait bien inspirée de tourner ses yeux vers la Suisse. On leur répondra comme l’avait fait André Blattman dans Le Matin Dimanche du 28 novembre 2010 : « J’ai envie de demander aux socialistes : où est-ce qu’il y a plus de solidarité – une valeur qui leur est chère – que dans l’engagement pour la sécurité des citoyens ? Quelle armée du monde est plus démocratique que notre milice ? »

 

Jeudi 1er septembre

Dans les pages débats du Temps, on peut lire l’éloge d’un petit livre paru récemment et intitulé Mon idée pour Genève, rédigé par 460 filles et garçons âgés de 8 à 12 ans, invités par la ville à « faire entendre leurs propositions et leurs souhaits à propos de la culture, du social et de l’école, de l’urbanisme et de la mobilité, de l’environnement, du sport et des loisirs ». On vante comme il se doit l’imagination dont ont su faire preuve tous ces enfants et on ajoute : « Pour le surplus, au diable l’orthographe ! Les propos sont exprimés dans toute leur richesse, avec une authenticité orthographique rafraichissante. » Il serait évidemment très malvenu de ma part de critiquer cet opuscule, d’une part parce que je n’ai pas lu et d’autre part parce qu’il s’inscrit dans « un ensemble d’initiatives helvétiques pionnières » découlant de notre « ratification de la Convention des droits de l’enfant », autant dire une émanation du Bien en soi. D’autant qu’un démocrate comme moi devrait applaudir puisque les auteurs de cette tribune nous expliquent que « l’obligation légale de consulter notre population d’enfants […] devrait flatter l’ADN démocratique des Suisses ». Tout comme le droit d’éligibilité des étrangers je suppose ?

Sans rouvrir le débat sur la démocratie entamé plus haut, on se permettra tout de même de faire remarquer que dans les devoirs que nous avons à l’égard des enfants, celui de leur inculquer des connaissances de base (dont la maîtrise de l’orthographe) passe sans doute avant celui de les consulter sur la manière de mener les affaires publiques. Comme le déplore le psychanalyste français Michel Schneider (Big Mother : psychopathologie du politique, Odile Jacob, 2003), l’école moderne fait l’erreur d’apprendre aux élèves à penser avant d’avoir acquis des connaissances, de la même manière qu’on voit aujourd’hui des auteurs qui se vantent d’écrire avant d’avoir lu. N’en déplaise à nos rousseauistes genevois, il n’y a pas de sagesse innée et l’ignorance n’est pas une vertu susceptible d’inspirer l’action des pouvoirs publics. Je ne peux dès lors qu’abonder dans le sens de Jean Romain qui, interviewé dans Le Matin Dimanche du 2 juin 2013, moquait ce qu’il appelait la « vacuité pédagogo » et disait : « L'école doit d'abord libérer les élèves de l'ignorance. Pour cela, il faut faire germer en eux des graines d'universalité. […] Si cette formation intérieure est correctement assurée, ils seront forts parce qu'ils peuvent compter sur de solides repères. » Et leur offrir cette formation, c’est précisément se montrer à la hauteur de la Convention des droits de l’enfant que la Suisse a signée.

 

Vendredi 2 septembre

L’historien et politologue Arnaud Imatz, auteur d’un ouvrage qui vient de paraître, Droite/gauche : pour sortir de l’équivoque (Pierre-Guillaume de Roux, 2016), accorde un entretien de fond au Figaro. Extrait : « Il suffit de s’intéresser un minimum à l’histoire des idées pour se rendre compte très vite que les droites et les gauches ont été tour à tour universalistes ou particularistes, mondialistes ou patriotiques, libre-échangistes ou protectionnistes, capitalistes ou anticapitalistes, centralistes ou fédéralistes, individualistes ou organicistes, positivistes, agnostiques et athées ou théistes et chrétiennes. Un imaginaire puissant dans lequel les électeurs se reconnaissent ? Non ! Je dirais plutôt avec le marxologue Costanzo Preve, que ce clivage est “une prothèse artificielle”. » On ne saurait mieux dire. Il est plus que jamais temps de faire un sort à cette dichotomie anachronique et de nous souvenir que, comme le disait José Ortega y Gasset, être de gauche ou être de droite constituent deux formes d’hémiplégie morale. D’ailleurs, la présence de votre serviteur, si peu de droite, sur un site comme Les Observateurs, n’est-elle pas en soi un signe que les anciennes lignes bougent ?...

 

Samedi 3 septembre

Dans l’éditorial de Marianne, l’écrivain Jacques Julliard pousse un coup de gueule contre ce qu’il appelle le « parti collabo », cette cinquième colonne qui ne cesse de hanter l’histoire de France depuis des siècles. Ils étaient Bourguignons durant la guerre de Cent ans, ils intriguaient pour le compte des aristocrates émigrés durant la Révolution, ils s’étaient vendus à Vichy et à l’Allemagne durant l’Occupation, et aujourd’hui ils sont ceux qui n’ont à la bouche que des expressions comme « pas d’amalgame ! », tentant sans cesse de minimiser les attaques criminelles de l’ennemi et de délégitimer les protestations de la population attaquée, à savoir la population française. « C’est le parti du “vivre ensemble” à tout prix, écrit-il, de “la faute aux cathos” quand les islamistes égorgent, c’est le parti de la minimisation, de la psychiatrisation, de la contextualisation, de la diversion, de la banalisation. Tout est bon pour suggérer que ces crimes ne sont pas des crimes, mais des conséquences. C’est surtout le parti de la France coupable. Cette façon de faire son procès quand l’ennemi la calomnie, cette manière de lui tirer dans le dos quand elle est attaquée de face ; ce chauvinisme inversé qui l’accable quand elle est affaiblie ne porte qu’un nom, quels qu’en soient les auteurs : lâcheté ! lâcheté ! » Il semblerait que depuis qu’il a coécrit un livre avec le philosophe Jean-Claude Michéa et accepté de débattre avec la revue Eléments, Jacques Julliard se soit instillé une bonne dose de courage ! C’est tout à son honneur.

Dans un registre beaucoup moins honorable, l’agence Russia Today nous apprend que Jeremy Corbyn, le président du parti travailliste britannique, a appelé les hommes du royaume à renoncer à une très vilaine habitude, celle d’aller boire un verre au pub en sortant du travail. Pour lutter contre les ravages de l’alcoolisme ? Non, pour faire cesser une discrimination intolérable à l’encontre des femmes, qui fréquenteraient moins les pubs du fait de leurs responsabilités de mères de famille. Nous avons là l’exemple typique d’un féminisme puritain qui, sous couvert de faire avancer la noble cause de l’égalité des sexes, vise en fait d’une part à brider les hommes dans certains de leurs loisirs considérés comme archaïques (et qui se déroulent qui plus est dans un entre-soi masculin forcément suspect car potentiellement sexiste) et d’autre part à éliminer progressivement tous les lieux et toutes les institutions de la vie sociale fonctionnant comme des espaces de fraternisation où prévaut une certaine liberté de ton. Je ne peux m’empêcher de repenser – une troisième fois – à Orwell, Britannique d’une tout autre trempe que le président des travaillistes, qui reprochait au capitalisme de détruire les quatre liens structurant le mieux la convivialité dans l’Angleterre de son époque, à savoir la famille, le pub, le football et la politique locale. On conseillera donc à Mr. Corbyn de se détendre un peu et d’aller retrouver ses copains au pub du quartier, histoire de vider une ou deux pintes sans crainte d’être surveillé par l’une ou l’autre « vigilante » de son parti.

 

Dimanche 4 septembre

Un beau dimanche pour le délassement culturel. En plus du Livre sur les quais qui avait lieu comme chaque année à Morges sur les bords du Léman, nous avons eu droit pour la première fois à une action lancée par 250 cinémas dans toute la Suisse et proposant, durant vingt-quatre heures, toutes les entrées à cinq francs. Une initiative sympathique qui semble avoir rencontré un accueil très favorable, notamment des plus jeunes, si on en juge l’affluence observée hier dans de nombreuses salles obscures.

 

David L’Epée, 5 septembre 2016

 

 

5 commentaires

  1. Posté par Baron d'Bobard le

    Merci pour votre excellente contribution. J’adore la citation de Paulin Ismard « L’espace du politique ne prend forme qu’à partir du moment où sont tracés les contours du corps des citoyens. ». L’un des objectifs de l’immigrationnisme et du libéralisme dévoyé (ombre du véritable libéralisme) me semble justement être d’éliminer ces « contours » pour transformer les citoyens en simples consommateurs et l’Europe en supermarché.

  2. Posté par aline le

    Merci beaucoup, très bonne idée!

  3. Posté par C. Donal le

    On en redemande. Merci.

  4. Posté par Bussy le

    Jeremy Corbyn appelle les hommes du royaume à ne plus aller boire un verre au pub en sortant du travail, est-ce pour faire cesser une discrimination intolérable des femmes…. ou n’est-ce pas plutôt pour faire plaisir à ses électeurs musulmans qui ne boivent pas d’alcool et pour beaucoup n’iraient de toute façon pas au pub après le travail ne travaillant pas ?

  5. Posté par Aude le

    Bonne initiative….
    Pourquoi pas un vendredi soir ou samedi matin….question de disponibilité des lecteurs…..Une revue de presse hebdomadaire….c’est tout un programme….
    Néanmoins tous mes encouragements pour cette activité intéressante et absorbante……

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