L’habit ne fait pas le moine

Uli Windisch
Rédacteur en chef
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Nombreux sont les médias et les journalistes suisses qui jubilent lorsqu’ils trouvent des journalistes étrangers qui critiquent et caricaturent la Suisse. Cela n’a évidemment pas manqué suite à l’acceptation par le peuple suisse de l’initiative « Contre l’immigration de masse ». C’est encore plus apprécié quand la source est considérée comme prestigieuse, du moins par ceux qui en ont  une vision stéréotypée et une guerre médiatique de retard.

Ainsi a-t-on cité à « notre radio » le New York Times qui parlait d’une Suisse recroquevillée, tournée vers le passé, etc. En premier lieu, il y a bien sûr un contraste énorme entre cette image et celle, nettement positive, qu’en ont une large majorité d’Américains.

Faut-il rappeler que le NYT est un journal qui penche du côté du politiquement correct et est à ce titre une référence dans ce milieu-là. Bref sa réputation générale, absolue et incontestée date un peu, de même que ceux pour qui il reste une sorte de temple des médias où l’on vient se recueillir rituellement.

Cela n’empêche pas le journal Courrier international(CI) de le présenter ces jours encore de la manière suivante : « le New York Times est de loin le premier quotidien du pays, dans lequel on peut lire "all the news that's fit to print" (toute l'information digne d'être publiée).C'est réellement le journal de référence du pays dans la mesure où les télévisions ne commencent à considérer qu'un sujet mérite une couverture nationale que si le New York Times l'a traité. Le CI le qualifie néanmoins de « centre gauche ». Voilà un beau terme passe-partout, pour ne pas dire simplement de gauche !

Il faut éviter de dater. C’est un peu comme une citation d’auteur inadéquate qui produit un effet inverse. Ainsi, même au NYT arrivent des scandales. L’un est maintenant largement connu, du moins pour ceux qui veulent savoir. Rappel : un jeune journaliste, Jayson Blair, a bidonné ses articles (affabulations, plagiats, mensonges éhontés, faux reportages, etc) pendant des années au début des années 2000. Ce journaliste était Noir, aïe ; les syndicats, persuadés qu’il était victime de racisme, se sont chargés de sa défense… etc.

Ce cas est devenu classique et a fait l’objet de nombreux débats. Le magazine du Monde du 9 août 2013, mieux vaut tard, en a fait un dossier dont « le système d’excuses-compréhension mérite la lecture. Quel dossier aurions-nous eu si ce journaliste avait été Blanc et de droite ?

Mais le problème qui nous intéresse ici dépasse largement cette histoire ; et cette dernière ne suffit bien sûr pas à mettre en cause l’importance de ce journal, même s’il faut se souvenir que ce journal est donc de « centre gauche » et non le summum de l’objectivité et une référence qui interdit toute critique.

C’est la leçon qu’en a tirée le journal qui devrait devenir une référence. Il a nommé un expert chargé de faire un rapport plus général afin de déterminer comment faire pour reconquérir la confiance des lecteurs et enrayer l’érosion de ce lectorat. Cet expert, Allan Siegal, relève d’abord l’effet dévastateur d’un seul scandale ; il confirme l’image et la réalité des médias massivement de gauche, donne des exemples de la manière très subjective, partiale et négative dont font aisément l’objet les politiciens de droite. Une amélioration de la crédibilité dépend d’une meilleure formation.

Il suggère la mise sur pied d’une veille déontologique  par les médias, souligne que les médias sont devenus un pouvoir sans contre-pouvoir. Avec cependant dans ce dernier rôle l’irruption de l’Internet.

Autre constat : les journalistes sont trop déconnectés du pays réel et profond ! Tiens le fameux fossé que nous pointons en permanence. Le dénigrement de ceux qui pensent autrement. Cela vous dit quelque chose, ces temps ?

Autre suggestion : les journalistes devraient être plus anthropologues, plus réceptifs aux faits, plus autocritiques, parler du monde tel qu’il est ! Quelle drôle d’idée !

Les journaux qui chez nous se veulent de référence, il y en a, pourraient peut-être avoir l’humilité d’écouter ce genre de propositions. Les lecteurs seraient peut-être moins nombreux à être tentés par le rejet, qui risque  de devenir vrai réflexe.

In fine, une prise en compte de telles mesures par nos médias leur permettrait sans aucun doute  de combler quelque peu le fameux fossé, d’alimenter de vrais débats démocratiques avec tous les citoyens et de reconquérir une partie des lecteurs qui les abandonnent, plutôt que de prôner, comme certains viennent de le faire, après l’acceptation de la votation « Contre l’immigration de masse »,  une limitation de la démocratie directe. Tout de même un comble lorsque l’on constate à quel point cette dernière est de plus en plus désirée et partout, et qu’à défaut, c’est l’Internet qui jouera de plus en plus ce rôle et d'autres médias.

Uli Windisch, 23 février 2014

Un commentaire

  1. Posté par Stéphane Montabert le

    Il y a un autre facteur que l’on oublie bien vite: pour d’évidentes questions de budget, la plupart des médias n’envoient pas un reporter en voyage à chaque fois qu’il faut écrire un article pour un pays donné. Soit ils maintiennent le contact avec un « correspondant permanent » – qui n’est que rarement employé à plein temps dans ce rôle – soit ils sous-traitent ponctuellement avec des journalistes locaux pour qu’ils fassent office de pigistes contre rétribution.

    Autrement dit, un article parlant de la Suisse dans une publication étrangère a toutes les chances d’avoir été écrit par un journaliste helvétique.

    Quant on voit la teneur des analyses critiques paraissant dans les journaux étrangers, quand on sait que ces textes sont écrits par nos propres journalistes, et quant on voit la délectation de ceux-ci reprendre ces textes ici-bas pour mieux battre la coulpe de la Suisse, on a une petite idée de la perversité intrinsèque aux journalistes engagés.

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