Le Franglais, ce fléau contemporain

Chris Ulmer
Etudiant
stop-arret

« Fun, buzz, mail, job, coaching ».

Ces expressions venues de pays anglo-saxons sont malheureusement devenues langage courant, non seulement dans la presse mais aussi pour beaucoup de Suisses, toutes générations confondues. En effet, durant les quinze dernières années les anglicismes ont progressivement infiltré la langue française sans que personne n’y oppose son veto. A première vue cela peut paraître inoffensif et même anodin, mais la banalisation rampante du franglais est une menace pour l’avenir de la langue de Molière.

Altération

Petit à petit l’anglais grignote le français, et le risque encouru à long terme est clair, une lente mais irrémédiable altération de la langue française. Ce risque n’est pas assez pris au sérieux au sein des médias et des milieux éducatifs, qui trouvent ces expressions à la mode plutôt « cool », contribuant ainsi au développement du mélange des langues. Les anglicismes sont présents dans un nombre grandissant de domaines, le monde du sport et du commerce de détail en sont deux bons exemples. En effet, comme vous l’aurez sans doute remarqué que ce soit en naviguant sur la toile, en faisant du magasinage, ou même en pratiquant de la planche à neige, le franglais est omniprésent. D’où l’importance de résister à la tentation du franglais qui appauvrit considérablement la langue française, et cette résistance doit commencer au niveau politique.

Plurilinguisme facteur d'appauvrissement ?

A ce titre, les consciences commencent gentiment à se réveiller en Suisse. En réponse à des interpellations de divers conseillers nationaux, le conseil fédéral à fait savoir qu’il privilégie autant que possible les langues nationales et n’utilise des termes anglophones qu’en cas d’extrême nécessité. Néanmoins, la votation de cet été sur le « Managed Care » démontre clairement que nos autorités ne vont pas assez loin et s’intéressent peu au problème. La lente érosion de la qualité du français aura aussi des conséquences négatives sur notre culture car quand une langue est menacée, la culture l’est aussi. Il serait sage de prendre exemple sur nos amis québécois qui ont réagi rapidement en sentant augmenter la pression linguistique venant de leurs compatriotes anglophones. Les habitants de la Belle Province ont compris l’importance de leur richesse linguistique et culturelle, ils ont donc fait le choix logique de remplacer des mots anglophones par du français.

Le constat est malheureusement sans appel, le français truffé d’anglicismes se développe rapidement, et il est devenu difficile de passer outre tant dans notre vie professionnelle que privée. Alors, si nous ne voulons pas d’une américanisation linguistique de la Suisse, il est primordial de tout mettre en œuvre pour freiner la progression galopante des anglicismes qui affaiblissent notre belle langue, car il sera bientôt trop tard pour agir. A l’avenir, il faut espérer que nos commerçants, nos journalistes ainsi que nos autorités politiques sauront montrer la voie à suivre.

8 commentaires

  1. Posté par Audon le

    Oui notre culture et notre langue sont malades et c’est bien dommage.
    L’antenne de référence France Culture est minée par le mal; écoutez parler les journalistes et animateurs d’émission… ils ne relèvent plus les erreurs de leurs invités et en commettent de nombreuses et vont de néologismes en charabia. Savent-ils d’où ils parlent, à qui ils s’adressent.
    Il est vrai qu’une autre difficulté les empoisonnent; ils doivent occuper le temps d’émission et rapidement leur invité n’est plus qu’un faire valoir pour leur Ego!
    Il fut un temps ou les invités étaient repris pour des fautes d’accord; maintenant on peut y aller et le cas échéant se faire foutre… Eloquent, non?

  2. Posté par Vincent GOUGIS le

    Ni liberté ni souveraineté. La contamination est mondiale (:personnes entendues sur Thalassa) : les expressions « on n’a pas le choix », « laisse tomber » répétées tout le temps par tout le monde sont symptomatiques.
    Le propre d’une langue se trouve dans son orthographe et sa phonétique. Une harmonisation est vitale face à cette invasion impérialiste.

    V.GOUGIS

  3. Posté par Christian Lavarenne, docteur ès lettres le

    Le dernier commentaire me contraint à indiquer une meilleure solution (car plus effective) que « la meilleure solution » proposée (encore quasiment inexistante, elle) ; d’autant que c’est en général l’espéranto qu’à plus juste titre on qualifie de « latin de la démocratie », et qu’environ 50.000 ouvrages ont déjà été écrits ou traduits et publiés dans cette langue (dont 35.000 parmi les plus de 100.000 documents en ou sur l’espéranto conservés à la bibliothèque nationale autrichienne : http://www.onb.ac.at/ev/esperanto_museum.htm).
    Pour préserver l’intégrité des langues d’Europe (et du monde) en particulier face à l’anglais, il existe d’ailleurs un nouveau mouvement politique, EDE (Europe Démocratie Espéranto), qui a recueilli aux élections européennes 25.067 voix en 2004, et 40.717 en 2009 (dont 28.945 en France). Ce n’est bien sûr qu’un très modeste début, mais qui pourrait nettement se renforcer à celles de 2014 (voir http://www.e-d-e.org/?lang=fr).
    Christian Lavarenne, docteur ès lettres
    (seconde thèse, d’hist. contemporaine, à Paris 13 en 2012,
    intitulée « Espéranto : l’idée interne dans ses origines… »)

  4. Posté par SATIGNAC le

    Et si la meilleure solution pour protéger le français était de développer une langue de poids démographique équivalent à l’anglais… Je pense à l’encore mystérieux « latin moderne », visible par exemple sur http://interland.blog.kazeo.com ou sur http://www.interland.eu

  5. Posté par Pierre Poirier le

    La lecture du commentaire de Monsieur Emanuel Schardt, bien trop complaisant et condescendant à mon goût, m’incite à poster à mon tour un avis. J’aimerai avant toute chose, faire remarquer à Monsieur Schardt que l’on n’insulte pas gratuitement ses interlocuteurs et que l’on ne les taxe pas d’abrutis sur le simple motif qu’il exprime une opinion divergente de la sienne. Rien que sur ce fait, votre commentaire démontre bien plus de bêtise venant de votre part que de celle de Monsieur Chris Ulmer.

    Pour en revenir au propos qui nous occupent, vous affirmez, et vous semblez avoir approfondi la question, que l’emprunt de mots étrangers par une langue est toujours un enrichissement. Cette affirmation m’apparait trop péremptoire et je vous démontre le contraire. Un exemple qui me vient à l’esprit au moment ou j’écris ces quelques lignes nous vient d’Italie où j’ai séjourné plusieurs mois. Depuis plusieurs années, l’italien est également en proie à la mode de l’anglicisme et j’ai été surpris par le fait que les Italiens, jeunes et moins jeunes, préfèrent presque toujours l’utilisation du mot « single » pour célibataire alors que leur langue connait les termes « celibe » pour les hommes et « nubile » pour les femmes. Voilà un exemple parfait d’enrichissement où l’utilisation d’un mot étranger sans lien historique ou linguistique avec un pays est en train pas à pas d’éradiquer deux mots de sa langue maternelle décrivant deux situations différentes pour finir par les remplacer purement et simplement…

    Je trouve cet exemple particulièrement instructif, car les contradicteurs de ceux qui s’opposent à l’anglicisation galopante et sans discernement du vocabulaire français font l’erreur de croire que l’apport de termes anglais serait systématiquement un avantage, pour ne pas dire un progrès et que ce serait une évolution normale, soit parce que les Anglo-saxons dominent le monde économique, soit qu’ils sont précurseurs dans certains domaines. Pour être une valeur ajoutée, il faudrait que l’apport de mots nouveaux amène dans le vocabulaire de nouveaux concepts ou de nouvelles acceptions ou encore qu’il s’agisse de mots plus précis, plus nuancé. Or, preuve est faite que ce n’est pas toujours le cas. Le mot « single » n’apporte pas d’avantage mais est au contraire plus imprécis que l’italien et il n’est même pas justifié par la domination politico-économique des Etats-Unis et je n’ai pas eu vent que les Anglo-saxons auraient une quelconque compétence en célibat…

    Et c’est précisément contre ce danger que Monsieur Chris Ulmer appelle à faire attention. Il n’y a pas de valeur ajoutée à utiliser systématiquement « challenge » à la place de défi, à utiliser « coach » pour entraineur, « job » pour travail ou encore « flyer » pour prospectus. Si encore nous faisions l’effort de leur donner une orthographe et une prononciation française, mais même pas (à l’instar des Espagnols qui ont intégré dans leur langue plusieurs mots anglais tout en modifiant leur orthographe, par exemple, ils écrivent « lider » et non pas « leader »). C’est du mimétisme et vous l’avouerez, il n’y a pas plus bête que de singer les autres. Il n’y a pas dans ces exemples création, inventivité ou enrichissement mais bien un risque à terme de perte de vocabulaire.

    Monsieur Schardt, vous étayer votre commentaire de plusieurs exemples montrant avec justesse la migration réussie de mots anglais vers le français qui sont venus enrichir notre langue au cours de l’Histoire. Seulement, l’Histoire est longue et l’assimilation de ces mots est le fruit d’une longue appropriation, soit qu’on en a changé le sens, soit l’orthographe, soit les deux. Or, vous le reconnaitrez, dans tous les exemples donnés dans ce billet, il n’y a pas d’effort fait pour s’approprier le vocabulaire. Et c’est bien là le problème. Ainsi, les craintes de Monsieur Chris Ulmer quant à la menace de l’anglais sur le français s’avèrent être un peu plus que des lamentations et de la bêtise… Voilà, vous vouliez une démonstration de la menace des anglicismes qui pèsent sur le français. Elle et faite.

    Par ailleurs, je remarque que vous indiquez encore une fois de façon péremptoire que le purisme est un fléau et est spécifiquement français. J’attends avec impatience votre démonstration. Mais avant de la faire, je vous invite à vous replonger dans l’histoire des langues qui fourmille d’exemples dans lesquels les peuples ont du se battre et notamment par le biais de leurs intellectuels pour que leur langue ne disparaisse pas sous le coup de butoir d’un voisin envahissant. J’en veux pour exemple, celui du Québec, mais également celui plus proche de chez nous du Pays Basque. En effet, la langue basque est une des langues européennes les plus anciennes, plus anciennes que les langues latines et celtes. En fait, tellement ancienne qu’elle n’a aucun rattachement avec les langues de ces voisins français et espagnols. C’est son imperméabilité ou du moins faible porosité qui lui a permis de survivre face à ses deux géants. Je vous invite donc à faire preuve d’un peu plus de discernement et surtout de moins de mépris envers ceux qui donnent leur opinion.

    Enfin, je terminerai pas cette simple question : qui de ceux qui emploient sans discernement pléthore de mots anglais et de ceux qui s’indignent et proposent des néologismes en alternative contribuent le plus à l’enrichissement du français?

  6. Posté par Reuscel le

    Les deux premiers commentaires sont symptomatiques du fléau de l’anglicisation à outrance.
    A peine une voix s’élève sur ce sujet que d’autres s’empressent de la rabaisser avec une condescendance affligeante…

    En France, je place le mot courriel souvent au téléphone ou en réunion, personne ne m’a jamais fait les gros yeux… Au pire, j’ai droit à un sourire entendu…

    J’admets que le ton de cet article est un peu trop fort, mais à voir vos réactions, il faut bien ça finalement…

    Je crois qu’il faut résonner posément et faire deux poids deux mesures :

    « Oui, je vais consulter mes mails au bureau » Je n’ai rien à redire sur cette phrase…
    « Oui, je vais checker mes mails à mon job » Là, on est ridicule…

  7. Posté par Emanuel Schardt le

    Les lamentations de Chris Ulmer ne sont rien d’autre qu’une série de pétitions de principe: au lieu de démontrer en quoi les anglicismes seraient une « menace » pour le français, il se contente de l’affirmer et de le répéter simplement – pour ne pas dire bêtement. Par ailleurs, il s’attaque à une chimère: du point de vue de la linguistique, le « franglais » n’est pas une variété de langue que l’on pourrait décrire à l’aide de critères objectifs. En revanche, l’emprunt est un phénomène que l’on peut définir et étudier. Aussi ancien que la langue elle-même, il en a enrichi le lexique tout au long de son histoire.
    Au Moyen Age, l’ancien français a emprunté notamment au latin, aux langues germaniques (des mots comme « amasser » ou « bateau », parmi beaucoup d’autres) et à l’arabe (p. ex. « alcool », « algèbre » ou « matelas »). Au XVIe siècle, le français a beaucoup puisé dans le latin, dans le grec et dans l’italien (p. ex. « banque », « balcon » ou « colonel »). Pour ce qui est des anglicismes, ils se sont multipliés déjà au XVIIIe siècle, dans le domaine de la politique et des moeurs (« vote », p. ex., nous vient de l’anglais, qui l’a lui-même emprunté au latin classique « votum »).
    L’histoire de la langue démontre tout le contraire de ce que prétend Chris Ulmer: les emprunts sont toujours un enrichissement. S’ils augmentent le lexique, ils n’affectent pas pour autant le système de la langue: ils s’y intègrent au point de ne plus être reconnaissables comme tels. Si vraiment ils représentaient un danger, le français devrait être mort depuis longtemps.
    A ce sujet, l’exemple de l’anglais est très instructif. Cette langue a un lexique bien plus important que le français parce que, au cours de son histoire, elle a été beaucoup plus perméable aux emprunts (l’anglais est resté à l’abri du purisme, fléau spécifiquement français). D’ailleurs, l’anglais a massivement puisé dans le français du XIe au XIIIe s.; dans la suite, nous lui avons réumprunté certains mots qu’il nous avait pris alors (c’est le cas de « budget », « tennis » ou « tunnel »).
    Bref, si les puristes tels que Chris Ulmer prenaient la peine de se pencher sur l’histoire de la langue qu’ils prétendent défendre, ils pourraient aborder ses évolutions avec beaucoup plus de sérénité… et d’intelligence.

  8. Posté par Robyr Julien le

    Par définition, une langue évolue. Elle évolue aussi en empruntant des termes à des langues étrangères. Et le principe premier de la communication, c’est d’être compris.

    Vouloir remplacer « e-mail » par « courriel » alors que le terme anglais s’est imposé depuis longtemps ne peut qu’être voué à l’échec. Dites « courriel » à n’importe qui, on vous regardera avec des gros yeux; en revanche tout le monde sait ce qu’est un e-mail. Il ne sert à rien de vouloir changer l’évolution d’une langue de manière rétroactive; le mot « courriel » est arrivé bien trop tard, alors que « e-mail » était déjà passé dans le langage courant; il en aurait été de même pour « computer » si l’on avait pas (ré)inventé le mot « ordinateur », qui n’était jusque là qu’un terme biblique.

    Ensuite, se plaindre des anglicismes dans certains domaines comme le sport ne sert à rien. Ce sont quand même les Anglais qui ont inventé le golf et le tennis et bien d’autres sports contemporains. Quoi de plus normal que de reprendre leur terminologie lorsqu’on joue ces mêmes sports chez nous. Même chose pour l’informatique; aux dernières nouvelles, les Américains sont toujours les meneurs (pour ne pas dire « leaders ») dans ce secteur. A part ça, signalons que les Anglais ont eux aussi emprunté beaucoup de mots au français, et pas uniquement dans le domaine de la gastronomie.

    Ensuite, l’allemand emprunte beaucoup plus de mots à l’anglais que le français, sans que ça ne choque personne. Quoi de plus normal puisque l’allemand et l’anglais ont des origines communes. Ainsi, en allemand, le logiciel est un « software », le disque dur devient un « harddisk », une équipe est un « team », le covoiturage devient du « car-sharing ». Et ainsi de suite. Et surtout, ça ne choque personne, c’est tout ce qu’il y a de plus normal. S’il y a un débat linguistique en Suisse allemande, c’est davantage au sujet de l’harmonisation progressive des différents dialectes (ressemblant toujours plus au dialecte zurichois) et des emprunts au bon allemand qui font disparaître certains termes typiquement suisses allemands… Là-bas, on déplore l’harmonisation qui est en cours, mais ça ne va pas la stopper pour autant. Une langue qui n’évolue pas est vouée à mourir, c’est aussi simple que ça. Les Grisons ont bien créé un « Rumantsch grischun » centralisé, une langue-toit censée être comprise par tous les romanchophones; cette langue commune est certes une création ne correspondant à aucun dialecte romanche précis et qui n’est pas parlé tel quel au quotidien, mais il s’agit de la seule manière de préserver une langue parlée par seulement 30’000 personnes.

    Personnellement, s’il y a quelque chose qui me chagrine dans le français, c’est son harmonisation, c’est-à-dire la disparition des accents et des régionalismes. Le français, qui n’est à l’origine qu’un dialecte parisien, a déjà tué notre patois; on assiste désormais aussi à une disparition progressive des régionalismes, surtout dans les villes. Lorsque je me rends à Sion, à 15 km de chez moi, il arrive que l’on me regarde de travers à cause de mon accent; de même, de plus en plus de gens parlent comme des Parisiens à force de regarder la télévision française. On peut trouver ça dommage, mais on ne peut rien y faire: les langues évoluent! A titre personnel, je préfère un français qui conserve les régionalismes et qui adopte aussi des anglicismes, plutôt qu’un français parisien uniformisé à travers toute la francophonie.

    En bref: oui à un français vivant et diversifié; non à un français global et terne.

Et vous, qu'en pensez vous ?

Poster un commentaire

Votre commentaire est susceptible d'être modéré, nous vous prions d'être patients.

* Ces champs sont obligatoires

Avertissement! Seuls les commentaires signés par leurs auteurs sont admis, sauf exceptions demandées auprès des Observateurs.ch pour des raisons personnelles ou professionnelles. Les commentaires sont en principe modérés. Toutefois, étant donné le nombre très considérable et en progression fulgurante des commentaires (100'457 commentaires retenus sur 3'464'976, chiffres au 2 novembre 2016) un travail de modération complet et exhaustif est totalement impensable. Notre site invite, par conséquent, les commentateurs à ne pas transgresser les règles élémentaires en vigueur et à se conformer à la loi afin d’éviter tout recours en justice. Le site n’est pas responsable de propos condamnables par la loi et fournira, en cas de demande et dans la mesure du possible, les éléments nécessaires à l’identification des auteurs faisant l’objet d’une procédure judiciaire. Le site se réserve, par ailleurs, le droit de supprimer tout commentaire qu’il repérerait comme anonyme et invite plus généralement les commentateurs à s’en tenir à des propos acceptables et non condamnables.

Entrez les deux mots ci-dessous (séparés par un espace). Si vous n'arrivez pas à lire les mots vous pouvez afficher une nouvelle image.