De l’IVG à l’avortement : les sensibilités ont changé

Uli Windisch
Rédacteur en chef
UWAvortementFoetus15.12.13

 

Votations du 9.2 2014.Reprise ( 1ère édition : 15.12.2013) à l'occasion de la campagne qui se durcit avant la votation.

L’une des votations du 9 février 2014 demande que l’interruption volontaire de grossesse ne soit plus remboursée par l’assurance de base.

Ceux qui s’opposent à la suppression de ce remboursement prétendent que les partisans veulent en réalité relancer le débat sur la dépénalisation de l’avortement.

« On peut discuter de tout, mais je trouve choquant qu’on doive revenir sur ce thème » déclare la conseillère nationale Ruth Bernasconi ! (Le MatinDimanche, 15 décembre 2013). Cela parce qu’en 2002 le peuple s’était prononcé en faveur de la dépénalisation de l’avortement. Et donc il n’y aurait plus lieu d’en débattre. On peut mais on ne peut pas !

Etrange argument : si l’on suivait cette « philosophie politique » le suffrage féminin n’existerait pas encore puisqu’il a fallu s’y  prendre à plusieurs reprises, et ainsi de suite pour bien d’autres thèmes.

Autre argument : ce ne serait que les politiciens de la droite catholique et évangélique conservatrice qui voudrait une telle solution, «  les mêmes que ceux qui sont contre « l’éducation sexuelle à l’école, l’assurance maternité, le planning familial. Ils sont contre tout »…

Parmi ces arguments, on ajoute encore que « la Suisse est un des pays où le taux d’interruption volontaire de grossesse est le moins élevé en Europe ».

En réalité, sans être obstinément d’un camp ou de l’autre dans cette votation, je pense que le fond du problème est ailleurs et que les partis dits bourgeois ne voient pas que les sensibilités collectives ont changé et que les vrais débats se situent de plus en plus au niveau des valeurs, et que certaines valeurs qui ont été dénigrées pendant des décennies dans la phase dite de  « libération générale des mœurs » depuis les années 1970, reviennent à la surface et reprennent une place parfois de première importance. Ce courant est général et ce serait une erreur que de n’y voir que conservatisme, attitude réactionnaire, vaine nostalgie, intégrisme religieux, etc.

Le changement des valeurs en cours est profond, souvent implicite, et touche aux fondements mêmes de notre culture et civilisation. Cela au moment même où un maximalisme idéologique diamétralement opposé, emmené par exemple par les socialistes très à gauche au pouvoir en France, tente de s’imposer sur les questions de société. Le conflit ne peut être que frontal et total.

Mais la droite devrait comprendre que des valeurs comme la nation, la patrie, la famille et la vie elle-même, et d’autres encore, redeviennent essentielles, et plus fortement encore face à ce maximalisme idéologique de gauche que même mai 1968 n’exigeait pas.

Pour en rester simplement à la valeur de la VIE dont il est question ici, l’ image en cause est celle de la vie, de la vie de l’enfant dès sa conception, et cette image a beaucoup changé, également sous l’effet des progrès technologiques qui offrent des images magnifiques de cette vie dès son origine et qui ne laissent personne indifférent. La vie redevient un phénomène extraordinaire, sacré pour beaucoup, dont on suit l’évolution précisément avec images à l’appui (amniocentèses, etc).

Le problème posé par une personne confrontée à un avortement devient beaucoup plus préoccupant et important. Ce n’est plus un acte comme cela l’était dans les années 1970. Un tel acte ne va plus de soi. Les souvenirs, voire les séquelles d’un avortement  peuvent  poursuivre certaines femmes leur vie durant. Négliger ces changements, c’est ne pas voir la profondeur des mutations en cours, indépendamment des idéologies politiques, qu’on le veuille ou non.

Cela se traduit jusque dans le langage : le mot avortement, bien plus concret et brutal que celui, délibérément euphémisé, d’IVG est de nouveau utilisé même par ceux qui n’en font encore qu’une banale opération chirurgicale. Ils ne s’en rendent même pas compte.

Proposition : développer réellement et sérieusement des conditions permettant aux familles et aux femmes confrontées à ce terrible dilemme de pouvoir garder un enfant même quand cela semble impossible. Il nous faut une vraie politique nataliste. Plutôt que refuser des aides financières et autres, par exemple, aux femmes qui seraient prêtes à avoir trois enfants au lieu de deux, de même à celles qui souhaitent rester à la maison, même quelques années, pour élever leurs enfants  plutôt que de les confier mécaniquement et automatiquement à l’ETAT, sous une forme ou une autre. Mais de cela on n’en a pas voulu.

L’immense bonheur que peut procurer un bébé et un enfant devrait retrouver tout son sens de même que les valeurs qui sont ici en jeu.

Préférera-t-on bientôt ne plus avoir d’enfants du tout pour les faire fabriquer par d’autres, dans des conditions déplorables, sorte de néo-colonialisme méprisant, plutôt que de tout faire avec moyens à l’appui pour soutenir l’une des plus belles aventures humaines. Vouloir donner la vie plutôt que faciliter sa fabrication par d’autres ou faciliter sa suppression devrait se situer au-delà des idéologies.

Au-delà des oppositions frontales sur ce thème, travaillons à plus essentiel : à une vraie politique nataliste, au lieu de compter sur l’immigration ou de demander simplement aux femmes d’entrer plus massivement sur le marché du travail. Il en va du type de société que nous voulons et des valeurs qui la fondent, plutôt que d’une opposition entre « progressistes » et « réactionnaires ».

Une autre et vraie votation sur l’essentiel, sur une vraie politique nataliste, doit suivre celle du 9 février 2014.

Uli Windisch, 15 décembre 2013

9 commentaires

  1. Posté par coriolan le

    Excellent plaidoyer pour une politique nataliste et populationniste, l’Institut Catholique de Paris va tenir une série de conférences philosophiques sur le thème du Sophisme Paralogique en Bioéthique, pour développer l’argumentaire en faveur du respect intégral de la vie, de la conception à la mort. Le député UMP, de droite, Jean LEONETTI, auteur de la loi sur la fin de vie, et médecin, résumait la perception française de l’avortement, sur France-Inter dans l’émission « Le Téléphone Sonne » du 16 Juillet 2013; le débat portait sur la recherche en cellules-souche embryonnaires, auquel il est opposé.
     » A l’instar de l’avortement, la protection de l’embryon est générale mais symbolique, alors que l’autorisation (d’avorter) est spécifique mais systématique. » La majorité du groupe UMP vient de voter la suppression, toute théorique il est vrai, de la notion de détresse, proposée par le gouvernement socialiste, qui va s’attaquer à la clause de conscience médicale. Le combat pour la défense des plus faibles doit redoubler d’effort.

  2. Posté par Sancenay le

    Débordé par quelques impératifs familiaux en fin d’année je n’ai pas vu passer ce beau plaidoyer auquel je souscris entièrement . Permettez-moi toutefois de préciser qu’ en France, c’est la responsabilité de la destruction massive de petits d’hommes n’incombe pas seulement aux « socialistes les plus maximalistes » mais à tous le spectre politique qui se réclame exclusivement de l’héritage prétendument « philosophique » des obscures « Lumières ». C’est à ce point vrai que ce sont des gaullistes qui se disaient « catholiques » qui ont fait passer en 1975 la Loi autorisant l’avortement.
    Il en est allé de même récemment avec le dépistage préimplantatoire , cette forme contemporaine d’eugénisme d’Etat, ainsi qu’avec l’autorisation de la vivisection de l’embryon où ce les scories des familles de feu la « démocratie chrétienne » qui ont sensiblement contribué à sonner le glas de ces petits anges.
    Merci en tout cas Monsieur Windisch pour vos propos généreux.Plaise au Ciel qu’ils contribuent à convertir les coeurs de vos compatriotes à la défense d’un Bien commun sensiblement régénéré.

  3. Posté par Jean-Philippe Gay-Fraret le

    J’encourage chaque personne voulant une politique nataliste à soutenir l’initiative l’avortement est une affaire privée. Cette initiative permettra d’appliquer à la lettre la solution du régime des délais, qui permet l’avortement pour certaine situation et dans un certains délais, car certaines situations dramatiques seront toujours remboursées par l’assurance de base, car l’avortement devrait être appliqué qu’en dernier recourt. Cependant, une partie des avortement en Suisse ne sont pas des situations spéciales, mais sont des avortements de confort, donc pas compris dans le régime des délais. Les personnes voulant se faire avorter par confort, ont la possibilité de le faire en ayant une complémentaire et ainsi de respecter l’esprit du régime des délais. Pour terminer, il faudra aussi que le parlement se penche sur les mesures d’accompagnement et que d’autre possibilités pour garder l’enfant à naitre soient développées et réellement proposées aux femmes ne désirant pas garder leur enfant.

  4. Posté par Gutowski-Zumofen Danièle le

    Merci de votre texte. Souhaitons que la Suisse se mette vraiment à travailler à l’instauration d’une véritablement politique familiale pour tous. Il est grand temps.

  5. Posté par Jean-Marc Noyelle le

    Concernant la vidéo précédemment citée du professeur de médecine Alexander Tsiaras, voici une vidéo où l’on peut choisir un sous-titrage français (automatique) en option :

    http://www.youtube.com/watch?v=-yk5sH5hPCQ

  6. Posté par Marie-France Oberson le

    Excellent commentaire sur toute la ligne! Rien à rajouter tout est dit et bien dit !

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