Familles: les incohérences du PDC

« Tu quoque », mon parti.

 

L'on n'attendait plus grand chose, il est vrai, du "parti de la famille" depuis ses près de 40% de votes favorables à l'adoption d'enfants par des homosexuels. 40% qui faisaient suite à toute une litanie de garanties contraires; 40%, certes, ce n'est pas la majorité, mais tout de même...

La RTS a mis en scène hier, une fois de plus, sur Forum, la rupture qu'elle a contribué à instaurer au sein du parti démocrate-chrétien sur la question de l'initiative UDC pour les familles. Initiative soutenue au demeurant par les deux-tiers de ses représentants au Parlement.

Le PDC a voté, puis revoté, jusqu'à parvenir à être contre sous la pression conjuguée des femmes PDC et d'une certaine clique médiatique. Conscient qu'il vaudrait mieux pour lui, électoralement, en Valais, dans l'espoir d'un fauteuil au Conseil d'Etat qui plus est, s'arroser d'essence et se bouter le feu sur le champ plutôt que d'être contre, l'actuel président du PDC, Christophe Darbellay n'a pas voulu démordre de sa position et a continué néanmoins son soutien à l'initiative. Sa position se comprenant d'autant plus que l'initiative UDC n'est que la pâle copie de ce que le PDC a fait passer en Valais il y a quelques années.

Aujourd'hui, la présidente des femmes PDC, Babette Sigg, prend la dictée et le micro de la RTS pour rappeler son président à l'ordre et se dire "très fâchée".

 

La position du PDC

Depuis ce vote malheureux, le PDC expose ses consignes sur son site internet. Le mot d'ordre est clair, le PDC vote contre. Les arguments sont ceux de la gauche: la ruine de l'Etat, la fin du fédéralisme, la fortune des riches, le travail des parents au foyer qui ne vaudrait rien, une inégalité fantasmée entre les modèles familiaux, etc. "Une déduction fiscale pour les parents qui gardent eux-mêmes leurs enfants est boiteuse d’un point de vue fiscal. Seuls les coûts réels peuvent être déduits de l’impôt."

moins d'impôts, plus de bébésOr, vous vous en doutez, à l'heure où le PDC renonçait à toute forme de conviction pour basculer son électorat dans les eaux tièdes du centrisme, la seule valeur que l'on maintint alors fut celle de la "famille". L'on espérait ainsi ratisser les conservatismes catholiques et campagnards pour faire barrage à la droite, la vraie, à la façon d'un front républicain. On étendait l'offre, la gauche faisait le social, le PLR l'économie et ce qui restait du PDC la "famille". On eut plus tard des variantes comme le PBD et les Verts-libéraux, histoire de bien finir les coins. A cette époque, le PDC se relança dans ses fiefs à grands renforts d'affiches, comme celle que vous pouvez voir ci-contre: "Moins d'impôts pour les familles, plus de bébés". Aujourd'hui, une simple déduction fiscale pour les familles est qualifiée de "boiteuse".

Le document souligne toutefois que le PDC est à l'origine de semblables déductions dans tous les cantons où elles sont appliquées, Lucerne, Valais, Zoug, "dans d’autres cantons, ce besoin n’existe pas"; les familles apprécieront.

Ironie du sort, ou de la versatilité en politique, les principaux documents de position PDC de ces 6 derniers années portent comme titre: "Allégements pour les familles!" (2007), "Soulager les familles – maintenant !" (2009), "Renforcer les familles !" (2011).

 

2007

On peut y lire qu' "une large majorité du peuple suisse est d'avis qu'il faut poursuivre l’allégement des charges qui pèsent sur les familles." Il suffit que l'UDC l'ait compris pour que le PDC ne le comprenne plus.

A l'exact opposé de son argument actuel, selon lequel "les allégements [sic] profitent avant tous [sic] aux ménages à revenus élevés" parce que "la moitié des familles sont d’ores et déjà exemptées de l’impôt fédéral", le PDC affirme, en 2007, que le système actuel d'allocations familiales a "pour conséquence que des familles à faibles et moyens revenus paient davantage d'impôts." "Seul 6 pour cent des enfants vivent dans des familles aisées [...] La discrimination économique des faibles et moyens revenus des familles est ainsi évidente", ajoute-t-il encore plus loin.

 

2009

En 2009, le PDC, solennel, proclame:

"Nous demandons qu’une déduction de l’ordre de 3'000 francs soit introduite pour ces contribuables [les parents, ndlr] au niveau de l’impôt fédéral direct."

Aujourd'hui, curieusement, cette déduction "engendrerait d’énormes pertes fiscales".

Florilège:

"Des propositions concrètes visant à alléger la charge fiscale des familles tardent à venir."

"Un bon tiers des enfants vivent dans des familles à faible revenu, environ 60 % dans des familles de la classe moyenne et seulement 6% dans des familles aisées."

"Depuis des années, le PDC demande de réduire la charge fiscale des familles."

"Nous voulons soulager la classe moyenne par le biais des impôts directs."

"L’obligation d’entretien des enfants est le critère déterminant pour tout allègement fiscal", et non les frais encourus comme il l'affirme aujourd'hui.

"La charge fiscale des familles de la classe moyenne doit absolument être allégée pour que celles-ci puissent retrouver leur pouvoir d’achat. Les personnes qui élèvent des enfants et acceptent une réduction de leur pouvoir d’achat doivent bénéficier d’une imposition nettement plus faible."

Et ceci, en gras dans le texte:

"Nous demandons que les familles avec enfants soient soulagées rapidement et efficacement en se basant sur le système actuel. D’une part, il convient de prendre des mesures immédiates à savoir : l’introduction d’une déduction pour la garde des enfants."

Ce par quoi le PDC entend les frais de garde en crèche, mais pas seulement:

"Le PDC s’engage pour le libre choix des familles. Par conséquent, les parents ayant des enfants de moins de 16 ans et qui assurent eux-mêmes et à titre gracieux la garde de leurs enfants peuvent dorénavant faire valoir une déduction pour la garde. Nous demandons qu’une déduction de l’ordre de 3'000 francs soit introduite pour ces contribuables au niveau de l’impôt fédéral direct."

Succulent !

 

2011

"Les parents doivent avoir le choix. C’est à eux de décider s’ils veulent garder eux-mêmes et tout le temps leur enfant ou s’ils veulent le confier aux grands-parents ou à une structure d’accueil à la journée. Pour que les parents aient vraiment la liberté de choisir le modèle de garde, il y a lieu d’examiner l’introduction d’une allocation pour enfants en bas âge pour tous les parents d’enfants en âge préscolaire. On peut envisager par exemple une déduction sur le montant de l’impôt."

"Le travail familial mérite aussi un certificat d’aptitude."

 

Bref, vous l'aurez compris, le PDC n'est plus le PDC et la démagogie dont nous abreuve cette parodie de parti de la famille - que les quelques derniers résistants nous pardonnent - se mesure aujourd'hui à l'aune de la forfanterie de ce putsch anti-familial dont le PDC a été l'objet sinon la victime. En somme, tout ceci n'aura été que des mots.

Il convient certainement de s'interroger sur la place et l'usage réel des sections féminines au sein des partis de droite, UDC comprise. Si la femme est l'égale de l'homme, et nous pensons qu'elle l'est, qu'elle s'engage dans son parti sans faire de distinction sur fond de discrimination sexuelle. A l'heure actuelle et au vu de leur action, ces sections femmes font plus volontiers penser à des options de rattrapage idéologique de la gauche au sein des partis de droite ou réputés tels, qu'à des déclinaisons complémentaires fondées sur la sensibilité féminine. Une forme de sous-traitance des thématiques sociétales issues de l'horizon gauchiste. On pensait peut-être jouer un mauvais tour aux socialistes et à leurs compères en créant ces enclaves. On découvre aujourd'hui qu'elles rongent les structures de l'intérieur et les détruisent avec la virulente dissimulation d'un cheval de Troie.

Plutôt que de se laisser étriller par Mme Sigg, à heure de grande écoute, M. Darbellay ferait peut-être bien de la renvoyer là d'où elle vient, à gauche. Et la remarque vaut tout aussi bien, cela va de soi, pour Mme Esseiva.

 

RTS Forum 14.11.2013

 

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Familles: les savoureuses contradictions du PLR

3 commentaires

  1. Posté par P.M. Vergères le

    En sus, dans cette campagne, on ne peut que remarquer la mauvaise foi crasse de la presse (in corpore). Ainsi, une dépêche de l’ATS ce jour titre: « Initiative UDC, un non cinglant ». Tout un chacun peut donc croire que la tendance qui fait tant mal aux ventre aux féministes acharnées s’est retournée. Ben non! En fait, c’est le simple mot d’ordre de l’assemblée des femmes syndicalistes. Pouvait-on, une seule once de seconde, imaginer que ces relents de communisme aux miasmes putrides, puisse demander un avantage quel qu’il soit pour les mères qui décident de rester au foyer? Vous n’y pensez-pas. Leur pire cauchemar. Vous vous rendez compte? Des enfants élevés par leurs parents et non par des psycho-trucs de l’Etat! Leurs pugnacité dans la machinisation de l’homme fait froid dans le dos.
    Par contre, bravo à l’ATS pour sa belle objectivité. Mais doit-on en être étonné?

  2. Posté par Gaétan Porcellana le

    C’est sûr qu’à force d’avoir les fesses entre deux chaises, ça laisse encore l’espace nécessaire pour se prendre une tige de selle entre les deux.

    Celle de la réalité.

Et vous, qu'en pensez vous ?

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