L’homosexualité a-t-elle eu raison de la Grèce antique ?

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Le député et grand industriel français Serge Dassault, homme d’un autre monde, fait scandale en mettant en lien moeurs homosexuelles et décadence de la Grèce antique. Dans le concert des cris d’orfraie, quelle place pour les considérations historiques ?

On lui en veut à Serge Dassault, non pas de prétendre à des arguments qui vérifieraient son propos - il y a longtemps que la preuve par la vérité n'embarrasse plus les tenants de la pensée unique - mais d'avoir osé si librement exprimer une opinion arrêtée sur un problème donné, sans aucune considération pour ce monde “qui change”. Comme si la nature de l'homme n'avait, en somme, pas bougé d'un pouce depuis sa création, et que les évidences du monde d'hier pouvaient fort bien s'appliquer à celui de demain. Dassault est en fait coupable d'avoir nié le principe révolutionnaire et révélé au monde le cycle des erreurs contre lesquelles toute génération chargée de prétention vient irrémédiablement se fracasser. Dassault a commis une comparaison, et cela les révolutionnaires ne le supportent pas.

Mais qu'a-t-il dit ? « Il n'y a plus de renouvellement de la population, à quoi ça rime ? On veut un pays d'homos ? Dans dix ans il n'y a plus personne, c'est stupide.

Regardez dans l'Histoire, la Grèce, c'est une des raisons de sa décadence. Décadence totale. C'est l'arrêt de la famille, c'est l'arrêt du développement des enfants, c'est l'arrêt de l'éducation, c'est un danger énorme pour l'ensemble de la nation, énorme. » (France Culture, 6 novembre 2012, dès 13:40)

Passons sur le premier postulat, qui semble une évidence mathématique, à cette exception qu'il ignore la parade de certains lobbys militants au problème de la démographie par la voie de l'adoption ou de la procréation médicalement assistée (dans les années 70, le groupuscule extrémiste homosexuel du Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR), proposait déjà de considérer que c'était aux « hétéroflics » de leur « faire des petits » (dès 03:54). Voir encore notre dossier iciici et ici).

Sentinelles

Le second porte directement, par l'intermédiaire de la preuve historique, sur la validité d'un choix de société. Un jugement simple, direct, clair. La sanction ne se fera pas attendre, en guise de réplique et pour tout argument, la garde prétorienne de la pensée dominante se livrera à une vaste entreprise d'imprécation à seule fin que le chaland, que la réflexion eût pu séduire, n'osât même pas s'aventurer à la répercuter, au risque de contaminer son entourage de ce genre d'évidences. Un réflexe de terreur.

Quelques minutes à peine après les propos de Serge Dassault, le planton de la pensée unique mettait en branle l'appareil de défense immunitaire fondé sur l'anathème exécratoire. Ainsi le journaliste Frédéric Says, sur Twitter: « Conneries »; David Assouline, porte-parole du PS, sur Twitter également: « Honteux... vulgarité homophobe »; le parti communiste français, dans un communiqué: « Le prix de l'homophobe du jour revient donc au sénateur Serge Dassault », etc. Le Petit journal de Canal +, autrefois comique, mais investi aujourd'hui d'une mission de rééducation politique, y consacrera la première partie de l'une de ses émissions pour convaincre son auditoire que Serge Dassault vit « encore au siècle dernier », qu'il a « 298 ans », a « une passion pour la chasse », qu'il est l'archétype du vieil oncle qui « parle fort et qui dit plein de conneries », le tout sur fond de rires de l'assemblée et de montage tendant à faire la preuve de sa sénilité, et... c'est tout.

A l'épreuve de l'histoire

L'on s'attendait à un débarquement massif d'experts pendant tout le week-end, pour contester, science en main, les assertions du sénateur UMP; or, de cela il n'est même pas question. Reste l'interrogation criarde, comme une plaie béante sur les intelligences. Est-ce vrai ? Est-il possible, ou même seulement envisageable, que les moeurs de la Grèce antique aient quelques relations avec la disparition de sa puissance.

Les Observateurs, insensibles aux pudeurs qui frappent leurs confrères et incapables de se débarrasser d'un problème par la seule référence au dogme de la correction politique, ont tenté d'y répondre, sans prétendre à la moindre exhaustivité, par la considération des exemples de trois puissances grecques de l'Antiquité, Athènes, Thèbes et Sparte.

En préambule, il convient de considérer deux choses: Premièrement, homosexualités masculine et féminine ne sont pas à confondre dans ce contexte; deuxièmement, l'homosexualité entre adultes consentants n'était pas admise (voir la condamnation qu'en fait Platon, Lois 636c), nous parlons ici d'une pédérastie institutionnelle, à vue pédagogique, entre un éraste, un mâle adulte, et un éromène, un jeune homme à l'âge de quitter le gynécée, soit en général dès 12 ans. La pédérastie (du grec pais, enfant, et erastês, amant) a fait partie des revendications directes des militants homosexuels jusque vers la fin des années 90, les affaires Dutroux et consorts ne permettant plus de maintenir une semblable ligne (voir encore notre dossier iciici et ici). Il faut donc comprendre que la revendication homosexuelle actuelle est une correction de trajectoire que ni la fin du XXe siècle ni la Grèce antique ne connaissaient fondamentalement.
Athènes
Athènes semble ne pas avoir connu d'homosexualité institutionnelle sur le modèle de l'Agôgè spartiate (principe d'éducation totalitaire où les enfants étaient arrachés à leur famille dès l'âge de 7 ans jusqu'à leur entrée à l'armée à 20 ans avant de retrouver leur liberté à 30. La relation pédérastique était au programme au titre de rite initiatique censé procurer un lien irréfragable entre l'« élève » et son « maître »). Dans la capitale, la chose semble être resté un temps l'apanage d'une certaine aristocratie. 
En 561 av. J.-C. Pisistrate instaure la première tyrannie athénienne. A sa mort, en 527, il lègue son trône à ses deux fils  Hippias et Hipparque, qui le tiendront jusqu'en 510. Sous l'empire de Pisistrate, la pédérastie semble connaître un regain majeur, lequel se traduit par une insistance marquée de la céramique de la seconde moitié du VIe siècle, jusqu'au premier tiers du Ve, pour le thème de l'homosexualité avec des jeunes gens âgés de 12 à 18 ans.
Thucydide accorde à l'athénien Aristogiton et à son jeune amant Harmodios, qui subissait la vengeance d'Hippias pour avoir refusé ses avances, la responsabilité de l'assassinat d'Hipparque. Aristote conteste cette version, mais le fait est qu'en 510, Cléomène, roi de Sparte, prend Athènes et fait tomber Hippias. 50 ans de pédérastie auront donc eu raison de la puissance athénienne, laquelle mettra tout de même près d'un siècle à s'éteindre entre les révoltes de Thèbes et de Mégare, la guerre du Péloponnèse, la destruction de sa flotte et l'occupation de la ville par un autre spartiate, Lysandre, en 404. Un déclin dont Athènes ne se relèvera pas.
Sparte

La pédérastie athénienne semble avoir comme contaminé Sparte dès la fin du Ve siècle. Plutarque insiste d'ailleurs à cet égard sur les rapports entre Lysandre et Agésilas, futur roi de Sparte, aux environs de 430. Le modèle de pédagogie pédérastique est rapidement intégré à l'éducation spartiate. Le but semble être de renforcer les liens entre soldats et, de même, la solidarité dans les batailles, un principe qui sera porté à son paroxysme par les Thébains. Le IVe siècle verra bientôt le crépuscule de Sparte sous l'épée de ces mêmes Thébains: en 378, les Spartiates sont battus à Tégyre, en 371, le général Epaminondas leur inflige à Leuctres la plus sévère défaite de leur histoire, libère la Messenie deux ans plus tard, impose son hégémonie dans le Péloponnèse 10 années durant avant de remporter sa dernière victoire, il y perdra la vie, en 362, à Mantinée. Sparte ne s'en relèvera pas, la pédérastie institutionnelle semble avoir eu raison de sa puissance et de sa démographie, vers 340 avant J.-C., la cité lacédémonienne ne compte plus que 700 familles.
Thèbes
Dans sa Vie de Pélopidas, Plutarque écrit que le général thébain Gorgidas créa un corps constitué de trois cents amants homosexuels, le Bataillon sacré. Le lien qui unissait ces combattants devait les rendre inébranlables devant le danger. Le Bataillon se distinguera à Tégyre et à Leuctres avant de servir de garde rapprochée. L'étoile thébaine se ternit bien vite sous les coups de boutoirs des Phocidiens, dès 356, jusqu'à sa défaite complète, malgré son alliance avec Athènes, en 338, à Chéronée, devant les armées de Philippe II de Macédoine. Philippe II qui mourra de la main de Pausanias, officier de sa garde personnelle, dont Clitarque nous dit qu'il tua son maître, dont il était amoureux, pour ce que celui-ci avait refusé de le venger d'Attale, un général, qui l'avait violé un soir de beuverie.
La mythologie attribue à Laïos le don des amours homosexuelles au monde grec. Chassé du trône, il trouve refuge auprès du roi Pélos, qui lui confie Chrysippe, son fils, afin qu'il lui enseigne l'art de conduire les chars. Tombé amoureux de son élève, Laïos enlève Chrysippe et le contraint à devenir son amant. Le jeune homme, dit-on, se pendit de honte (d'autres accusent la propre mère de Chrysippe) et Laïos encourut la malédiction de Pélos. Devenu roi à son tour, Laïos se maria, mais l'oracle de Delphes le mit en garde que, s'il lui venait un héritier mâle, celui-ci le tuerait et occuperait sa place jusque dans le lit conjugal, Oedipe.
 

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