La gauche désormais responsable de la sécurité de la Suisse ?

hallebarde

Vous souvenez-vous, au lendemain du 9 février, du refrain tout à la fois goguenard et vexé du clan des vaincus, qui, entre deux appels à supprimer la démocratie directe, estimaient qu'il revenait à l'UDC de trouver désormais des solutions pour intégrer les résultats de son initiative à l'ombre du bon vouloir de leurs Excellences européennes ?

Et bien, voilà, nous y sommes, c'est à notre tour de demander à ces messieurs de la gauche, et à tous ceux qui ont cru utile de jouer un bon tour à Ueli Maurer, parce ce qu'il se trouvait qu'il était, lui aussi, de l'UDC, de faire en sorte de garantir notre sécurité aérienne en toute occasion, à tout moment et sans le matériel nécessaire...

Quand on pense au drame qui a été fait pour une initiative dont la seule conséquence fut un effet d'annonce sur la suppression d'un programme d'échange estudiantin qui, finalement, n'aura pas lieu dans les faits, l'on se dit volontiers que les officines rédactionnelles, qui oignent à loisir les votations populaires de leur bénédiction ou de leurs anathèmes, connaissent des faveurs à géométrie pour le moins variable. Pas de dénonciation du populisme, pas d'interrogations anxieuses sur les excès de la démocratie directe, au contraire, une jubilation à peine voilée quant à ce qui serait une première "victoire" contre l'armée, ce qu'en toute bonne foi, ce vote ne signifie pas.

Quel peuple étrange célébrerait une victoire contre sa propre armée, l'armée de son peuple, par son peuple, pour son peuple ? En temps de guerre, on qualifierait cette attitude de trahison, en temps de paix, une forme d'inconscience joviale de ceux qui croient que la guerre est finie pour toujours parce qu'il ne l'ont pas connue. En 1939, les soldats Français ouvrirent les arsenaux de la ligne Maginot ne trouvèrent que des munitions sabotées par des militants du Front populaire et, sur les murs, cette inscription: "Vive la liberté !"... la liberté, en France, en 39...

On nous traitera d'oiseau de mauvaise augure, il est vrai qu'en temps de paix, des avions de guerre ne sont pas nécessaires. Seulement voilà, l'humanité n'a jamais connu un seul temps de paix, complet, durable, et si la Suisse semble avoir fait mieux que certains de ses voisins, ce n'est pas faute d'avoir su se préparer. Si tu veux la paix prépare la guerre. Il y a près de cinq cents ans déjà, Machiavel soulignait cette particularité toute helvétique, en perspective avec l'histoire de l'humanité:

"Rome et Sparte furent longtemps en armes et en liberté. Les Suisses sont très armés et très libres" (Machiavel, Le Prince, XII, 1513).

Cet épisode est pour le moins révélateur de ce qui se passe dans notre pays. L'UDC s'est vue conspuer pour avoir voulu renforcer l'identité démocratique face à cette sorte de concrétion monstrueuse qu'est devenue l'Union européenne. Le risque d'indisposer les élites bruxelloises était moindre en ce que celles-ci ne pourront survivre à moins d'intégrer la démocratie. Il s'agissait d'une sorte mission salutaire, le cadeau de l'une des plus vieilles démocraties au monde à cette structure néophyte et chancelante. Cette décision a d'ailleurs été perçue comme une chance pour la liberté par des millions de ressortissants de nations européennes.

La décision de mettre notre défense à nu relève du vieux fantasme internationaliste socialiste, qui croit parvenir à la paix mondiale en privant les citoyens des moyens d'accéder à la conquête des libertés. Ils vident les arsenaux, sabotent les consciences et livrent, le moment venu, les clés de la cité au premier envahisseur qui se présente à ses portes. Car oui, l'arme, la mentalité neutre mais armée, la conscience d'être en droit de défendre son bon droit, voilà ce qui faisait l'homme libre. Voilà pourquoi certains vont encore voter l'épée au côté, en Suisse, chaque homme disposait de ce privilège réservé strictement aux nobles dans tous les autres pays. Pas de servage mais des hommes libres, très libres parce que "très armés".

Les conséquences de cette erreur pourraient bien se payer comptant au jour où quelques étudiants jihadistes voudraient s'offrir un programme d'échange sur notre territoire ou dans notre espace aérien, mais sera-t-il encore temps alors d'aller réclamer des comptes à ceux qui, hier, ont badigeonnée leur conception indigente de la liberté sur tout ce qui nous a permis, en 700 ans d'histoire, de conserver la nôtre ?

Allez donc faire un tour au château de Grandson, au musée national de Zurich, vous n'y trouverez ni tract du GSsA ni fleurs séchées au canons des arquebuses, mais des piques, des hallebardes, des Morgenstern, des armures et, surtout, des épées. La liberté, en Suisse, c'est ça, à tel point d'ailleurs qu'on ne peut concevoir, au XXIe siècle encore, un garde suisse sans cette arme qui a fait l'idée même de la Suisse, la hallebarde. Or, ces armes, ces outils, ne sont bons qu'à constituer des forêts de souvenirs aux arrière-salles des musées sans une main pour les brandir, sans une conscience pour s'en servir. Ce qu'il convient de ressaisir aujourd'hui, c'est l'idée de l'armée, au risque de perdre tout notion de liberté et de tenir son indépendance du bon plaisir, toujours provisoire, de quelque maître étranger, plus libre et plus puissant parce que plus armé. La liberté n'a pas changé de nature de toute l'histoire de l'homme et fera toujours partie de ces choses qui s'arrachent les armes à la main et ne se demandent pas, jamais, à personne.

7 commentaires

  1. Posté par d degoumois le

    bin c’est normal, puisque jusque là elle était déjà responsable de toute l’insécurité!

  2. Posté par adalbert le

    @LEB : ainsi, selon vous, « la Suisse alémanique devra se séparer de la Romandie, question de survie » !! Mais ils peuvent partir, on ne va pas les retenir avec des larmes dans les yeux ! On pourra enfin supprimer chez nous la taxe-poubelle, cette géniale imbécillité imposée aux Romands contre la volonté populaire, abolir l’obligation idiote pour les automobilistes d’allumer leurs phares en plein jour et en plein soleil : même les très germaniques Autrichiens ont fait machine arrière. On ne volera plus les Romands avec des primes d’assurance-maladie surtaxées permettant aux Alémaniques de bénéficier de primes très basses. Les Welsches ne contribueront plus à payer des dizaines de milliards pour financer les transversales alpines sous le Gotthard, que les Romands n’utilisent pratiquement jamais. Et cerise sur le gâteau on pourra dire adieu au dialecte « identitaire »qui exclut l’autre, humiliant et vexatoire, de nos « chers compatriotes ». Enfin, les « Grecs de la Suisse » pourront décider librement et souverainement de leurs choix en matière de politique économique et d’investissements pour favoriser le dynamisme de la Romandie.

  3. Posté par François M. Monney le

    Ce qui est rassurant, ce que nous sommes plusieurs à avoir compris que tout l’enjeu du vote sur le Gripen résidait dans la question de savoir si la droite allait conserver la légitimité populaire engrangée le 22 septembre 2013 ou si les anti-Gripen et anti-Maurer du camp brougeois allaient permettre à la gauche de commettre un casse sans effraction. Certains « libéraux » prendront peut-être conscience de leur désinvolture au moment de la rédaction du RAPOLSEC 2015. En attendant, on ne peut que leur conseiller de relire « Le corbeau et le renard » de La Fontaine : peut-être comprendront-ils enfin qu’ils ont été joués par plus malin qu’eux, dès lors qu’ils se désintéressent depuis trop longtemps des questions de défense !

  4. Posté par Ueli Davel le

    La gauche envisage de demander à nos voisins de nous protéger! Nos marxistes veullent nous alliés avec un pays ayant des bombes atomiques! Grandiose! C’est vrai qu’avec des bombes plus besoins d’aviations, de gamelles et gamaches

  5. Posté par Genton Gaspard le

    Ce que j’en pense: Je trouve votre éditorial BELLIQUEUX!
    au sens premier du mot. Et si vous aimez l’histoire, rappelez-vous que nous commémorons l’an prochain, les 500 ans de la bataille de Marignan. Aillez par ailleurs le courage de le signer.
    Gaspard Genton

    [La Rédaction: Les productions de la Rédaction sont à ce nom http://www.lesobservateurs.ch/mentions-legales/ ]

  6. Posté par LEB le

    Cette excellente analyse résume bien la situation actuelle.
    Il faudrait plus étudier les méthodes des gauchistes pour mieux les combattre.
    P.ex. leurs agressivité et démagogie sans retenue, omniprésentes lorsqu’ils s’expriment dans les médias. Pourquoi les gens se laissent violer si facilement, comment combattre cela ?
    Quand on voit, p. ex M. LEYVRAZ, on constate que, de toute évidence, il a appris même à poser sa voix, rien n’est spontané dans sa déferlante, … mais ça marche.
    J’ai demandé à plusieurs jeunes adultes (milieu de l’enseignement, hospitalier), ce qu’ils pensaient voter. Les réponses furent du style : « je ne vais quand même pas voter pour un avion de combat » ou d’autres fadaises gauchistes du genre. Je pense que toute une génération de jeunes est perdue (décervelée par le politiquement correct des médias et des enseignants), … leur cerveau est lavé à jamais.
    Dans le contexte international tendu, je crains que la Suisse alémanique en arrivera au point où elle devra se séparer de la « Romandie », question de survie ; …reste à savoir comment elle pourra gérer la masse des réfugiés romands qui voudront s’installer chez eux !

  7. Posté par Derek Doppler le

    Ben justement, veulent pas être libre, surtout pas, ou alors de consommer. Parce qu’être libre, c’est devoir faire des choix (ouille, discrimination, tout ça) et ensuite les assumer (ouh là, plutôt crever, « assumer », encore un verbe fachisant, c’est mal, trop abusé) Bah, le jour où immanquablement les choses tourneront vraiment mal, il suffira tout simplement de sacrifier les ploucs lémaniques, les ahuris des crêtes et les crétins des alpes. Bon débarras.

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