L’USAM, fierté de notre vie sociale en Suisse

Pascal Décaillet
Journaliste et entrepreneur indépendant
USAM JRFournier

 

Je m’exprime ici, avant tout, comme petit entrepreneur. Il y a neuf ans, j’ai fondé une société, investi du capital (le mien !) dans des locaux, puis dans du matériel audiovisuel. J’ai engagé des collaborateurs, je sais ce que signifie le risque économique, et même parfois la trouille, parce que certaines entreprises ne tiennent qu’à un fil. Cette angoisse, mais aussi cette passion viscérale de l’indépendance, tout entrepreneur, quelle que soit la taille de sa société, la connaît. Dans le bide. Cette expérience de petit patron ne fait certes pas de moi un grand clerc dans l’analyse des phénomènes économiques, mais disons qu’elle me donne un soupçon de légitimité lorsque je m’exprime sur le phénomène de l’aventure entrepreneuriale. Parce que le monde des PME me passionne. Mais hélas, trop souvent, ceux qui s’expriment en leur nom sont dénués de toute expérience vécue pour en parler.

Ainsi, j’ai découvert, dans le Temps, du mardi 3 mars 2015, que l’USAM (Union suisse des arts et métiers), l’un des fleurons historiques de nos associations faîtières de petits patrons en Suisse, « partait à la dérive ». Sous la plume du conseiller national Fathi Derder, un ex-compagnon d’armes auquel me lient de beaux souvenirs de complicité audiovisuelle, beaucoup de rires aussi, bref de bons moments, on peut déguster une véritable exécution sommaire, d’une balle dans la nuque facturée à la famille, d’une organisation patronale que j’ai toujours, depuis des décennies, infiniment respectée pour sa proximité avec ses membres, son sens du dialogue, son rôle éminent dans la vie sociale et politique de la Suisse. Et puis, comment oublier la grande figure parlementaire que fut, récemment encore, le radical Pierre Triponez (1999-2011), ce remarquable connaisseur de la vie politique et sociale de la Suisse, directeur de l’USAM, mais aussi l’homme qui joua un rôle central dans la genèse de l’assurance-maternité. C’était le temps où le grand parti qui a fait la Suisse était encore capable de produire des hommes-charnières, avec vision d’Etat. Aujourd’hui, dans le parti qui se réclame du grand héritage radical, on cherche de tels hommes sans nécessairement les trouver.

Donc, l’USAM « partirait à la dérive ». Pourquoi ? A lire la charge de l’auteur, parce qu’elle a l’incroyable culot de ne pas être d’accord avec d’autres organisations patronales, concurrentes, à commencer par economiesuisse. Diable ! Il faudrait donc que le petit patronat suisse, séculairement tissé par le monde des artisans et des PME, s’aligne sur l’ultralibéralisme des grands et des puissants. Sur leur arrogance, aussi : Mme Gaggini, directrice romande, interrogée dimanche 22 février sur la Première, n’avait rien trouvé à répondre lorsque son interlocutrice lui avait légitimement fait valoir que les patrons, c’étaient aussi et avant tout ceux qui prenaient sur eux la totalité du risque économique, au point de tout perdre. Elle s’était juste contentée de rappeler que la cotisation annuelle, pour une entreprise individuelle, était de 25'000 francs. On avait compris : economiesuisse ne roule que pour les gros. Les petits ne l’intéressent guère. Dans ces conditions, c’est une chance que puisse exister, en Suisse, une organisation comme l’USAM, tellement plus proche de la population.

L’USAM « partirait à la dérive ». Autre argument avancé par Fathi Derder : « Parce qu’elle s’est politisée, devenant un bras armé de l’UDC ». Là, on aurait espéré, chez l’éminent auteur de l’article, lui-même élu PLR, un peu plus de mémoire ou de culture historique sur les liens indéfectibles qui furent, si longtemps, ceux de cette organisation avec le parti radical. Le problème n’est donc pas qu’elle s’est politisée, mais que ce glissement s’est opéré vers un champ politique que combat l’auteur. En clair, toute sa démonstration tend à rêver d’une USAM qui, docile à l’ordre du cosmos dont il rêve et qu’il tient pour intangible, reviendrait dans le giron du convenable. Donc, au PLR. On peut le comprendre. On n’en acceptera pas, pour autant, la violence injustifiée de l’attaque contre MM Rime et Bigler, en effet plus en phase, sur la question des contingents, avec le « pays réel » du 9 février 2014, que les puissants esprits d’economiesuisse, avec les millions de leur campagne finalement perdue.

L’USAM « partirait à la dérive », parce qu’elle a l’impudence de s’attaquer à la SSR. A l’approche d’un vote populaire sur un financement du « Mammouth » grevant davantage le budget des PME, il est pourtant parfaitement légitime que le petit patronat suisse donne de la voix, dans un débat public et démocratique où chacun peut s’exprimer. En conclusion, l’auteur de l’article défend bec et ongles le grand patronat contre les petites entreprises. Il s’offusque d’un glissement de position, pour la simple raison que ce dernier échappe à son parti. Pour mieux écraser l’USAM, il déifie une economiesuisse qui est pourtant, elle, par son arrogance et sa déconnexion du pays, le « vrai problème » de notre univers patronal, en Suisse romande.

Pascal Décaillet, Première parution, Le Temps, 5 mars 2015

2 commentaires

  1. Posté par Pierre H. le

    Lettre ouverte à la Commission de l’Union Européenne
    Home News Lettre ouverte à la Commission de l’Union Européenne
    Lettre ouverte de Professeur Jean-Daniel Clavel, Dr. sc. techn, ing. dipl. & lic ès sc. économiques, à la Commission de l’Union Européenne.

    L’immigration étrangère de masse
    Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Commissaires,

    Le peuple suisse a décidé, le 9 février 2014, de limiter l’immigration étrangère de masse. Plusieurs raisons expliquent cette décision.

    D’abord, le taux de population étrangère en Suisse est aujourd’hui beaucoup plus élevé que dans la plupart des pays européens : ce taux avoisine les 23-24%, alors qu’il est largement inférieur à 12% dans la grande majorité des pays de l’UE (*1). Favoriser une immigration étrangère de masse pour aboutir à un taux de 30-40% constituerait une menace directe pour l’identité et l’indépendance nationales. A témoin l’annexion de la Crimée par la Russie.

    Ensuite, l’importante immigration étrangère de ces dernières années a provoqué une hausse très substantielle de la demande de logements, toutes catégories confondues : l’arrivée de riches étrangers tire les loyers vers le haut, celle d’étrangers moins fortunés et de réfugiés met le marché immobilier milieu et bas de gamme sous pression et fait augmenter les charges sociales de l’Etat et les impôts des contribuables. Par ailleurs, le taux d’urbanisation de la Suisse est déjà élevé : une partie importante du territoire est inconstructible et la surface vouée à l’agriculture ne peut pas être indéfiniment réduite. Une nouvelle initiative a du reste été lancée récemment à ce sujet.

    En outre, les graves erreurs de politique économique commises par certains gouvernements européens depuis la fin des années 70 environ sont à l’origine de leurs performances économiques lamentables, lesquelles ont induit l’émigration massive de ces dernières années. Manifestement, les recommandations de l’OCDE n’ont pas été suivies, et ce n’est pas à la population suisse de payer pour les erreurs de ces gouvernements (*2).

    Par ailleurs, la politique économique et commerciale de l’UE à l’égard du Maghreb et de l’Afrique de l’Ouest en particulier est directement responsable de l’augmentation de l’immigration de masse vers le continent européen. L’accord EURO-MED de 1995 (Conférence de Barcelone, 28-29 novembre 1995) ne créa pas des conditions de développement équitables des deux côtés de la Méditerranée, et handicape depuis bientôt 20 ans aussi bien l’industrie que l’agriculture maghrébine et africaine. Lors d’un séminaire que j’ai donné en décembre 1995 à Rabat, en mission pour le compte du Gouvernement français, les participants marocains me l’ont clairement fait comprendre: « Si la France n’accepte pas nos tomates, c’est nous qu’elle devra accepter ». Et l’OCDE (cellule de prospective) a mis plus d’une fois le doigt sur cette question sensible lors de ses débats sur l’origine de l’immigration africaine en Europe. En outre, la politique de certaines banques européennes constitue également un frein au développement socio-économique de ces pays et pousse indiscutablement à l’émigration de masse vers l’Europe et la Suisse : le coût annuel d’une carte de crédit peut être supérieur à un mois de salaire minimum dans certains pays de l’UEMOA ! Une pratique esclavagiste que connaissent parfaitement les gouvernements des pays de l’UE. Les consommateurs européens seraient-il prêts à payer 2’000 euros par an de taxe de base pour leur carte de crédit ? Le citoyen suisse doit-il payer pour cette attitude colonialiste de l’UE face au continent africain ? Non !

    Enfin, l’antidémocratisme de l’UE (*3) devient repoussant et constitue une véritable verrue sur le nez du continent européen. Les peuples européens n’ont pratiquement jamais l’occasion de s’exprimer sur les enjeux essentiels qui les concernent directement. En voici deux exemples : d’une part, la Slovaquie a été contrainte de soutenir la Grèce dans ses efforts de réduction de la dette, après que la tenue d’un referendum sur ce sujet ait été refusée par Bruxelles, d’autre part, l’UE a interdit au gouvernement grec d’organiser un referendum sur le programme d’austérité imposé au peuple grec. J’ai l’impression que l’UE ressemble plus à un abattoir qu’à une Union d’Etats démocratiques !

    Dans ces conditions, il est évident que la Suisse démocratique constitue un problème pour les politiciens européens : elle gêne le Ministre français Montebourg, elle gêne aussi l’allemand Peer Steinbrück qui se croit à la tête de la cavalerie prussienne, elle incommode le Président allemand Gauck, elle étonne le Président italien Napolitano, et j’en passe… Le besoin atavique d’autorité qui transperce des propos du Président Gauck, propos tenus lors de sa visite en Suisse, est préoccupant et rappelle le besoin viscéral de certains dirigeants, allemands entre autres, de disposer d’un chef. Je n’ose pas imaginer que Monsieur Gauck veuille imposer un Führer à la Suisse ou à l’Europe, mais d’aucuns l’ont certainement déjà fait. En réalité, on n’est peut-être pas si loin d’une reprise en mains de l’Europe par l’Allemagne : la volonté de la Chancelière allemande d’imposer le luxembourgeois Juncker à la tête de la Commission pose en effet un sérieux problème. Avec Juncker à la Présidence de la Commission, l’UE ne va pas pouvoir se réformer rapidement et efficacement et va s’affaiblir toujours plus, ce qui va permettre à l’Allemagne de poursuivre sa montée en puissance – la France est hors-jeu pour un moment– pour émerger comme seule force économique, politique et diplomatique de poids en Europe. Sans devoir répéter les tragédies de 1914-18 et 1939-45, mais grâce au manque dramatique de vision politique de ses partenaires européens, l’Allemagne va bientôt pouvoir assouvir son besoin de puissance en Europe : à témoin, déjà, le poids de Berlin dans les relations entre Moscou, Kiev, Bruxelles et Washington pour apporter une solution à la crise ukrainienne. Apparemment, seul le Premier Ministre anglais Cameron semble l’avoir compris.

    Ainsi, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Commissaires, avant de chercher des poux dans la paille de votre voisin suisse, nettoyez donc vos écuries d’Augias – vous serez occupés pour plusieurs décennies encore, surtout si vous ne changez pas de balais !

    J’adresse copie de ce courrier au Guiness Book of Records pour que soient octroyés à l’Union Européenne deux records absolus largement mérités : le record de l’incompétence économique et le record de la farce démocratique.

    Avec mes salutations distinguées.

    Professeur Jean-Daniel Clavel

    (*1) EUROSTAT/INSEE, 2012/2013. Par exemple, taux de population étrangère en Allemagne 9.1 %, en France, 5.9%. Mis à part l’Estonie et la Lettonie, tous les autres Etats d’Europe centrale et orientale ont un taux de population étrangère largement inférieur à 4%.

    (*2) Voir El Mundo, 17.11.2012 : Sylvia Nasar : No sé donde estudiarons los líderes de la UE, pero son analfabetos económicos »

    (*3) En fait, l’antidémocratisme de la CEE, puis de l’UE, vis-à-vis de la Suisse n’est pas nouveau. Ainsi, j’ai vécu quelques épisodes similaires lorsque je coordonnais les négociations de la « deuxième corbeille » dans le cadre de la CSCE, de Vienne en 1987 à Bonn en 1990. A la fin du Forum économique de Bonn en mars/avril 1990, certains collègues européens m’ont simplement dit « Maintenant, c’est fini : la Suisse n’a plus rien à dire, elle doit rentrer dans le rang. Ce petit pays doit suivre et rester à sa place».

    09.07.2014, 09:58 von jaeggimedia | 725 Aufrufe

    http://www.non-ue.ch/news/lettre-ouverte-la-commission-de-lunion-europenne_3

  2. Posté par Philippe Druey le

    Je compatis au courroux de M. Décaillet. Si cela peut le rassurer, l’électeur PLR vaudois que je suis est régulièrement catastrophé par les interventions du Conseiller national Derder. Atterré lors de son entrée en lice puis de son élection en 2011, je ne pourrai me remettre de cette erreur de casting que s’il n’est pas réélu en 2016. Heureusement, le Conseiller national Feller sauve les meubles du PLR vaudois à Berne. En tout cas, je l’estime tout à fait apte à défendre les intérêts des PME aux côtés de l’USAM, institution qui mérite en effet le respect.

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