Libéralisme, un épouvantail construit de toutes pièces

Bruno Bertez
Analyste financier anc. propriétaire Agefi France
Bastiat

 

La crise,  les crises sont produites par le dirigisme, l'étatisme et le constructivisme, pas par le libéralisme. Le libéralisme est auto-régulé, auto-correcteur par le jeu des prix et des destructions créatrices.

 

Les gens de gauche imputent la crise actuelle au  libéralisme, voire, pour certains, à une sorte d'ultra-libéralisme. Les gens de la pseudo-droite font de même, eux qui ne défendent pas le libéralisme, et baissent la tête honteusement quand on leur en parle. N'est-ce pas Monsieur Juppé?

 

Le libéralisme n’a rien à voir avec la crise actuelle. Pas plus avec les malheurs de la Grèce qu'avec la destruction en cours de la France, n'en déplaise aux Zemmour et autres. Il n'a rien à voir dedans puisque toute la construction européenne et le système financier qui en sont issus sont dirigistes et même constructivistes ! Ils ont été conçus pour forcer, pour lutter, pour s'opposer aux forces et au libre jeu des marchés.

 

 

L’instrument de ce constructivisme étant la monnaie imposée, qui ne reflète pas les valeurs et les productivités locales, mais celles des pays dominants. L'organe qui manie l'outil du dirigisme constructiviste est la BCE. Le libéralisme et une véritable économie de marché auraient détruits depuis longtemps toutes ces constructions et toutes les fausses valeurs qui en découlent. Il aurait également détruit toutes les structures monopolistiques, anticoncurrentielles, qui se sont développées à la faveur de ces constructions.

Le libéralisme a pour fonction de permettre la découverte des prix, c’est à dire des valeurs sociales efficaces nécessaires pour guider l’action des agents économiques. Chaque mot est important : valeurs, sociales, efficaces, nécessaires.

Depuis sa construction, l’Europe est arque-boutée pour s’opposer aux vrais prix de marché, aux valeurs et aux prix qui résulteraient de la confrontation libérale et à l’allocation efficace des ressources. L'Europe est une construction anti-libérale et, en même temps, anti-démocratique car les deux vont de pair.

Les citoyens et les médias réfléchissent  à l’aide des outils forgés par les anti-libéraux. La technique est simple, les ennemis de la liberté créent des concepts bidons, ils leurs donnent vie et  ces concepts enserrent la réflexion ! Et cela prend ! Pourquoi ? Parce que dans les ennemis de la liberté, il y a le Très Grands Capital et la Classe Ploutocratique et c'est elle, ce sont eux qui donnent le « la »  dans les médias.

 

En France, on parle de libéralisme et d'ultra-libéralisme sur la base de ce qu'en disent Le Monde, Médiapart et le Figaro!

 

Aucun système libéral n’aurait imposé une monnaie unique, ou financé les déficits des pays du sud. C’est parce qu’il y avait la promesse implicite de la stabilité dirigiste et étatiste de l’euro que ces pays ont été financés. Les Banques ont joué et parié à l'abri ou en raison de cette promesse, de cette promesse d'empêcher les lois du marché de jouer, voilà la vérité. Elles ont parié sur la réussite des forces anti-marché. Elles ont parié sur la rigidité et la solidité du corset.

En 2010, un système libéral aurait précipité la faillite correctrice des pays du sud et ainsi ils auraient pu se reconstruire, avec des pertes et des dettes bien moindres. C’est le dirigisme qui a refusé la sanction de la destruction des dettes irrécouvrables et ainsi les a capitalisées et accumulées.

Ce dirigisme est toujours allié du vieux, de l'inefficace et des prébendes.

Le dirigisme a la prétention de remplacer le jeu des forces du marché, l'information véhiculée par les marchés, par le cerveau des technocrates et fonctionnaires et celui des politiciens.  Il s’oppose aux vrais prix et donc entretient jusqu’au drame de la crise, les fausses valeurs. Ce dirigisme est foncièrement ennemi de l'innovation, laquelle détruit tout ce qui est inadapté et périmé et qui ne mérite pas économiquement de vivre.

Avez-vous entendu parler de « la destruction créatrice »? La destruction créatrice est le processus de remise à plat des fausses valeurs. Et il est essentiel dans le système libéral. Et c'est parce qu'il est juste et douloureux qu'on le refuse.

L’analyse critique du libéralisme et l’analyse critique de ce que les socio-démocrates appellent le libéralisme sont deux choses différentes.

Les socio-démocrates ont construit une fausse vision du libéralisme qui leur convient, c’est cette vision tronquée qu’ils critiquent.

Tant et si bien que les gens, même de bonne foi, reprennent leurs critiques sans se rendre compte que le libéralisme, ce n’est pas cela.

Nous avons entrepris l’analyse critique du Système Kleptocratique, Système du Capitalisme Financier, pour bien montrer que nous ne vivions pas en système libéral et démystifier les critiques des socio-démocrates.

Le système du Capitalisme Financier est le successeur du système des années 70 du Capitalisme Monopoliste d’Etat, le CME. Dans le système du CME , l’action de l’Etat vise à faciliter la réalisation du profit par l’intervention étatique et la collusion politiciens/grands managers/fonctionnaires/élites cooptées. C'était en France le temps du règne des Ambroise Roux, des Dejouany  et leurs comparses. Tout sauf capitalistes et libéraux, ces gens. C'étaient la collusion parfaite entre le monde politique, le Patronat et… les médias. On pillait les fonds publics au profit des plus forts, des plus monopolistiques. Ah ! Les éminences grises d'alors !

Dans le capitalisme financier, on franchit une nouvelle étape et on facilite l’optimisation du profit et la reproduction du capital par la monnaie et l’action de la Banque Centrale. Un nouveau complice est venu rejoindre la clique du CME, ce complice, c’est le personnage du Banquier Central. Dans le CME, on pillait l'Etat par l'alliance entre les Politiques, les Polytechniciens et l'Enarchie. Dans le Capitalisme Financier, on pille la monnaie, la Banque Centrale, l'Epargne par l'alliance entre la Politique, la Bureaucratie domestique et internationale et les Banques TBTF.

Si vous ne comprenez pas cela, vous ne pouvez pas avoir d’analyse politique efficace et vous ne pouvez pas proposer de solution à la crise.

Pour dépasser ses contradictions, le ralentissement de la croissance, la chute du profit et la montée du chômage,  le Système a, dans les années 60/70, accompli une mutation, il s’est financiarisé. D'abord aux Etats-Unis, puis en France, grâce à l'entourage de Bérégovoy, reclassé plus tard... dans les banques.

Il a été créé du crédit pour suppléer l’insuffisance du pouvoir d’achat des salaires et des ressources d'épargne. Il  a fallu repousser les limites de la création de dettes, casser les classes sociales traditionnelles et produire un nouveau système politique, le système social-démocrate alterné, le SSDA,  tantôt de droite, tantôt de gauche, en rejetant les extrêmes. Ce système a pour ciment la consommation, mais non plus la consommation liée aux besoins, mais la consommation liée à l’économie du désir.

La crise de 2008 est une nouvelle contradiction du système, elle marque la limite du système de la financiarisation. On ne peut continuer à accumuler les dettes, il faut trouver un moyen pour en détruire, soit par la croissance nominale, c’est à dire l’inflation, soit par la violence destructrice, c’est à dire par l’impérialisme belliqueux.

Tout cela n’a rien, mais rien à voir avec le libéralisme.

Le libéralisme dont on parle en France n’est pas un libéralisme, c’est un épouvantail construit de toutes pièces, de bric et de broc, pour les besoins de la propagande et afin de valider et de crédibiliser la montée du système de la sociale-démocratie alternée, celle des Valls et des Juppé.

Bruno Bertez, 14 février n2015

 

5 commentaires

  1. Posté par brandenburg le

    Cet éloge du libéralisme est un peu fallacieux car le mot et ses développements ne sont définis que de manière très vague!Dans ces conditions,comment ne pas être d’accord avec un quasi-fantôme paré de toutes les qualités ce que l’auteur reproche à ses adversaires ,à juste titre,j’en conviens tout-à-fait maais dans ce cas,il ne faut pas donner l’occasion de se faire battre par le même bâton!L’on a l’impression que l’auteur cherche désespéremment dans la réalité son idéal et ne le trouve réalisé nulle part,exactement par les partisans du « socialisme à visage humain »Soyons donc sérieux!Sauf à faire du monde un espace sans frontières,sans peuples,sans religions,sans langues,sans tradition qui ne servirait qu’à échanger les biens que ces échangeurs trouvent utiles et ainsi trouver le juste prix de ces derniers,ce qui serait un enfer matérialiste,il faut bien que des structures communautaires existent pour défendre le bien commun de ces différentes communautés qui sont légitimes mais dont les intér^pets ne sont pas forcément les mêmes et qui peuvent entrer en lutte les unes avec les autres sans scompter les luttes internes et d’une façon plus générale ,faire régner la morale et punir ceux qui la violent.Or ces tâches ne peuvent pas être accomplies bénévolement car tout travail mérite salaires,même celui des prêtres qui ne peuvent vivre que de l’amour de Dieu.De ce fait,il a toujours existé,il existe et il existera toujours des ponctions faites sur l’économie pour rémunérer les personnes qui accomplissent ces tâches et ainsi distordent forcément le jeu du marché.L’utopie des vrais libéraux qui sont des révolutionnaires-il ne faut jamais l’oublie par rapport aux structures traditionnelles-serait de limiter ces dépenses à la police,même pas à la justice et surtout pas à l’armée:pouah!Il s’agit donc bien d’une utopie révolutionnaire et même la première jamais réalisée bien sûr!Quant à la « dstruction créatrice » chère à schumpeter et remise au goût du jour,il ne faut pas oublier qu’elle a en effet détruit des dizaines de millions de personnes en les mettant au chômage ou en le payant des clopinettes pour seulement qu’ils reproduisent leirr force de travail comme l’avait bien vu Marx ce en quoi il n’avait pas tort pou l’époque même s’il en a tiré des conclusions encore plus utopiques et condamnables,mais pour les libéraux qui se disaient progressistes,c’était pour des lendemains qui chantent et un avenir radieux que l’on sacrifiait ainsi une ou deux générations comme l’a dit ensuite Marx et ses fidèles qui sur le coup ne voyaient comme avenir que la misère et des libertés et autres droits formels et ils ont imité leurs maîtres en devenant communistes-voir l’admiration que Marx portait envers la bourgeoisie qui en son temps avait été révolutionnaire ce qui est parfaitement exact mais qui devait maintenant céder la place à une autre classe qui renverrait tout le passé dans la préhistoire en en faisant table rase et donnerait à un nouvel homme nouveau,le communiste,après l’homme nouveau bourgeois qui se fait lui-même-Pic de La Mirandole et le self made man américain- et révolutionnaire mais qui faisait encore partie des singes un peu plus avancés que les féodaux!On pourrait ainsi détruire toutes les Cathédrales,antres de l’obscurantisme comme on peit le vois du premier coup d’oeil et les remplacer par des mega-grandes surfaces:au moins cela serait moderne et même intelligent dans le cadre de la ville intelligente!Bref,l’utopie libérales est stupide et désastreuse comme toutes les utopie quand par malheur elles sont concrétisées!La réalité possible et imparfaite sera donc toujours une moyenne au sens de Saint Thomas d’Aquin entre Etat et marché,la difficulté essentielle étant d’ajuster celle-ci aux changements permanents qui affectent tout le genre humain depuis son apparition mais il s’agit-là d’un art et non d’une science dont le fondement le mieux assuré est d’avoir des monnaies saines,ni trop-inflation-ni top peu-déflation, »la monnaie étant la seule mesure en économie » toujoirs Saint Thomas et à monnaies faussées et tordues dans tous les sens depuis la fin de la guerre de 14,marchés faussés et tordue et économie itou.Voila ce que Jacques Rueff,le conseiller économique de de Gaulle, a le mieux non seulement compris ce qui est relativement facile mais aussi mis en oeuvre avec le succès que l’on sait,ses successeurs hrs L’inter règne de Pompidou ayant partout semé le désordre!Pour plus d’information,lire l’article de Rueff: »l’âge de l’inflation » et la synthèse finale de sa réflexion: »l’ordre social.PS 1 avant la création de l’euro,la valeur réelle du franc avait été divisée par mille depuis la dévaluation de Poincarré en 1925 comprise alors que le franc germinal de Napoléon n’avait pas bougé d’un centime de puis sa création plus d’un siècle auparavant!PS 2 Rueff était un obscurantiste puisqu’il était catholique comme de Gaulle!

  2. Posté par Pierre H. le

    @Michel de Rougemont
    Parfaitement dit ! Et c’est vrai qu’aux USA, « liberalism » est à peu près mais pas tout-à-fait l’équivalent du mot gauchisme chez nous, ce qui je pense a valu pas mal de confusion dans les lectures traduites d’une langue à l’autre aussi bien de la part des lecteurs que des traducteurs. Notre libéralisme à nous est plutôt lié à l’économie de marché alors que leur « liberalism » à eux porte plutôt sur l’individu et leur définition à eux serait à peu près ça, tout en tenant compte quand même que les 2 mots ont pourtant la même racine : « Liberalism – Une théorie politique fondée sur la bonté naturelle de l’homme et de l’autonomie de l’individu et favorisant les libertés civiles et politiques , le gouvernement par la loi avec le consentement des gouvernés , et la protection contre l’autorité arbitraire . » Pour désigner ce que nous désignons nous par libéralisme, ils ont donc employé le mot « Libertarianism » qui est la politique prônée aux USA par Ron Paul. Et ce que vous dites à la fin est à mon avis pertinent et je crois même qu’aux USA il n’y jamais vraiment eu de vrai libéralisme (avec la signification européenne du mot)…

  3. Posté par Michel de Rougemont le

    Capitalisme et libéralisme: aucune théorie ne les précise car ce ne sont pas des idéologies, ni des modèles ou dogmes promettant une société idéale, au contraire du marxisme, du socialisme, du nationalisme, du national-socialisme, du fascisme, de l’écologisme, du théocratisme.
    Leur définition est ainsi laissée à celui qui utilise ces mots.
    Un libéral en Amérique passe pour un presque marxiste ; en Europe il est classé à la droite de la droite.
    Le truc de propagande des totalitaristes de tous bords est alors de répéter sans cesse qu’un libéral est un horrible capitaliste, un égoïste qui ne veut que le mal des gens et qui ne sert que son intérêt particulier. Après trois répétitions et en ajoutant le préfixe néo- ou ultra- cela devient une vérité absolue… et une confusion absolue.
    On remarquera en France la similitude des discours du Front de gauche et du Front national à ce sujet.
    Mais il n’y a pas qu’en France que le libéralisme n’existe pas, le degré plus ou moins libéral des sociétés occidentales est varié, et généralement peu élevé.

  4. Posté par Pierre H. le

    Le libéralisme parfaitement remis à sa vrai place ! Le libéralisme, de mémoire, n’a jamais existé en France. Ségolène Royal, au 2ème tour de l’élection présidentielle contre Sarkozy utilisait ce mot comme épouvantail pour effrayer les électeurs. « Vous vous rendez compte !!!! Le libéralisme !!!! »… Je parie ma chemise qu’elle n’a jamais su ce que ce mot voulait dire.

  5. Posté par Ephraim le

    Rarement lu autant de stupidités au cm2…. La terre se meurt (pollution, démographie). Et l’écologie, qui va la réguler ? Si l’on avait suivi ces beaux préceptes les ouvriers travailleraient encore 18h par jour, femmes et enfants compris…
    La main invisible de Smith, avec le temps, on comprend mieux où elle se trouvait…

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